La sécurité alimentaire du Maroc à l'épreuve du conflit russo-ukrainien: les conclusions d'un think tank

Une moissonneuse-batteuse décharge du blé dans un champ près du village de Krasne, dans la région de Chernihiv, à 120 km au nord de Kiev, le 5 juillet 2019.
Une moissonneuse-batteuse décharge du blé dans un champ près du village de Krasne, dans la région de Chernihiv, à 120 km au nord de Kiev, le 5 juillet 2019. . AFP

Dans sa dernière publication, le think tank Policy Center for the New South (PCNS) analyse l’impact du conflit russo-ukrainien et de la hausse du prix des produits de base sur la sécurité alimentaire du Maroc, qui importe plus de la moitié de ses besoins en céréales.

Le 03/05/2022 à 12h34

Dans son dernier rapport, «La guerre Russo-Ukrainienne et la sécurité alimentaire au Maroc», le Policy Center évalue l’impact de ce conflit sur l’économie marocaine et la sécurité alimentaire du pays, dans un contexte de pressions inflationnistes mondiales et de volatilité des cours des matières premières.

Selon les auteurs de ce document, le Maroc est particulièrement vulnérable aux chocs résultant de la guerre, à cause de sa dépendance aux importations de produits alimentaires. En 2020, le Maroc a importé environ 6,5 milliards de dollars de produits agricoles alors que ses exportations s'élevaient en moyenne à 4,2 milliards de dollars, soulignent-ils.

Si les importations alimentaires du Royaume concernent essentiellement des céréales, éléments indispensable à l’alimentation quotidienne des Marocains, le pays a néanmoins recours à la diversification de ses fournisseurs pour maîtriser sa dépendance. Ainsi, 32% des importations de blé proviennent d'Ukraine, mais aussi de France (33%), de Russie (17%), des Etats-Unis (14%), et d'autres pays (4%)

Selon les analystes du PCNS, les ménages vulnérables au Maroc consacrent environ 40% à 50% de leurs revenus à l'achat de blé tendre et d'autres articles de consommation essentiels, la politique de subventionnement des pouvoirs publics jouant un rôle essentiel au cours de cette conjoncture pour protéger le pouvoir d’achat des ménages, devant l’envolée des prix. Elle reste toutefois insuffisante pour assurer la sécurité alimentaire de l’ensemble de la population.

«Quoiqu’elle soit efficace pour assurer l’approvisionnement du marché national, cette approche est très coûteuse et pèse lourdement sur le budget de l’Etat», souligne les auteurs du rapport. En supposant que l'augmentation des prix du blé tendre, du sucre et du gaz soit respectivement de 52 %, 17 % et 58 %, les subventions aux prix de ces produits se sont élevés, en 2021, à 1,6 % du PIB. Le total des subventions pourrait atteindre plus de 3,7 % du PIB en 2022, estiment les analystes du Policy Center.

De plus, les subventions sont limitées aux produits de base alors que la hausse des prix concernent plusieurs autres produits alimentaires. Des millions de personnes restent ainsi en situation d’insécurité alimentaire au cours de cette conjoncture, ne bénéficiant pas d’une bonne nutrition.

Selon la définition de la FAO, la sécurité alimentaire est assurée «lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active».

Les analystes de PCNS estiment ainsi que «la politique consistant à assurer un approvisionnement suffisant en blé/pain aux pauvres et aux vulnérables au Maroc ne peut pas fournir un accès adéquat aux régimes nutritionnels, une dimension essentielle de la sécurité alimentaire».

Selon les auteurs de ce rapport, les subventions aux produits alimentaires de base jouent un rôle stabilisateur important pendant les crises, mais à elles seules, elles ne sont ni suffisantes ni durables. «Pour asseoir la sécurité alimentaire sur des bases plus solides au Maroc, comme dans d'autres économies africaines exportatrices de denrées alimentaires, des réformes structurelles et des investissements agroalimentaires sont indispensables», écrivent-ils.

Les économistes du PCNS recommandent donc de réorienter les investissements publics pour assurer la sécurité alimentaire au Maroc en créant des incitations afin d'améliorer l’efficacité et la résilience de l’agriculture pluviale, et créer de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de production, afin d’approvisionner le marché en produits locaux de qualité, à des prix accessibles à l’ensemble de la population, pour garantir un apport nutritif adéquat.

Par Safae Hadri
Le 03/05/2022 à 12h34