Les partenariats public-privé pour une (vraie) réforme du système de santé

Informatisation des hôpitaux

Le secteur privé de santé présente une prédominance en termes d’effectifs, avec 17.213 médecins (53%) contre 15.452 dans le secteur public (47%).

Revue de presseFace aux lacunes persistantes du système public et à la généralisation de l’assurance maladie, le secteur privé occupe un rôle croissant dans l’accès aux soins. Concentré dans les grandes villes, il soulève des défis de régulation, de transparence et de complémentarité avec le public. Pour Abdelmadjid Belaïche, expert en industrie pharmaceutique, seule une gouvernance rigoureuse et des partenariats public-privé ciblés permettront de concilier performance économique et équité sanitaire. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 19/01/2026 à 20h01

Le secteur privé de la santé au Maroc occupe une place croissante dans le système de soins, renforcée par les réformes de la couverture sanitaire universelle et les insuffisances persistantes du public. Dans un entretien au magazine Finances News Hebdo, Abdelmadjid Belaïche, expert en industrie pharmaceutique, explique que «le secteur privé de santé présente une prédominance en termes d’effectifs, avec 17.213 médecins (53%) contre 15.452 dans le secteur public (47%)».

Cette supériorité est particulièrement nette chez les généralistes, mais elle se retrouve aussi dans la qualité des équipements, la disponibilité du personnel et la maintenance, facteurs qui assurent une meilleure rentabilité des structures privées. Belaïche souligne que «la préférence des patients, y compris les moins nantis, va au secteur privé, malgré la cherté relative des prestations». La généralisation de l’assurance maladie a accentué ce rôle, mais le privé reste concentré dans les grandes villes et peine à réduire les disparités territoriales.

Dix ans après l’ouverture du capital des cliniques aux investisseurs non-médecins, le bilan reste mitigé. Belaïche constate que «le succès réalisé s’avère très limité, puisque seules six opérations de rachat ont été enregistrées en dix ans» et que la majorité des cliniques et des lits restent concentrés à Casablanca, Rabat et Marrakech. La loi 113-13 n’a donc pas atteint son objectif de déconcentration de l’offre sanitaire, et les critiques persistent concernant les risques de dérives commerciales.

Pour concilier rentabilité et mission de santé publique, Belaïche estime qu’«il est tout à fait possible de concilier performance économique, transparence et mission de santé publique dans le secteur privé, à condition d’instaurer une régulation rigoureuse et ferme». Il recommande notamment la revalorisation des tarifs nationaux de référence, la lutte contre les pratiques abusives comme les chèques de garantie et la transparence des actes et des coûts.

L’expert insiste sur la nécessité d’une complémentarité fonctionnelle entre public et privé. Selon lui, «un secteur privé pouvant prendre en charge les soins spécialisés ou programmés, et un secteur public concentré sur les situations d’urgence, la prévention et les soins courants de proximité constitue le modèle à suivre». Cette complémentarité passe par des incitations pour le privé dans les zones sous-dotées et une modernisation des infrastructures publiques.

La régulation pharmaceutique et la maîtrise des coûts sont également centrales. Belaïche rappelle que «le médicament a un prix affiché et connu, appelé prix facial, mais la CNSS va négocier une remise importante avec le laboratoire détenteur du médicament coûteux», un mécanisme destiné à garantir un accès équitable tout en préservant les finances de l’assurance maladie. Le droit de substitution des génériques et l’utilisation des flexibilités prévues par les accords internationaux sont autant d’outils pour renforcer la souveraineté sanitaire et la production locale.

«La migration des médecins vers le privé fragilise le public, motivée par de meilleures rémunérations et conditions de travail», lit-on dans Finances News. Belaïche observe que «les rémunérations dans le secteur privé sont en moyenne deux à trois fois supérieures à celles du public», avec des écarts encore plus importants pour les spécialistes. Pour limiter ce phénomène, il recommande une valorisation salariale, des conditions de travail modernisées et des plateaux techniques performants dans le public. La production pharmaceutique locale, qui ne couvre que 74,6% du marché en volume, doit être stimulée pour assurer souveraineté et compétitivité. Belaïche note que «sans fabrication locale, il est impossible de garantir la souveraineté pharmaceutique et donc la souveraineté sanitaire du pays».

Enfin, la répartition territoriale des cliniques privées reste déséquilibrée. Belaïche insiste sur l’importance de rendre les régions sous-dotées attractives grâce à des incitations fiscales, un accès facilité aux crédits et des partenariats public-privé, afin d’assurer une offre multidisciplinaire viable. «Un véritable partenariat entre public et privé doit reposer sur une régulation stricte, une orientation sans faille des patients, des conventions de prise en charge coordonnées et une répartition équilibrée des ressources pour garantir à la fois qualité, équité et efficience du système de santé», précise l’expert. L’enjeu économique est clair: le privé peut être un moteur de modernisation et de performance, mais sans cadre régulateur solide et complémentarité réelle, l’accès équitable aux soins reste un défi majeur pour le Maroc.

Par La Rédaction
Le 19/01/2026 à 20h01