Entre fausses accusations et faits: le lourd passif des chaînes télé algériennes dans le plagiat des productions marocaines

La série marocaine Hdidane.

La série marocaine Hdidane.

Au moment où la série marocaine «Al Barrani» fait l’objet d’accusations de plagiat par des internautes algériens sur la simple base de son titre, la réalité du terrain raconte une tout autre histoire. Derrière ce duel numérique se cache un passif documenté de productions algériennes ayant puisé, parfois jusqu’à la copie conforme, dans le répertoire à succès du Maroc. Retour sur une guerre où la frontière entre l’inspiration et l’usurpation artistique devient de plus en plus poreuse.

Le 06/03/2026 à 15h05

​Immédiatement après l’annonce de la série marocaine du Ramadan «Al Barrani», les réseaux sociaux se sont enflammés. Certaines chaînes algériennes se sont vite empressées d’accuser l’œuvre de «vol» de l’idée d’une série algérienne portant le même nom.

Certains internautes algériens sont même allés jusqu’à porter des jugements définitifs avant la diffusion du premier épisode, se contentant de la similitude du titre comme unique preuve de plagiat. Une réaction que plusieurs observateurs marocains ont jugée prématurée et pour le moins étonnante.

​La diffusion du premier épisode, le lundi 23 février 2026 sur la chaîne 2M, a rapidement dissipé les accusations. Il est apparu clairement que l’œuvre marocaine n’entretenait aucun lien avec la série algérienne du même nom, que ce soit dans son concept, son univers narratif ou sa structure artistique. La ressemblance se limitait en réalité au seul titre.

Réalisée par Driss Roukhe, la série marocaine propose un drame socio-psychologique qui se déroule dans la ville d’Ifrane. L’intrigue s’articule autour du mystère de la disparition d’un enfant survenue vingt-cinq ans plus tôt. L’arrivée d’un «étranger» — Al Barrani — vient alors bouleverser l’équilibre de la communauté locale, en révélant progressivement des secrets enfouis et un passé que certains habitants auraient préféré oublier. L’œuvre est écrite par Jawad Lahlou et Narjis El Mouden et réunit notamment Abdelilah Rachid, Hind Saâdidi, Hamid Basket, entre autres comédiens.

À l’inverse, la série algérienne portant le même titre explore un univers totalement différent. Elle plonge dans les milieux de la mafia, du trafic de drogue et des affrontements entre gangs et forces de sécurité, avec une forte présence de scènes d’action, de violence et de poursuites. Cette divergence manifeste dans les thématiques, l’atmosphère et le propos narratif rend donc l’hypothèse d’un «copier-coller» difficilement soutenable.

​L’ironie de ce débat réside dans le fait que certaines des parties qui accusent aujourd’hui de «vol» sont précisément celles dont le paysage audiovisuel comporte plusieurs précédents de plagiat d’œuvres marocaines.

Parmi les cas les plus souvent cités figure celui de la série algérienne «Boussandouk», dont de nombreux observateurs avaient relevé la forte ressemblance avec la série patrimoniale marocaine «Hdidan», réalisée par Fatima Boubakdy. Le personnage principal, les costumes, les décors et même certains éléments de la musique rappelaient étroitement la production marocaine. Face aux accusations de plagiat, la chaîne algérienne El Adjwaa TV avait finalement présenté ses excuses et suspendu la diffusion du programme.

Un autre exemple concerne le sitcom algérien «Khali», diffusé sur la chaîne EchoroukTV, que plusieurs internautes avaient jugé très proche de la capsule comique marocaine «Souhlifa», tant dans le format que dans l’approche humoristique.

Des comparaisons ont également été établies entre la série algérienne «Sultan Achour 10» et la production marocaine «Al Khawasser» (2015). Dans la seconde saison de la série algérienne, certains éléments de parodie historique rappelaient en effet le procédé utilisé dans la série marocaine, notamment le mélange d’arabe classique volontairement approximatif avec la darija, ainsi que l’introduction d’objets modernes dans un univers médiéval.

Enfin, l’humoriste marocain Taliss avait lui-même évoqué avec ironie la ressemblance entre sa série «Salah et Fati» et la production algérienne «Samir et Firouz», une comparaison largement relayée sur les réseaux sociaux.

Par Ghania Djebbar
Le 06/03/2026 à 15h05