Tourisme: quelle part pour le Maroc dans le redéploiement de 28 millions de voyages menacés dans le Golfe?

Des touristes à Marrakech.

La recomposition des flux touristiques mondiaux, provoquée par les tensions au Moyen-Orient, intervient alors que le Maroc enregistre des performances historiques. Avec près de 20 millions de visiteurs et 138 milliards de dirhams de recettes en 2025, selon le HCP, le Royaume se présente comme l’un des principaux bénéficiaires directs d’un redéploiement global des flux touristiques au cours des prochaines semaines.

Le 03/04/2026 à 09h27

C’est une rupture brutale des équilibres du tourisme mondial qui se dessine, favorisée par les tensions géopolitiques qui secouent l’ensemble du Moyen-Orient, avec près de 28 millions de voyages au départ de cette région désormais menacés en 2026, selon Oxford Economics. Cette nouvelle redistribution des cartes est également favorisée par les perturbations du trafic aérien et les incertitudes sécuritaires, qui ont fini par redéfinir les choix des voyageurs, orientés vers des destinations jugées plus sûres, notamment le Maroc.

Une telle recomposition accélère la régionalisation du tourisme mondial, avec une Europe concentrant à elle seule 60% des voyages annulés. Les marchés historiquement dépendants des clientèles du Moyen-Orient, notamment la Turquie, la France et le Royaume-Uni, apparaissent particulièrement exposés, ouvrant un espace de repositionnement pour les destinations alternatives du pourtour méditerranéen.

Face à ces ajustements rapides, le Maroc se repositionne progressivement comme une destination de report crédible, au même titre que l’Égypte ou la Tunisie. Toutefois, le Royaume reste favori en raison de sa stabilité et de sa proximité avec les marchés européens, qui renforcent son attractivité.

Une telle dynamique s’inscrit dans une trajectoire nationale déjà exceptionnelle. Les données du Haut-commissariat au plan (HCP) confirment que la feuille de route touristique 2023-2026 a atteint, voire dépassé, ses principaux objectifs dès la fin de l’année 2025, traduisant une accélération structurelle du secteur.

Une montée en puissance spectaculaire du tourisme marocain s’observe à travers les principaux indicateurs. Les arrivées touristiques ont frôlé les 20 millions de visiteurs en 2025, dépassant largement l’objectif initial de 17,5 millions fixé pour 2026, selon le HCP.

Une telle affluence s’est traduite par un niveau inédit de recettes en devises. Les recettes voyages ont atteint 138 milliards de dirhams, soit 18 milliards de plus que la cible prévue dans la feuille de route. Ce différentiel souligne une amélioration notable de la valeur générée par visiteur, confirmant une montée en gamme progressive de l’offre touristique nationale.

Un impact direct sur le marché du travail accompagne cette expansion. Le secteur touristique totalise 894.000 emplois directs en 2025, contre 802.000 en 2022, soit une création nette de plus de 92.000 postes en trois ans, selon le HCP.

Une telle progression dépasse l’objectif initial de 80.000 emplois à l’horizon 2026, révélant la capacité du secteur à absorber la croissance tout en contribuant à l’insertion professionnelle. Ce dynamisme social renforce le rôle du tourisme comme vecteur de diffusion économique, au-delà de sa contribution en devises.

Un recentrage des flux vers les marchés européens soutient cette dynamique, notamment avec les principaux bassins émetteurs comme la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui continuent d’alimenter la croissance des arrivées, selon les données du ministère du Tourisme.

En outre, une telle orientation reflète aussi des arbitrages sécuritaires et économiques. La hausse des coûts du transport et les incertitudes géopolitiques incitent les voyageurs à privilégier des destinations proches, accessibles et compétitives. Le Maroc bénéficie de cet effet de substitution, consolidant sa position dans le bassin méditerranéen.

Cependant, le tourisme reste un enjeu économique très important où la transformation qualitative accompagne l’essor des volumes. Ainsi, l’écart entre les objectifs et les recettes réalisées traduit un effet prix significatif, lié à l’allongement des séjours et à la diversification de l’offre vers des segments à plus forte valeur ajoutée.

Une telle évolution témoigne d’un changement de modèle, où la performance du secteur ne repose plus uniquement sur les volumes, mais sur la capacité à capter une dépense touristique plus élevée. Ce repositionnement apparaît donc déterminant pour soutenir la balance des paiements, les recettes voyages constituant l’une des principales sources de devises du Royaume, selon l’Office des changes.

À ce titre, Bank Al-Maghrib souligne régulièrement le rôle du tourisme comme moteur de croissance, tout en mettant en avant la nécessité d’un investissement soutenu pour préserver la compétitivité du secteur. Une inadéquation entre l’offre et la demande pourrait limiter les gains futurs, en particulier dans un contexte de concurrence entre destinations méditerranéennes, où le Maroc fait figure de leader, suivi de l’Égypte.

C’est dans ce contexte qu’une pression sur les infrastructures s’ajoute à cette dynamique, l’augmentation rapide des flux posant la question de la capacité d’accueil, qu’il s’agisse des infrastructures hôtelières, du transport aérien ou des services touristiques.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 03/04/2026 à 09h27