Conférence de Munich sur la sécurité: Washington maintient la pression sur une Europe ébranlée

Marco Rubio, secrétaire d'État des États-Unis.

Les Européens seront sur le qui-vive. Si, côté américain, le ton devrait être sensiblement moins conflictuel cette année à la Conférence de Munich sur la sécurité, de vendredi à dimanche, Washington n’entend pas pour autant relâcher sa pression sur le continent.

Le 13/02/2026 à 07h28

L’an dernier, le vice-président JD Vance avait consterné les Européens en affirmant que la liberté d’expression «reculait» sur le continent et en semblant épouser les vues des partis d’extrême droite comme l’AfD, en Allemagne, notamment sur l’immigration.

Cette année, pas de JD Vance, qui vient d’achever une tournée en Arménie et en Azerbaïdjan.

Le secrétaire d’État Marco Rubio, considéré comme moins idéologue, s’est envolé jeudi soir pour conduire la délégation américaine devant le gotha de la sécurité et de la défense réuni dans la capitale bavaroise.

La philosophie reste toutefois la même et les Américains comptent avancer leurs intérêts, quitte à braquer un peu plus leurs alliés européens, traumatisés par la crise autour du Groenland.

Les Européens «veulent de l’honnêteté», a estimé Marco Rubio avant de décoller de Washington.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump, selon qui l’Union européenne a été construite pour «emmerder» les États-Unis, a l’Europe dans le collimateur.

Crise de confiance

Comme en témoigne sa nouvelle Stratégie de sécurité nationale, où le président américain s’est livré comme jamais à une attaque en règle contre les Européens, menacés selon lui d’un «effacement civilisationnel».

À Munich vendredi et samedi, le chef de la diplomatie américaine, qui doit prononcer un discours à la conférence, devrait continuer à pousser les Européens à partager le fardeau, notamment en matière de défense.

Mais son déplacement intervient en pleine crise de confiance entre Américains et Européens après l’épisode groenlandais, qui a fait tressaillir les relations transatlantiques, et que les Européens espèrent désormais derrière eux.

Qu’un pays allié dans l’Otan menace de s’emparer du territoire d’un autre pays allié, en l’occurrence le Danemark, était jusqu’alors jugé inconcevable et a poussé les Européens à répondre avec une fermeté inégalée.

«Nous travaillons» au dossier groenlandais, a déclaré Marco Rubio en quittant Washington. «On est confiant.»

L’imprévisible dirigeant républicain a certes fait marche arrière lors du forum de Davos, en Suisse, et l’Otan va se renforcer dans l’Arctique, mais la crise a provoqué des dégâts durables, admettent plusieurs diplomates européens sous couvert d’anonymat.

Pour Philip Gordon, de la Brookings Institution, Donald Trump «ne considère pas une Europe unifiée comme un partenaire des États-Unis, mais comme une menace pour les États-Unis».

Liberté d’expression

Au-delà du Groenland, la pérennité du lien transatlantique, le parapluie sécuritaire américain, la guerre en Ukraine mais aussi les relations avec la Russie devraient dominer les débats. Le président français Emmanuel Macron, qui se rend également à Munich, a par exemple déclaré vouloir une reprise du dialogue avec Vladimir Poutine.

Pour l’instant, ce dialogue est à sens unique entre Washington et Moscou.

Marco Rubio a dit qu’il pensait rencontrer Volodymyr Zelensky sur place.

La sortie du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos, qui a estimé que l’ordre mondial était «fracturé», devrait aussi être dans tous les esprits, même s’il a annulé son déplacement en raison de la tuerie mardi au Canada.

La conférence se déroule quelques jours avant la session inaugurale du «Conseil de paix» de Donald Trump, prévue le 19 février à Washington, organe mis en place par le président américain qui ne se veut pas concurrent de l’ONU mais en a tout l’air.

Même sans JD Vance, le sujet hautement sensible de la liberté d’expression en Europe sera au rendez-vous avec la présence à Munich de la sous-secrétaire d’Etat à la diplomatie publique, Sarah Rogers.

Washington mène une offensive d’envergure contre la régulation de la tech en Europe et la lutte contre la désinformation, qu’il voit comme une entrave à la liberté d’expression.

Après Munich, Marco Rubio se rendra en Slovaquie dimanche puis à Budapest lundi pour y apporter le soutien de Donald Trump au Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban.

Le choix de Bratislava et Budapest n’est bien sûr pas anodin, alors que les deux pays sont des proches alliés de droite de Trump, qu’il érige en modèle pour les Européens.

Par Le360 (avec AFP)
Le 13/02/2026 à 07h28