Startups: comment le Maroc a mobilisé plus de 70 millions de dollars de capitaux privés

Le partenariat entre le Maroc et la Banque mondiale a permis de mobiliser des capitaux privés en faveur des startups, notamment à travers le dispositif InnovInvest, lancé en 2016 avec un financement de 50 millions de dollars.

En dix ans, le Maroc a mobilisé plus de 70 millions de dollars de capitaux privés pour financer ses startups grâce au dispositif InnovInvest, lancé avec le soutien de la Banque mondiale. Quatre fonds de capital-risque ont été créés, près de 1.000 entrepreneurs accompagnés et plus de 4.000 emplois directs générés, sur fond de réformes destinées à structurer durablement cet écosystème.

Le 15/10/2026 à 11h36

Il y a dix ans, à peine 6% des investissements en fonds propres au Maroc bénéficiaient aux entreprises en phase de démarrage, a indiqué la Banque mondiale (BM) dans une note qu’il vient de publier sur le financement des startups au Maroc.

Les jeunes pousses innovantes peinaient à trouver des financements adaptés à leurs besoins, tandis que les investisseurs privilégiaient les entreprises établies, l’immobilier et les obligations, note-t-elle. Face à ce déficit, le Maroc a multiplié les interventions publiques afin de réduire les risques associés au financement des startups et d’encourager les investisseurs privés à s’engager sur ce segment, souligne l’institution financière internationale, qui cite en exemple son partenariat avec le Royaume.

Ainsi, lancé en 2016 avec un financement de 50 millions de dollars de la Banque mondiale, le dispositif InnovInvest a été conçu en partenariat avec le ministère de l’Économie et des Finances pour structurer un marché du capital-risque encore embryonnaire. Son principe: utiliser les ressources publiques pour partager les risques avec les investisseurs privés, sans se substituer à eux dans les décisions d’investissement.

Les résultats dépassent les objectifs initiaux, selon la BM. Le dispositif a, en effet, permis de mobiliser plus de 70 millions de dollars de capitaux privés, soit 2,4 fois la cible de départ, et de créer quatre fonds de capital-risque. Il a également contribué à attirer des investisseurs internationaux dans des fonds juridiquement domiciliés au Maroc, ouvrant de nouvelles perspectives pour le financement des entreprises innovantes.

La «vallée de la mort»

En 2015, les entrepreneurs marocains se heurtaient à un obstacle majeur dès les premières étapes de leurs projets, fait remarquer l’institution. Les banques, explique-t-elle, exigeaient des garanties dont ils ne disposaient pas, tandis que les financements destinés à l’idéation et à l’amorçage restaient limités. Les fonds de capital-investissement existants ciblaient principalement des entreprises déjà établies, avec des tickets d’investissement dépassant souvent les besoins des jeunes pousses, estimés entre 20.000 et 3 millions de dollars, selon la BM.

Ce décalage entre les besoins des entrepreneurs et l’offre de financement alimentait la «vallée de la mort», cette phase durant laquelle un projet innovant doit trouver les ressources nécessaires pour devenir une entreprise viable. Les premières structures d’accompagnement commençaient à apparaître, mais les incubateurs demeuraient fragmentés et ne généraient pas encore un flux régulier de startups suffisamment préparées pour attirer des investisseurs.

De même, ajoute-t-elle, le développement du capital-risque se heurtait également à la prudence des investisseurs institutionnels et aux limites du cadre réglementaire. Les rendements décevants de certaines générations de fonds de capital-investissement avaient renforcé les réticences à l’égard de cette activité, alors que les règles applicables ne répondaient pas encore à l’ensemble des besoins du marché.

C’est dans ce contexte qu’InnovInvest a introduit un mécanisme de co-investissement public et privé, souligne la Banque mondiale. Par l’intermédiaire de Tamwilcom, l’organisme public spécialisé dans les garanties et le financement des entreprises, l’État a investi dans des fonds de capital-risque aux côtés d’investisseurs privés.

Le dispositif a notamment prévu une asymétrie de rendement en faveur des investisseurs tiers afin de rendre ces placements plus attractifs. Les décisions d’investissement sont toutefois restées entre les mains de gestionnaires de fonds professionnels, relève-t-elle. L’intervention publique visait ainsi à partager une partie du risque et à favoriser l’émergence d’un marché capable, à terme, d’attirer des financements privés sans dépendre exclusivement du soutien de l’État.

La création de quatre fonds de capital-risque professionnels constitue l’un des principaux résultats d’InnovInvest. Les capitaux privés mobilisés ont dépassé 70 millions de dollars, pour un objectif initial inférieur de plus de moitié. Cette mobilisation a permis de renforcer les capacités de financement des jeunes entreprises et de démontrer qu’un marché local du capital-risque pouvait se développer.

4.000 emplois directs créés

Un fonds domicilié juridiquement au Maroc a, pour la première fois, attiré des institutions internationales de financement du développement, notamment IFC et Proparco, aux côtés de co-investisseurs privés locaux. Cette participation a marqué une étape dans l’ouverture du marché marocain à des investisseurs internationaux.

Cette évolution a été facilitée par les réformes du cadre réglementaire du capital-investissement auxquelles le projet a contribué. L’assistance technique parallèle de la Banque mondiale, dans le cadre du Programme conjoint pour le développement des marchés financiers (J-CAP), a également accompagné ce travail. L’objectif était de lever les obstacles qui limitaient l’intervention des investisseurs et de créer des conditions plus favorables au développement des fonds.

Au-delà des financements, InnovInvest a contribué à organiser les structures d’accompagnement des entrepreneurs. Ainsi, 16 incubateurs et accélérateurs ont été labellisés, afin de mieux coordonner les initiatives existantes et de renforcer le parcours des porteurs de projets, de la maturation de leur idée à la recherche de financements.

Près de 1.000 entrepreneurs ont bénéficié de subventions d’amorçage, de prêts bonifiés ou d’un accompagnement personnalisé. Le dispositif a contribué à la création de plus de 4.000 emplois directs. Les entreprises dirigées par des femmes ont, pour leur part, capté 27% des financements, dépassant l’objectif initial fixé par le projet.

L’expérience d’InnovInvest a également mis en évidence les contraintes qui freinaient le développement du marché, note la BM. Les difficultés liées à l’accès aux devises, au droit des sociétés et à la protection des investisseurs minoritaires ont notamment alimenté un chantier de réformes mené en parallèle du dispositif de financement, illustre-t-elle.

Cette articulation entre intervention publique et amélioration de l’environnement réglementaire constitue l’un des enseignements du programme. Il ne s’agissait pas seulement de fournir des ressources aux jeunes entreprises, mais aussi de rendre le marché plus attractif pour les investisseurs privés et institutionnels. En démontrant la possibilité de développer le capital-risque, InnovInvest a également favorisé l’émergence de nouveaux fonds, accélérateurs et acteurs institutionnels, souligne la BM.

Une approche inspirante

L’approche a depuis inspiré huit projets du groupe de la Banque mondiale dans la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan, pour un montant total de financements supérieur à 500 millions de dollars. Le modèle marocain a ainsi été repris dans d’autres initiatives visant à mobiliser des capitaux privés au profit des entreprises innovantes.

La nouvelle génération de dispositifs repose sur une architecture différente. Alors qu’InnovInvest s’appuyait sur le co-investissement public pour inciter les investisseurs à entrer sur un marché encore peu développé, les mécanismes plus récents introduisent une protection contre les premières pertes. Cette formule vise à concentrer le soutien public sur les risques les plus difficiles à assumer pour les investisseurs privés.

Tamwilcom, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement s’inscrivent désormais dans une architecture destinée à couvrir les différentes étapes du développement des entreprises, de l’idéation au passage à l’échelle. Cette évolution doit permettre de mieux articuler les dispositifs de financement et d’accompagnement selon la maturité des projets.

Approuvé en juin 2026 avec un financement de 250 millions de dollars de la Banque mondiale, le programme d’accélération numérique au Maroc reprend les enseignements de cette décennie d’intervention publique dans le cadre d’un agenda plus large de transformation numérique.

De son côté, IFC a récemment noué un partenariat avec Tamwilcom autour d’un dispositif de partage des risques de 300 millions de dollars destiné à élargir l’accès au financement des petites et moyennes entreprises. Il s’agit de la première collaboration entre IFC et cette institution marocaine.

Des défis restent néanmoins à relever, notamment pour compléter les réformes réglementaires et donner au marché une dimension régionale à la mesure des ambitions du Maroc. La consolidation de l’écosystème dépendra de sa capacité à poursuivre la mobilisation des capitaux privés et à élargir les possibilités de financement offertes aux entreprises, insiste l’institution financière internationale.

En dix ans, InnovInvest a contribué à faire évoluer un marché où les start-ups peinaient à trouver des investisseurs vers un écosystème doté de fonds spécialisés, de structures d’accompagnement et de nouveaux partenaires internationaux. L’enjeu est désormais de consolider ces acquis et de permettre aux entreprises innovantes de trouver les financements nécessaires à leur développement.

Par Lahcen Oudoud
Le 15/10/2026 à 11h36