Après une année agricole particulièrement éprouvante, marquée par une nette baisse de la production céréalière, le Maroc entame la campagne 2025-2026 avec un mélange de prudence et d’optimisme. La succession d’épisodes de sécheresse sévère ayant lourdement affecté les rendements l’an dernier, les premiers signes d’amélioration des conditions climatiques suscitent aujourd’hui un espoir mesuré. Toutefois, la fragilité persistante du système agricole national et la forte dépendance du pays aux importations continuent d’alimenter les inquiétudes quant à la sécurité alimentaire et à l’équilibre économique global, relève le quotidien Les Inspirations Éco.
Selon la dernière note de synthèse publiée par le Système mondial d’information et d’alerte rapide de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la campagne des céréales d’hiver 2026 a démarré avec un retard notable. Le début tardif des précipitations a contraint de nombreux agriculteurs à repousser les semis jusqu’à la fin du mois de décembre 2025, une situation qui tend à devenir récurrente sous l’effet de la variabilité climatique croissante. Ce décalage n’a cependant pas totalement compromis la saison agricole. Les pluies abondantes enregistrées à la fin de l’année ont permis de redonner un certain souffle aux zones agricoles stratégiques, favorisant à la fois la reconstitution partielle des réserves hydriques des barrages destinés à l’irrigation et l’amélioration de l’humidité des sols, facteur essentiel pour le développement des cultures.
Les observations satellitaires confirment cette amélioration relative. À la mi-janvier 2026, plusieurs indicateurs de santé végétale ont révélé des conditions globalement favorables dans de nombreuses régions céréalières. Les projections météorologiques tablent également sur des précipitations proches des normales saisonnières jusqu’au printemps, ce qui pourrait consolider les perspectives de production. Néanmoins, certains territoires, notamment dans les régions orientales et centrales, restent exposés à des déficits pluviométriques localisés susceptibles de freiner la croissance des cultures si ces conditions devaient se prolonger. Dans un contexte où l’agriculture demeure fortement tributaire des aléas climatiques, les observateurs internationaux invitent ainsi à la prudence, a-t-on pu lire dans Les Inspirations Éco.
Cette embellie intervient après une campagne 2025 particulièrement difficile. La production céréalière nationale avait alors été estimée à environ 4,5 millions de tonnes, soit un niveau inférieur d’environ 13% à la moyenne habituelle. Cette contre-performance trouve son origine dans la persistance d’une sécheresse intense qui a frappé les principales zones agricoles du pays. Entre décembre 2024 et février 2025, les précipitations enregistrées dans ces régions ont été inférieures de plus de 60% aux moyennes observées sur le long terme. Les pluies tardives survenues au printemps n’ont pas permis de compenser le déficit hydrique accumulé, limitant fortement les rendements agricoles.
La faiblesse de la production locale a renforcé la dépendance structurelle du Maroc vis-à-vis des marchés internationaux pour satisfaire ses besoins en céréales. Pour la campagne commerciale 2025-2026, qui s’étend de juillet à juin, les importations devraient atteindre environ 11 millions de tonnes. Ce volume dépasse de près de 20% la moyenne habituelle et reflète à la fois la nécessité de compenser la faiblesse de la récolte précédente et de reconstituer les stocks stratégiques afin de garantir la stabilité de l’approvisionnement national.
Face à ces tensions, les autorités ont décidé de prolonger leurs mesures de soutien au marché. Le mécanisme de subvention des importations de blé, initialement prévu jusqu’à la fin de l’année 2025, a été maintenu jusqu’en avril 2026, écrit Les Inspirations Éco. Cette politique vise à contenir les fluctuations des prix du blé tendre sur le marché intérieur et à assurer un approvisionnement régulier en farine, composante essentielle de la production du pain, aliment de base pour une grande partie de la population. Sur le plan des prix, l’année écoulée a été marquée par une légère progression de l’inflation alimentaire, estimée à environ 1% par rapport à l’année précédente.
Cette évolution globale masque toutefois des dynamiques contrastées. Les prix des produits halieutiques et des viandes fraîches ont connu des hausses sensibles, pesant davantage sur le pouvoir d’achat des ménages, tandis que les prix des céréales ont enregistré un recul relatif, soutenu par les importations massives et les interventions publiques destinées à stabiliser le marché.
Dans ce contexte, la question de la sécurité alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour le Royaume. Les défis liés à la gestion durable des ressources hydriques, à l’adaptation des pratiques agricoles face aux changements climatiques et aux arbitrages budgétaires nécessaires au maintien des mécanismes de soutien demeurent au cœur des préoccupations. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la capacité du secteur agricole à confirmer l’amélioration amorcée au début de la campagne actuelle et à renforcer la résilience du pays face aux chocs climatiques et économiques.







