La société Marsa Maroc franchit une nouvelle étape dans la réalisation d’une ambition affichée depuis plusieurs années : s’imposer comme un acteur portuaire de référence au-delà des frontières nationales. Cette dynamique d’expansion intervient alors que l’opérateur marocain a dévoilé, le 17 février, des résultats financiers historiques pour l’exercice 2025, avec un chiffre d’affaires atteignant 5,8 milliards de dirhams, soit environ 538 millions d’euros. «Quelques jours auparavant, le groupe avait déjà annoncé une avancée stratégique majeure avec la signature d’un contrat de gestion portant sur l’exploitation de deux jetées au port de Monrovia, au Liberia», indique le magazine Jeune Afrique.
Officialisé le 10 février, cet accord constitue la première phase d’un partenariat appelé à se renforcer. Selon le communiqué diffusé par l’entreprise, cotée à la Bourse de Casablanca, ce contrat de gestion devrait ouvrir la voie, dans un second temps, à la conclusion d’une concession pour le développement et l’exploitation d’un nouveau terminal polyvalent. L’actionnariat de Marsa Maroc reflète d’ailleurs son ancrage stratégique: 35% de son capital est détenu par le groupe Tanger Med, tandis que l’État marocain conserve une participation de 25%, le reste étant coté en Bourse.
Cette expansion africaine n’est pas improvisée. Dès 2024, l’entreprise dirigée par Tarik El Aroussi, en poste depuis 2023, avait amorcé un virage international affirmé. Classé quatrième opérateur de terminaux à conteneurs en Afrique par le cabinet britannique Drewry, dans son rapport Global Container Terminal Operators, le groupe avait alors posé les bases d’une stratégie offensive. Un an auparavant, il avait créé une filiale à Djibouti, Marsa Djibouti, en vue de prendre part à un investissement dans une société chargée de la construction d’un terminal pétrolier, Damerjog Oil FZE. Cette implantation dans la Corne de l’Afrique traduisait déjà une volonté d’essaimer sur les principaux corridors maritimes du continent.
L’année 2024 marque un tournant décisif avec l’obtention d’un contrat de gestion déléguée de deux terminaux au port de Cotonou, au Bénin, rappelle dans Jeune Afrique. Ce marché, remporté à l’issue d’un appel d’offres international, constitue la première concrétisation majeure de la stratégie d’internationalisation du groupe. Il intervient dans un contexte de croissance soutenue, le chiffre d’affaires de l’entreprise ayant franchi la barre symbolique des 5 milliards de dirhams cette même année. À travers ces succès, Marsa Maroc affirme son ambition de mettre son expertise opérationnelle au service de la compétitivité portuaire africaine et de se positionner comme un acteur incontournable du secteur.
L’expansion ne se limite pas au continent africain. L’Espagne figure également parmi les priorités stratégiques. Via sa filiale Marsa Maroc International Logistics, le groupe a acquis 45% du capital et des droits de vote de Boluda Maritime Terminals, branche portuaire de Boluda Corporación Marítima. Implantée dans neuf ports entre la péninsule Ibérique et les îles Canaries, cette entreprise renforce la présence de Marsa Maroc sur les deux rives du détroit de Gibraltar. L’opération, d’un montant de 80 millions d’euros, élargit significativement le périmètre du groupe, qui gère désormais 34 terminaux répartis dans 20 ports.
Les deux partenaires mettent en avant un fort alignement stratégique, notamment autour du corridor maritime Maroc-Espagne, axe majeur pour les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Afrique. Cette alliance vise également un développement conjoint sur d’autres marchés internationaux, en particulier africains, où les besoins en infrastructures portuaires modernes restent importants, écrit Jeune Afrique.
Sur le plan financier, Marsa Maroc s’impose comme l’une des principales capitalisations boursières du pays, se classant au quatrième rang national derrière Maroc Télécom, Managem et Attijariwafa Bank, avec une valorisation atteignant 67 milliards de dirhams en février. Sous la présidence de Fouad Brini, également à la tête du conseil de surveillance de l’Agence Spéciale Tanger-Méditerranée, le groupe a accéléré le rythme de ses investissements. En 2025, près de 2,4 milliards de dirhams ont été injectés dans divers projets, un montant record destiné notamment à moderniser les équipements des terminaux de Casablanca et de Nador West Med.
Cette montée en puissance s’appuie aussi sur des partenariats stratégiques avec de grands armateurs internationaux, tels que CMA CGM, MSC et Boluda Towage. Ces alliances renforcent la crédibilité internationale de l’opérateur marocain et soutiennent sa capacité à capter de nouveaux flux commerciaux.
Cependant, la conquête internationale de Marsa Maroc s’inscrit dans un environnement concurrentiel particulièrement exigeant. Par le passé, le groupe a connu des revers, notamment au Ghana et au Cameroun, où certains projets n’ont pas abouti. Si son adossement à Tanger Med depuis 2021 a renforcé sa solidité financière et opérationnelle, l’entreprise reste confrontée à la concurrence de géants mondiaux tels que DP World, dont le chiffre d’affaires a atteint 20 milliards de dollars en 2024.






