Sahara marocain: la hausse du prix de la viande de chameau exaspère les consommateurs

La hausse des prix de la viande de chameau suscite le mécontentement des habitants du Sahara marocain. (H.Yara/Le360)

Le 30/03/2026 à 13h28

VidéoDans les provinces du Sud, le prix de la viande de chameau s’envole à 135 dirhams le kilogramme contre moins de 80 dirhams auparavant. Portée par la hausse des coûts énergétiques, les séquelles de la sécheresse et les tensions sur les circuits d’approvisionnement, cette flambée alimente la grogne des consommateurs.

Les prix de la viande de chameau ont enregistré une nette hausse dans les provinces du Sud. Ils ont culminé à 135 dirhams le kilogramme, contre moins de 80 dirhams auparavant.

Cette flambée s’inscrit dans un contexte national marqué par une progression généralisée du prix des viandes, observée aussi bien dans les régions du Sud que dans le nord du Royaume.

Cette tendance est attribuée par de nombreux analystes économiques à des facteurs liés aux fluctuations des marchés internationaux et à leurs répercussions sur les circuits d’approvisionnement locaux.

Cette situation a suscité un mécontentement croissant parmi les habitants. Il en est ainsi de Mokhtar, résident de Laâyoune, qui exprime son ras-le-bol face à la cherté de la vie.

Il confie ne plus pouvoir supporter l’évolution des prix de la viande de chameau et envisage une révision de ses habitudes alimentaires et de ses priorités budgétaires. Il indique même se contenter parfois de repas simples, comme du riz au lait, en renonçant à cette viande pourtant centrale dans son alimentation quotidienne.

En effet, la viande de chameau occupe une place essentielle dans la culture culinaire locale. Elle est omniprésente dans les repas, en particulier au sein de la culture hassanie, où l’élevage de dromadaires constitue un pilier identitaire et économique.

Pour Abdessalam Ben Abidine, notable sahraoui et président de l’association provinciale de gestion pastorale des éleveurs dans la région de Laâyoune, cette hausse s’explique principalement par des facteurs objectifs. Il cite notamment l’augmentation des prix du pétrole et de ses dérivés, impactant directement les coûts de transport, de logistique et de main-d’œuvre.

Selon lui, la hausse du prix du carburant affecte l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis le déplacement des troupeaux jusqu’à leur commercialisation, en passant par les conditions de travail des bergers et les coûts liés à leur alimentation et à leur hébergement. À cela s’ajoute la hausse des prix des aliments pour bétail, malgré les dispositifs de soutien existants.

Toutefois, notre interlocuteur souligne les efforts déployés par les autorités publiques, notamment en matière de creusement de puits dans les zones touchées par la sécheresse. Il appelle néanmoins à un renforcement des aides destinées aux éleveurs, dans un contexte marqué par un déficit pluviométrique persistant dans plusieurs zones pastorales.

Noureddine, boucher spécialisé dans la viande de chameau, confirme que la hausse des prix est liée à la conjonction de plusieurs facteurs, notamment l’augmentation du coût des carburants et les effets de la sécheresse qui a touché la région avant les récentes pluies.

Il précise que ces précipitations, bien que bénéfiques, n’ont pas concerné toutes les zones d’élevage, limitant ainsi leur impact sur la reconstitution des cheptels et la disponibilité des ressources fourragères. Cette situation continue de peser sur l’activité commerciale et sur l’équilibre du marché.

Aïd Al-Adha compliquerait la donne

Lassiad Bourazza, membre de l’antenne locale de l’association marocaine de protection du consommateur, conteste ces justifications. Il estime qu’aucune raison objective ne peut expliquer une telle flambée des prix, en particulier après l’amélioration relative des précipitations et la disponibilité accrue des pâturages.

Selon lui, ces conditions auraient dû, au contraire, favoriser une baisse des prix. Il met également en avant l’approche de Aïd Al-Adha, période durant laquelle la demande en viande rouge connaît traditionnellement une forte hausse. Dans les provinces du Sud, certaines familles optent pour l’achat collectif d’un chameau à sacrifier, ce qui accentue la pression sur les prix.

Dans ce contexte, le consommateur se retrouve contraint de s’adapter à une nouvelle réalité économique. Entre effets de la sécheresse, renchérissement des intrants et hausse des coûts énergétiques, la recomposition des habitudes de consommation semble inévitable, dans l’attente de mesures susceptibles de préserver le pouvoir d’achat et de rétablir un certain équilibre sur le marché.

Par Hamdi Yara
Le 30/03/2026 à 13h28