Longtemps réservées aux sportifs, les protéines en poudre sont désormais présentées comme un passage obligé pour rester en forme, contrôler son poids ou préserver sa masse musculaire. Au-delà des poudres, les produits enrichis en protéines tels que boissons lactées, desserts, pâtes ou crèmes dites «protéinées», séduisent les personnes physiquement actives, les protéines participent à la récupération et au maintien de la masse musculaire, à condition que l’apport soit associé à un entraînement réel. Car faut-il le préciser, sans activité physique, consommer davantage de protéines ne «fabrique» pas de muscle.
Prisées aussi par certaines personnes recherchant un sentiment de satiété afin d’éviter les grignotages, elles sont de plus en plus scrutées par les adolescents en quête de muscles. Ils en redemandent, quitte à remplacer un repas équilibré par un shaker ou un fruit par une barre chocolatée protéinée au grand dam de certains parents inquiets, que leurs enfants tentent de rassurer avec un argument de taille: ce ne sont que des compléments alimentaires.
Un cadre réglementaire qui ouvre la porte aux dérives
Si les produits protéinés n’ont jamais été aussi faciles d’accès, il n’en demeure pas moins que leur banalisation fait l’impasse sur une réalité moins connue, principalement liée à leur composition problématique. Car leur statut de complément alimentaire, et non de médicament, ouvre une faille énorme dans la réglementation qui les encadre. En effet, au titre de complément alimentaire, les protéines en poudre ne font l’objet d’aucune obligation de contrôle strict avant leur commercialisation.
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Ainsi, aux États-Unis comme en Europe, les fabricants ne sont pas tenus de prouver l’innocuité ou la conformité exacte de leurs produits avant leur mise sur le marché. À titre d’exemple, la Food and Drug Administration (FDA) américaine n’intervient qu’après signalement d’un risque avéré, laissant aux marques la responsabilité de l’autocontrôle.
Des protéines mais aussi des métaux lourds et des sucres ajoutés
Mais concrètement, quels sont les risques pour la santé liés à leur utilisation? Pour le savoir, il faut compulser les nombreuses études portant sur le sujet et les avis émis par certaines institutions à l’instar du National Center for Health Research qui souligne que plusieurs analyses ont mis en évidence des différences entre les ingrédients indiqués sur l’étiquette et la composition réelle de certains produits.
Des substances comme la caféine ou la créatine peuvent ainsi être présentes sans être clairement mentionnées, exposant les consommateurs à des effets secondaires tels que des troubles du sommeil, des tremblements ou des douleurs digestives. L’absence de vérification systématique par une autorité indépendante ouvre ainsi la voie à des pratiques peu transparentes.
Le problème du manque de transparence de l’étiquetage de ces produits n’est en fait que la partie visible de l’iceberg, à en croire Clean Label Project, qui après avoir analysé 134 protéines en poudre disponibles sur le marché américain, a révélé des résultats inquiétants, démontrant la présence de contaminants tels que le plomb, le mercure, l’arsenic ou le cadmium dans de nombreux produits. En somme, des métaux lourds, qui peuvent provenir aussi bien des sols agricoles que des procédés de transformation industrielle. «Dans certains cas, la quantité de plomb par dose dépassait jusqu’à 25 fois la limite recommandée par les autorités sanitaires américaines», explique-t-dans un article de la revue Science et Vie. Sans compter que dans certains cas, les quantités mesurées dépassaient largement les limites recommandées par les autorités sanitaires américaines.
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Ces résultats ont été confirmés par un autre organisme, Consumer Reports, en 2025, avec à l’issue de nouveaux tests effectués sur 23 produits issus de grandes marques. La preuve que plus des deux tiers contenaient des niveaux de plomb supérieurs au seuil journalier de 0,5 microgramme, considéré par les experts comme la limite maximale tolérable. Dans le cadre de cette enquête, il a également été démontré que les poudres à base de plantes présentent, en moyenne, des concentrations de plomb nettement plus élevées que les formules à base de lait. Et la revue Science et Vie de préciser toutefois que «le danger ne réside pas dans une dose unique, mais dans l’effet cumulatif d’une consommation quotidienne sur plusieurs mois, voire plusieurs années».
Enfin, ces protéines en poudre sont en réalité riches en sucres ajoutés. Certaines en contiennent jusqu’à 23 grammes par portion! Un apport qui peut rapidement faire grimper la valeur calorique d’un shaker de lait bien au-delà de ce que l’on imagine, à savoir 1.200 kilocalories par boisson. À titre de comparaison, l’American Heart Association recommande de ne pas dépasser 24 grammes de sucres ajoutés par jour pour les femmes et 36 grammes pour les hommes.
Quels sont les risques pour la santé?
Au-delà des troubles du sommeil et digestifs évoqués plus haut, la crainte d’un effet délétère des protéines sur les reins est régulièrement évoquée. Un apport élevé entraîne effectivement une augmentation du travail de filtration rénale, appelée hyperfiltration. Si dans le cas des personnes ayant une fonction rénale normale, les études menées chez l’humain ne montrent pas de dégradation à court ou moyen terme, la prudence reste néanmoins recommandée pour les personnes souffrant de maladie rénale, de diabète, d’hypertension, celles n’ayant qu’un seul rein ou les plus de 60 à 65 ans sans bilan récent. Dans ces cas, suivre un régime hyperprotéiné sans encadrement médical peut accélérer un trouble déjà existant.
Si le succès des produits protéinés repose en grande partie sur l’idée qu’il serait difficile d’atteindre ses besoins quotidiens en protéines, il convient de privilégier les aliments entiers, qui apportent fibres, vitamines, minéraux à l’organisme et une meilleure sensation de satiété. Car si l’on se fie aux données de l’Organisation mondiale de la Santé, 0,8 gramme de protéine par kilo de poids corporel couvre les apports nécessaires. Ainsi, prend pour exemple le magazine Science et Vie, «un adulte de 70 kilos aura donc besoin d’environ 56 grammes par jour, soit l’équivalent d’un œuf au petit-déjeuner, de 100 grammes de poulet au dîner, d’un yaourt nature, d’une poignée de noix et d’un verre de lait».












