«Je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire», a écrit l’actuel président de l’IMA dans une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères, dont une copie a été transmise à l’AFP.
Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a immédiatement «pris acte» de cette décision, une position suivie par l’Élysée. Il a précisé engager la procédure de désignation du successeur de Jack Lang à la tête de l’institution.
«Je convoque un conseil d’administration sous sept jours, qui désignera un président ou une présidente par intérim», a-t-il ajouté.
Âgé de 86 ans, le président de ce prestigieux établissement culturel passera ainsi la main avant le terme de son quatrième mandat, après les révélations concernant ses liens avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Initialement convoqué par le Quai d’Orsay dimanche, M. Lang ne s’y rendra finalement pas, mais a avancé son retour à Paris à samedi soir, a indiqué son entourage à l’AFP.
Cette décision met un terme à une semaine de fortes tensions, déclenchées par la publication, fin janvier, de millions de documents constituant un nouveau volet des «dossiers Epstein».
Accusé d’avoir entretenu des relations étroites avec un homme déjà condamné pour sollicitation de prostitution de mineure, l’ancien ministre emblématique de l’ère François Mitterrand avait dans un premier temps résisté aux appels à la démission. Mercredi encore, il rejetait toute hypothèse de départ de l’IMA.
Les pressions se sont toutefois intensifiées, d’abord au sein de la classe politique, puis au sommet de l’État, lorsque l’Élysée et Matignon ont exigé sa convocation au ministère des Affaires étrangères. Jean-Noël Barrot avait alors déclaré se réserver «toutes les options» concernant le maintien de M. Lang, qualifiant les éléments de l’affaire d’«inédits et d’une extrême gravité».
«Très triste»
La ligne de défense de l’ancien ministre n’a guère évolué. Après avoir reconnu ses liens avec Jeffrey Epstein, puis invoqué la naïveté, il a réaffirmé son innocence samedi.
«Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai», a-t-il assuré dans son courrier au ministre des Affaires étrangères.
«Je me réjouis que la justice se saisisse de ce dossier», a-t-il ajouté, en référence à l’enquête préliminaire ouverte vendredi par le parquet national financier (PNF) pour «blanchiment de fraude fiscale aggravée» le visant, ainsi que sa fille Caroline Lang, à la suite de révélations de Mediapart.
Sur la base de documents récemment publiés par l’administration américaine, le média a fait état de liens financiers et d’intérêts économiques communs entre la famille Lang et le financier américain.
Selon son avocat, Me Laurent Merlet, interrogé samedi sur BFM TV, Jack Lang est «à la fois très triste de quitter une institution muséale qu’il aime profondément», mais se dit également «extrêmement combatif» et déterminé à ne pas «laisser les calomnies prospérer».
D’après les messages exhumés, le nom de l’ancien ministre apparaît à 673 reprises dans la correspondance de l’homme d’affaires américain, décédé en prison en 2019. Les deux hommes auraient notamment négocié en 2015 la vente d’un riad à Marrakech, des échanges qui se seraient poursuivis les années suivantes.
«Cher Jeffrey, (…) votre générosité est infinie», aurait écrit Jack Lang en 2017. «Puis-je encore abuser?», aurait-il également demandé, sollicitant le milliardaire pour un transport en voiture vers une réception organisée hors de Paris.
Sa fille, Caroline Lang, a pour sa part démissionné lundi de la présidence d’un syndicat de producteurs de cinéma, après les révélations sur une société offshore qu’elle aurait fondée en 2016 avec Jeffrey Epstein.
Avant l’annonce de la démission de Jack Lang, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, avait dénoncé samedi sur BFM TV «la complaisance du système politique et du système médiatique» à son égard.
Enfin, il est rappelé qu’en 1977, Jack Lang avait figuré parmi les signataires d’une pétition défendant les relations sexuelles entre adultes et enfants, publiée dans Le Monde et Libération. Une initiative qu’il avait qualifiée de «connerie» en 2021.








