Les 5 principales menaces qui guettent le Maroc, selon le Forum économique mondial

Selon le WEF, les 5 principaux risques qui guettent le Maroc sont le chômage, l’insuffisance des services publics, l’inflation, la pénurie de ressources naturelles et les inégalités sociales.

Alors que le monde s’enfonce dans une ère de fragmentation et de confrontation géoéconomique, le Maroc aborde l’horizon 2026-2028 avec des risques nationaux fortement ancrés dans les questions sociales et économiques. C’est le principal enseignement du Global Risks Report 2026 du Forum économique mondial, qui met en lumière les inquiétudes spécifiques des dirigeants d’entreprise marocains dans un environnement mondial de plus en plus incertain.

Le 14/01/2026 à 16h56

L’édition 2026 du Global Risks Report du Forum économique mondial (WEF) publié le 14 janvier décrit un paysage international dominé par l’incertitude. Plus de la moitié des experts et dirigeants interrogés anticipent une période «turbulente» à «orageuse» à court terme, sur fond de recul du multilatéralisme et d’émergence d’un ordre multipolaire fragmenté.

À l’échelle mondiale, la confrontation géoéconomique s’impose comme le risque le plus sévère pour les deux prochaines années, devant la mésinformation, la désinformation et la polarisation sociétale. Les tensions commerciales, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et l’utilisation stratégique des outils économiques redessinent les règles du jeu pour les économies ouvertes et émergentes.

Dans ce contexte, les risques économiques progressent rapidement dans les classements mondiaux, nourris par l’endettement, l’inflation et l’incertitude entourant les investissements technologiques, notamment ceux liés à l’Intelligence artificielle et à la cybersécurité.

Si ces dynamiques sont globales, elles influencent directement la perception des risques nationaux, chaque pays adaptant ses priorités à ses fragilités internes. Pour le Maroc, le rapport offre ainsi un diagnostic ciblé, fondé sur les réponses des dirigeants interrogés dans le cadre de l’Executive Opinion Survey (enquête d’opinion des dirigeants d’entreprise).

Chômage: le risque numéro un au Maroc

À l’horizon 2026-2028, le risque numéro un identifié pour le Maroc est le manque d’opportunités économiques ou le chômage. Cette préoccupation dépasse largement les considérations conjoncturelles et renvoie à la capacité structurelle de l’économie à créer des emplois de qualité.

En deuxième position figure l’insuffisance des services publics et des protections sociales, incluant l’éducation, les infrastructures et les pensions. L’association de ces deux risques met en évidence une inquiétude centrale autour du contrat social et de sa soutenabilité.

Les dirigeants marocains expriment ainsi la crainte que les opportunités limitées, combinées à des services publics perçus comme insuffisants, ne fragilisent la cohésion sociale. Cette lecture nationale s’inscrit dans une tendance mondiale soulignée par le rapport: l’inégalité est, pour la deuxième année consécutive, le risque le plus interconnecté à l’échelle globale. Au Maroc, la pression sur le coût de la vie et la perception d’un accès inégal aux opportunités économiques alimentent la peur d’un sentiment d’exclusion.

Le troisième risque le plus cité par les dirigeants marocains est l’inflation, qui pèse directement sur le pouvoir d’achat et renforce les tensions sociales. Viennent ensuite les pénuries de ressources naturelles, notamment la nourriture et l’eau, un enjeu critique pour un pays exposé à des stress hydriques récurrents.

Le top 5 des risques nationaux se complète par l’inégalité de richesse et de revenus, confirmant la centralité des fractures sociales dans l’analyse des décideurs économiques.

Cette concentration de risques économiques et sociétaux crée un terrain favorable à la polarisation, un phénomène classé au troisième rang mondial à court terme. Le rapport souligne que cette polarisation est amplifiée par la désinformation et nourrie par les inégalités, un cocktail qui menace la stabilité et la confiance dans les institutions à l’échelle mondiale.

Les risques environnementaux relégués au second plan

Fait notable, aucun risque environnemental «pur» ne figure dans le top 5 des préoccupations nationales marocaines à l’horizon 2026-2028. Cette relative mise à l’écart reflète une tendance mondiale: face à l’urgence des chocs géoéconomiques et sociaux, les décideurs tendent à reléguer les menaces écologiques au second plan à court terme.

Pourtant, à l’échelle de dix ans, le diagnostic change radicalement. Les phénomènes météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité et les dérèglements des systèmes terrestres dominent largement le classement des risques les plus graves au niveau mondial.

Le rapport met ainsi en évidence un paradoxe: les risques environnementaux sont reconnus comme intrinsèquement majeurs, mais éclipsés à court terme par des priorités perçues comme plus immédiates. Cette tension entre urgence sociale et menace climatique constitue l’un des défis stratégiques majeurs pour les économies émergentes.

Au-delà du constat, le Global Risks Report 2026 esquisse des pistes d’action. Face à la polarisation sociétale et à la désinformation, le dialogue multipartite, l’éducation du public et le renforcement de la littératie numérique sont mis en avant.

Sur le plan économique, le rapport souligne l’importance d’instruments financiers innovants et de partenariats public-privé pour répondre aux déficits d’infrastructures et au manque d’opportunités. Pour le Maroc, la gestion des risques identifiés passe par un double impératif: stimuler la création d’emplois et améliorer la qualité des services publics, tout en renforçant la cohésion sociale. Dans un monde où la coopération internationale s’effrite et où seuls 6% des répondants croient à un renouveau du multilatéralisme, la capacité à traiter les fragilités internes devient un facteur déterminant de résilience.

À l’heure où le Forum de Davos 2026 (réunion annuelle du WEF qui se déroule du 19 au 23 janvier 2026 à Davos, en Suisse) se penche sur le thème du «rétablissement de l’esprit du dialogue», le cas marocain illustre combien les enjeux sociaux et économiques nationaux sont désormais indissociables des grandes fractures du système mondial.

Par Lahcen Oudoud
Le 14/01/2026 à 16h56