Intervenant lundi 26 janvier lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants sur l’exécution de la loi de finances 2025, Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget, a souligné que l’économie nationale a évolué dans un contexte mondial marqué par une croissance modérée, conséquence directe de la montée des risques géopolitiques et de l’impact croissant des crises climatiques.
À ces facteurs se sont ajoutées les tensions commerciales internationales et la multiplication des mesures protectionnistes, dont les effets ont pesé sur la dynamique de l’investissement et perturbé les chaînes d’approvisionnement. Ces éléments ont globalement freiné les niveaux de croissance à l’échelle mondiale, affectant indirectement les autres économies, dont le Maroc.
Sur le plan national, malgré ces contraintes, l’économie marocaine a affiché des signes tangibles de résilience. Les activités agricoles ont enregistré un redressement notable, avec un taux de croissance de 4,6% en 2025, après une contraction de 4,8% en 2024, traduisant une amélioration significative après une année difficile.
Les activités non agricoles ont, pour leur part, poursuivi leur dynamique positive. Leur croissance s’est établie à 4,6% en 2025, contre 4,5% l’année précédente, confirmant la solidité des autres moteurs de l’économie nationale dans un contexte encore incertain.
Cette évolution favorable se reflète dans plusieurs indicateurs conjoncturels ayant marqué l’année 2025. Les ventes de ciment ont progressé de 8,2% par rapport à l’année précédente, traduisant la poursuite de l’activité dans le secteur du bâtiment et des travaux publics.
Des réserves en devises à un niveau record
Le secteur touristique a franchi un cap symbolique en dépassant les 20 millions de visiteurs, soit une hausse de 14% en une année. Cette performance a contribué de manière significative aux recettes en devises, aux côtés des transferts des Marocains résidant à l’étranger et des recettes de voyage.
Les investissements étrangers ont également affiché un bon niveau, dépassant les 5 milliards de dollars. L’ensemble de ces flux a permis de renforcer sensiblement les réserves marocaines en devises, qui ont atteint un niveau inédit à la fin de l’année 2025.
Les avoirs officiels de réserve ont ainsi dépassé 440 milliards de dirhams, en hausse de 18% sur un an. Ce niveau correspond à plus de 5,5 mois d’importations, renforçant la position extérieure du pays et sa capacité à faire face aux chocs exogènes.
Dans ce contexte, l’exécution de la loi de finances 2025 a abouti à des résultats conformes aux attentes, notamment en matière de mobilisation des ressources. Les recettes ordinaires ont enregistré une progression significative pour atteindre 424 milliards de dirhams, soit une augmentation de 53 milliards de dirhams par rapport à l’année précédente.
Cette hausse correspond à une croissance de 14,2% des recettes ordinaires. Elle s’explique principalement par la nette amélioration des recettes fiscales, qui ont progressé de 43,8 milliards de dirhams, soit une augmentation de 14,7% par rapport à 2024.
Lire aussi : Forte hausse des recettes fiscales: les 5 impôts moteurs de la performance
Le taux de réalisation des recettes fiscales a atteint 107%, traduisant une performance supérieure aux prévisions initiales de la loi de finances. Dans le détail, les recettes de l’impôt sur les sociétés ont connu une hausse particulièrement marquée.
Elles sont passées de 71,1 milliards de dirhams en 2024 à 91,4 milliards de dirhams en 2025, soit une augmentation de 28,6%. Cette évolution reflète l’amélioration des résultats des entreprises ainsi que l’impact des réformes fiscales engagées ces dernières années.
Les recettes de la taxe sur la valeur ajoutée ont également progressé, passant de 89,3 milliards de dirhams à 97,7 milliards de dirhams en 2025. Cette hausse accompagne la reprise de l’activité économique et la dynamique de la consommation.
S’agissant de l’impôt sur le revenu, malgré le coût de la réforme engagée, estimé à plus de 8 milliards de dirhams, les recettes ont augmenté, passant de 59,7 milliards de dirhams à 65,4 milliards de dirhams, soit une progression de 9,4%. Le taux de réalisation a atteint 107,4%.
Les droits de douane ont suivi la même tendance haussière, s’établissant à 17,2 milliards de dirhams en 2025, contre 15,2 milliards de dirhams en 2024, soit une augmentation de 12,9%. Les recettes de la taxe intérieure de consommation sont passées, quant à elles, de 36,5 milliards à 41,5 milliards de dirhams, enregistrant une hausse de 13,8%.
Financement des priorités sociales et de l’investissement
Selon Fouzi Lekjaa, cette progression des recettes fiscales confirme la poursuite de la dynamique positive observée au cours des quatre dernières années. Entre 2021 et 2025, les recettes fiscales ont augmenté de 127 milliards de dirhams, soit un taux de croissance annuel moyen de 12,4%, grâce aux réformes fiscales mises en œuvre.
Cette amélioration des ressources a permis, en premier lieu, de couvrir l’augmentation des dépenses de personnel, qui ont progressé de 15 milliards de dirhams, en lien avec les revalorisations salariales issues du dialogue social.
Elle a également contribué au financement du chantier de généralisation de la protection sociale. Les dépenses y afférentes ont atteint 37,7 milliards de dirhams en 2025, contre 32 milliards de dirhams en 2024, soit une hausse de 5,5 milliards de dirhams.
Par ailleurs, le budget général de l’État a continué de supporter plusieurs dépenses destinées à soutenir le pouvoir d’achat des citoyens, ainsi que les charges de compensation, qui se sont élevées à 17,7 milliards de dirhams.
Le soutien à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable s’est poursuivi à hauteur de 4 milliards de dirhams. De même, le programme national de reconstitution du cheptel a bénéficié d’un financement de 5,5 milliards de dirhams.
Lire aussi : Recettes record de l’IS: +30% en un an, un soutien majeur au budget 2025
La bonne tenue des ressources a également permis de préserver la dynamique de l’investissement public. Les émissions ont augmenté de 7,8 milliards de dirhams, soit une progression de 6,7%, pour atteindre un total de 125,3 milliards de dirhams.
Le taux d’émission et de paiement s’est établi à 76%, traduisant un niveau satisfaisant d’exécution des projets d’investissement. Dans le même temps, le déficit budgétaire a été contenu à 3,5% du produit intérieur brut, conformément aux prévisions de la loi de finances 2025.
Cette maîtrise du déficit a eu un impact positif sur l’endettement du Trésor. Le ratio de la dette du Trésor a reculé à 67,2% du PIB, contre 67,7% une année auparavant, soit une baisse de 0,5 point de PIB.
Selon le ministre délégué chargé du Budget, cette trajectoire devrait se poursuivre au cours des prochaines années. Le déficit budgétaire est ainsi appelé à se stabiliser autour de 3% entre 2026 et 2028.
Dans cette perspective, le ratio d’endettement du Trésor devrait poursuivre sa baisse pour atteindre 64% du PIB à l’horizon 2028, traduisant l’objectif de consolidation progressive des équilibres macro-budgétaires.







