Le frère cadet du roi Charles III a été arrêté et placé en garde à vue jeudi dernier - un événement inédit pour la monarchie britannique - soupçonné d’avoir transmis des informations à Epstein dans le cadre de ses fonctions de représentant spécial du Royaume-Uni pour le commerce international de 2001 à 2011.
Jusqu’ici, aucune enquête formelle n’est en cours sur la possible implication du prince déchu dans le trafic sexuel instauré par le financier américain, mort en prison en 2019.
La police londonienne a indiqué la semaine dernière qu’elle «contactait d’anciens et d’actuels officiers» de l’unité chargée de la protection des membres de la famille royale susceptibles d’avoir travaillé avec Andrew, en leur demandant «d’évaluer avec soin si ce qu’ils avaient vu ou entendu (...) pouvait être pertinent».
Mais pour Dai Davies, qui dirigea cette unité de 1994 à 1998, la «Met» devrait soumettre ses anciens membres à des interrogatoires formels, et ne pas juste les contacter par écrit.
«Si on pense qu’ils détiennent des preuves cruciales, il faut frapper à leur porte», a-t-il déclaré récemment sur Times Radio.
L’approche de la police londonienne suscite aussi le scepticisme de Paul Page, membre de cette unité de 1998 à 2004, posté notamment à l’entrée du palais de Buckingham.
Les officiers «ont peur des conséquences que pourrait avoir leur témoignage», déclare-t-il à l’AFP. «Ils ne savent pas de quel bord est leur interlocuteur(...) Tout le monde est paranoïaque actuellement».
Andrew Mountbatten-Windsor, nom officiel de l’ancien prince désormais privé de ses titres royaux, nie tout comportement répréhensible.
Il a été mis en cause par Virginia Giuffre, principale accusatrice d’Epstein, qui a affirmé qu’elle avait été contrainte à avoir des relations sexuelles avec l’ex-prince à partir de 2001 à trois reprises, notamment quand elle avait 17 ans, et une fois sur l’île d’Epstein lors d’une «orgie».
Un ancien officier de protection, interviewé sous couvert d’anonymat par la radio LBC, a récemment affirmé que des gardes du corps d’Andrew s’étaient rendus avec lui sur l’île à au moins deux occasions.
«Trop proche»
«Je ne suis pas en train de suggérer qu’ils ont assisté à un comportement criminel de la part d’Andrew, mais l’inquiétude, c’est que des membres de l’équipe de protection royale aient délibérément fermé les yeux sur ce qui se passait sur l’île», a-t-il indiqué, affirmant que vers la fin des années 1990, cette unité était devenue «trop proche» de la famille royale.
Plusieurs forces de police britanniques s’intéressent aux révélations contenues dans la dernière série de documents du dossier Epstein publiée fin janvier par le ministère américain de la Justice. Notamment des allégations selon lesquelles des femmes auraient été envoyées au Royaume-Uni dans des avions privés du criminel sexuel américain.
L’ancien Premier ministre travailliste Gordon Brown a appelé la police à enquêter sur ces vols.
Paul Page, personnalité controversée en raison de sa condamnation en 2009 à six ans de prison pour escroquerie, affirme qu’Andrew a contraint l’unité à enfreindre les règles de sécurité.
Il affirme aussi que des femmes d’une vingtaine d’années étaient autorisées à entrer au palais de Buckingham deux à trois soirs par semaine sans aucun contrôle, et que les agents devaient même les raccompagner chez elles.
Selon lui, les plaintes déposées par les agents sur les entorses à la sécurité «remontaient la chaîne hiérarchique sans que rien ne se passe».
Sollicitée, la police n’a pas commenté ses déclarations.
Un courriel de 2010 reçu par Epstein tiré des dossiers Epstein suggère par ailleurs que deux des agents de protection d’Andrew ont joué le rôle de portiers lors d’un dîner organisé par le financier américain à Manhattan.
La Met s’est en outre penchée sur des informations du Daily Mail d’octobre 2025, basées sur un courriel d’Andrew de 2011, selon lesquelles il avait demandé aux policiers chargés de sa protection d’enquêter sur Virginia Giuffre.
La police a toutefois déclaré n’avoir trouvé «aucune preuve d’actes criminels ou de fautes professionnelles».
Virginia Giuffre s’est suicidée en avril 2025 à l’âge de 41 ans.








