Assassinat d’une famille

Tahar Ben Jelloun.

ChroniqueCe que font certains colons en Cisjordanie est de l’ordre du crime. Quatre hauts gradés israéliens viennent de condamner sévèrement les actions de ces colons. Ils ont dit: «Ce sont des pogroms purs et simples».

Le 23/03/2026 à 10h58

Cela s’est passé dans la nuit du 14 au 15 mars 2026, en Cisjordanie, plus précisément à Tamoun, à l’est de Naplouse.

Un massacre, simple, direct, rapide.

Les auteurs: des soldats israéliens.

Les victimes: une famille palestinienne, Ali, le père, Waad la mère, et deux enfants de 5 et 7 ans. Deux autres enfants, Khaled et Mostafa, ont réussi à échapper à la tuerie.

Khaled témoigne: «Nous étions allés à Naplouse faire des courses. Le soir, avant de rentrer chez nous, nous avions dîné dans un petit restaurant. Nous avions mangé des choses simples, des mézés. Nous avions ri parce que le petit frère avait sommeil. Mon père le rassura en lui disant ‘on part tout de suite’.

Une famille banale, comme il en existe des milliers. Ni riche ni pauvre. Moyenne. Vivant en Cisjordanie depuis toujours. C’est notre pays, notre terre, notre toit. Nous n’avons pas de résidence secondaire. Pas les moyens. Nous vivions normalement. Rien d’exceptionnel. Depuis deux ans, des colons attaquent des familles et les font sortir de leur maison qu’ils occupent. S’ils résistent, ils les tuent. On en parle tous les jours à la maison. Nous avions peur, mais on faisait confiance à la vie.

Mais nous, nous sommes des gens tranquilles, sans problèmes. Nous sommes discrets. Nous ne faisons pas de politique. Nous n’avons rien à faire avec le Hamas.

Mon père, très prudent, conduit lentement. Au moment de prendre un virage, nous nous sommes trouvés face à des militaires qui nous menaçaient de leurs armes. Mon père n’eut pas le temps de parler. Il reçut la première balle qui l’a tué. Puis ce fut ma mère. Et les balles sifflaient de partout. Mes deux petits frères sont morts sur le coup. Moi et Mostafa, nous nous sommes couchés au fond de la voiture. Les soldats ne nous ont pas vus. Puis ils sont partis. Le travail terminé. Pas tout à fait.»

Khaled sortit de la voiture. Un des soldats le vit et se précipita sur lui, le tirant par les cheveux. Il y avait du sang partout. Khaled criait. Le soldat le laissa sur l’asphalte et s’en alla avec ses compagnons.

«Ma grand- mère, Najat, prévenue par des voisins, est venue nous chercher. Elle pleurait et hurlait sa colère. Mon frère et moi, nous étions muets. Impossible de sortir un mot. Le bruit des balles et les cris des soldats résonnaient encore dans nos têtes

Les autorités israéliennes minimisèrent la gravité du massacre. Elles disent «qu’un bataillon de la police aux frontières menait une opération dans le secteur, quand les soldats ont vu un véhicule accélérer et ont ouvert le feu».

La grand-mère, Najat, a hurlé: «C’est un crime! C’est le pire des crimes, on parle d’enfants! Où sont les droits de nos enfants? Les droits humains».

Ce que font certains colons en Cisjordanie est de l’ordre du crime. Quatre hauts gradés israéliens viennent de condamner sévèrement les actions de ces colons. Ils ont dit: «Ce sont des pogroms purs et simples».

L’État laisse faire et sait que cela fait partie de sa politique «d’effaçage des Palestiniens», par tous les moyens.

Khaled et son frère, les survivants, vont grandir dans le chagrin et le deuil impossible. Espérons que l’idée de vengeance ne s’imposera pas à eux.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 23/03/2026 à 10h58