Dans un entretien accordé à RFI le 5 mars 2026, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a détaillé la posture économique du Maroc face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, cela dans un contexte où le spectre d’une flambée des prix du pétrole, associé aux tensions sur les chaînes logistiques internationales, ravive les inquiétudes dans de nombreux pays importateurs d’énergie.
Pour le Maroc, fortement dépendant des importations d’hydrocarbures, la question est stratégique. Mais le Royaume entend aborder cette période géopolitique avec prudence et anticipation.
La ministre de l’Économie et des Finances a d’abord tenu à replacer la position du Royaume dans un cadre politique et humain plus large. «L’ensemble du Maroc observe cette escalade avec consternation, en ayant une pensée particulière pour les civils qui paient toujours un lourd tribut en période de crise», a-t-elle déclaré.
La responsable gouvernementale a rappelé que le Royaume avait déjà exprimé sa position au plus haut niveau de l’État. «Le Souverain a personnellement contacté les chefs d’État des pays frères et amis afin de leur faire part de notre soutien et de notre solidarité», a indiqué Nadia Fettah, soulignant la dimension diplomatique de la réaction marocaine face à l’escalade régionale.
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La ministre insiste sur l’impératif économique sur l’anticipation des conséquences potentielles d’un conflit susceptible d’affecter les marchés mondiaux de l’énergie.
«En tant que ministre de l’Économie et des Finances, il est essentiel de rester extrêmement attentive à ce qui se passe, car notre responsabilité est d’anticiper et de gérer les éventuels impacts de cette crise sur notre pays, sur les populations et sur notre économie», a-t-elle affirmé.
Selon la ministre, «l’expérience récente des crises constitue un avantage stratégique.» Entre la pandémie de Covid-19, les tensions inflationnistes mondiales et les perturbations énergétiques liées à la guerre en Ukraine, l’économie marocaine a été confrontée à plusieurs chocs exogènes au cours des dernières années.
Selon Nadia Fettah, cette succession d’épisodes a permis de renforcer les instruments de gestion macroéconomique du Royaume. «Le Maroc a démontré la résilience de son économie face aux crises. Nous disposons aujourd’hui de réserves d’hydrocarbures et de réserves de change», a-t-elle expliqué.
Ces marges de sécurité sont complétées par des mécanismes de politiques publiques déjà éprouvées. «Nous avons un ensemble d’outils qui permettent d’atténuer les effets des crises sur les populations», a souligné la ministre.
L’un des axes centraux concerne la gestion du coût de l’énergie, qui demeure un facteur déterminant pour le pouvoir d’achat et pour la compétitivité des entreprises.
«Nous avons déjà expérimenté certains dispositifs pour maîtriser le coût de l’énergie ou celui du transport public», a rappelé Nadia Fettah. Car pour le gouvernement, l’impact d’une crise énergétique ne se limite pas aux prix à la pompe. Il se diffuse à l’ensemble de l’économie.
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«Si l’on pense immédiatement au prix du carburant, il faut aussi rappeler que de nombreux citoyens utilisent les transports collectifs. Le prix du ticket de bus doit rester accessible», a-t-elle insisté. Cette approche illustre une logique d’intervention ciblée visant à amortir les effets sociaux des fluctuations énergétiques. Toutefois, la ministre souligne que ces instruments ne sont pas activés à ce stade. «Aujourd’hui, nous n’observons pas d’impact direct», a-t-elle précisé.
Au contraire, la stabilité du Royaume apparaît, dans ce contexte international tendu, comme un facteur de confiance pour les investisseurs.
«Le Maroc est reconnu pour sa stabilité. Cette stabilité économique et politique contribue à rassurer les opérateurs économiques, qu’ils soient nationaux ou internationaux», a déclaré Nadia Fettah.
La transition énergétique comme réponse structurelle
Au-delà de la gestion conjoncturelle des crises, le Maroc mise surtout sur une transformation structurelle de son modèle énergétique. Pour un pays importateur net d’hydrocarbures, la transition énergétique constitue en effet un levier stratégique de souveraineté économique.
Selon Nadia Fettah, le Maroc a engagé une stratégie particulièrement ambitieuse dans ce domaine. «D’ici 2030, 52% de notre mix énergétique proviendra des énergies renouvelables», a-t-elle rappelé.
Aujourd’hui, les énergies renouvelables représentent environ 42% de la capacité électrique installée du pays, grâce au développement massif des infrastructures solaires et éoliennes. Ce basculement progressif du système énergétique vise à réduire la dépendance aux importations d’énergie tout en positionnant le Maroc dans les nouvelles chaînes de valeur de la transition climatique.
À travers ce secteur émergent, le Royaume ambitionne de devenir un fournisseur potentiel d’énergie propre pour l’Europe, tout en stimulant l’industrialisation locale.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la stratégie économique du Maroc repose désormais sur un triptyque clair: stabilité politique, anticipation macroéconomique et transformation structurelle. Pour Nadia Fettah, l’objectif reste constant.








