Une étude inédite de l’IFC, le bras investissement du groupe Banque mondiale, révèle l’ampleur économique des industries culturelles et créatives marocaines et met en lumière leurs principaux défis. Présentée lors de la deuxième journée du GITEX Africa 2026, cette évaluation indique que le secteur a généré 43 milliards de dirhams de revenus en 2023 et soutenu plus de 116 000 emplois, dont 78 000 formels. Malgré ces performances, les entreprises culturelles ne captent que 0,5% du crédit bancaire total, un niveau très inférieur à celui d’autres secteurs économiques. Le rapport, publié en avril 2026 et repris par le quotidien Les Inspirations Eco du 9 avril, dresse un diagnostic précis et propose des solutions concrètes pour transformer la culture en moteur économique.
Longtemps considérées comme des activités secondaires, les industries culturelles et créatives représentent désormais 2,4% du produit intérieur brut marocain, un poids comparable à celui des industries extractives ou du transport et de la logistique. En 2022, la valeur ajoutée ajustée du secteur s’élevait à près de 31,4 milliards de dirhams, avec des contributions importantes du patrimoine, du tourisme culturel, de l’architecture et de la gastronomie, représentant 0,7% du PIB, suivis des arts créatifs et de l’artisanat (0,4%) et des événements, festivals et arts du spectacle (0,4%).
L’étude, réalisée avec le soutien du cabinet BearingPoint et rendue publique en marge du GITEX Africa 2026, souligne que la croissance s’est accélérée en 2023. Les revenus globaux ont augmenté de 18%, portés par la mode et le design (+46%), l’architecture (+31%) et l’artisanat (+18%). Près de 20 % de ces revenus relèvent du secteur informel ou non lucratif, ce qui suggère un potentiel important de formalisation.
Le secteur se distingue également par sa capacité à créer des emplois, notamment pour les femmes et les jeunes. Les 116 000 postes qu’il génère représentent environ 1% de la population active, un chiffre supérieur à celui de la santé (0,8%) ou des services financiers (0,7%). Le rapport note que le secteur est plus intensif en main-d’œuvre que l’industrie manufacturière, avec 3,7 emplois par million de dirhams de valeur ajoutée, contre 3,2 pour le secteur manufacturier. Les femmes représentent 34 % des effectifs, bien au-dessus de la moyenne nationale de 21%. «À l’échelle africaine, les industries culturelles et créatives emploient plus de jeunes âgés de 15 à 29 ans que tout autre secteur», souligne Les Inspirations Eco.
Malgré ces atouts, l’accès au financement reste un obstacle majeur. En 2021, seules 3% des entreprises créatives ont bénéficié d’un prêt bancaire. La dette totale du secteur s’élève à 1,3 milliard de dirhams, soit 0,2% des encours nationaux, tandis que les entreprises s’autofinancent à hauteur de 76% en moyenne. Dans certains sous-secteurs comme les événements ou l’édition, l’autofinancement dépasse 95%. Les difficultés tiennent à la fois à la demande, les acteurs manquant souvent de compétences financières et étant réticents à l’endettement, et à l’offre, les banques percevant un risque élevé en raison de l’absence de garanties tangibles et d’une connaissance limitée des modèles économiques créatifs.
Pour structurer l’écosystème, le rapport propose une feuille de route en trois volets. Le premier vise des recommandations transversales, notamment l’élaboration d’une stratégie nationale dédiée, le renforcement du cadre juridique, la protection de la propriété intellectuelle et le développement d’incubateurs spécialisés. Le second volet concerne les instruments financiers, avec la mise en place de mécanismes de garantie publique, de produits de crédit adaptés et la possibilité d’utiliser la propriété intellectuelle comme garantie. «Le troisième volet se concentre sur des mesures non financières, telles que la formation à la littératie financière, l’accompagnement à l’export, le soutien à la numérisation et la création d’espaces de travail partagés abordables», note Les Inspirations Eco.
L’étude identifie cinq sous-secteurs prioritaires : mode et design, jeu vidéo et arts numériques, événements et arts vivants, artisanat d’art, cinéma et film. Chaque filière présente des besoins financiers spécifiques, allant du microcrédit pour les artisans au capital-risque pour les startups du jeu vidéo. Le rapport cite plusieurs modèles internationaux, comme le fonds français IFCIC, le programme CANEX d’Afreximbank ou l’accélérateur Birimian en Côte d’Ivoire, comme sources d’inspiration pour renforcer le secteur marocain.
L’IFC souligne également que l’organisation de la Coupe du monde 2030 constitue une opportunité pour mettre en valeur les industries culturelles et créatives, à l’image du Qatar en 2022 ou de la France en 2024. La mise en place de zones culturelles immersives, de défilés de mode et la promotion de l’artisanat local pourraient bénéficier d’un effet d’entraînement sur l’économie culturelle, à condition que des réformes structurelles soient engagées dès maintenant.




