Ouverture du capital des pharmacies: les syndicats saisissent le Chef du gouvernement pour contester les recommandations du Conseil de la concurrence

Le panneau lumineux d'une pharmacie.

La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) a adressé une lettre au Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, pour exprimer son rejet des recommandations du Conseil de la concurrence portant notamment sur l’ouverture du capital des officines, la libéralisation du chaînage et des horaires des pharmacies.

Le 24/02/2026 à 13h25

Dans ce courrier signé par son président, Mohamed Lahbabi, la Confédération estime que ces propositions dépassent de simples ajustements techniques et constituent «une transformation structurelle profonde du modèle officinal marocain».

Selon la CSPM, le modèle actuel repose sur un principe central: le pharmacien est à la fois un professionnel de santé et le propriétaire de son officine, assumant pleinement la responsabilité scientifique, éthique et réglementaire de son activité.

L’ouverture du capital introduirait, selon la Confédération, une logique différente, dominée par l’investisseur. «Celui qui détient le capital influence inévitablement les décisions stratégiques», souligne la lettre, mettant en garde contre une évolution vers un modèle davantage guidé par des objectifs financiers que par des impératifs sanitaires.

La Confédération relativise également les arguments avancés en faveur de la réforme, notamment les économies d’échelle, la modernisation du secteur ou encore le financement de l’installation des jeunes pharmaciens.

Elle rappelle que les prix des médicaments au Maroc sont fixés par l’État et que les marges sont déjà réglementées. Les centrales d’achat existent par ailleurs et fonctionnent déjà. Pour les syndicats, les difficultés d’installation des jeunes diplômés s’expliquent surtout par l’érosion du modèle économique des officines, et non par l’absence d’investisseurs.

Les pharmaciens mettent aussi en garde contre les effets structurels d’une libéralisation du capital. S’appuyant sur certaines expériences internationales, ils évoquent le risque de concentration progressive du marché, l’émergence de chaînes dominantes et une pression accrue sur les officines indépendantes.

Un tel scénario pourrait, selon les syndicats, accentuer les déséquilibres territoriaux, les investisseurs privilégiant les zones urbaines les plus rentables au détriment des régions rurales. Or, soulignent-ils, le maillage territorial actuel est largement assuré par des pharmaciens propriétaires installés localement.

Au-delà des considérations économiques, la confédération insiste sur l’enjeu de l’indépendance professionnelle. Même encadrée par la loi, la position d’un pharmacien minoritaire dans le capital de son officine pourrait devenir «théorique», estiment les syndicats.

Ils rappellent que la relation de confiance entre le patient et le pharmacien repose précisément sur cette indépendance. «La santé ne peut être assimilée à un secteur commercial ordinaire», insiste le document.

Tout en reconnaissant la nécessité de moderniser le secteur, la confédération appelle à orienter les réformes vers d’autres priorités: la révision du modèle économique des officines, la valorisation des actes pharmaceutiques, l’intégration du pharmacien dans le parcours de soins et un accompagnement structuré des jeunes diplômés.

Dans leur lettre, les syndicats expriment ainsi un refus «clair, ferme et responsable» des propositions de libéralisation du capital, du chaînage et des horaires. Ils appellent le gouvernement à privilégier une réforme concertée qui préserverait l’indépendance professionnelle des pharmaciens, l’équilibre territorial et la mission de santé publique du secteur. «Le médicament n’est pas un produit commercial», conclut la lettre adressée au Chef du gouvernement.

Par La Rédaction
Le 24/02/2026 à 13h25