Le port de Casablanca traverse actuellement une période de congestion exceptionnelle, conséquence directe des perturbations météorologiques marines observées ces dernières semaines. Selon l’Association marocaine des armateurs (ARMA), la capacité du port à maintenir les navires à quai a été fortement compromise, entraînant un ralentissement des opérations de manutention des conteneurs, tant à l’import qu’à l’export. «Cette situation se traduit par une hausse significative des surestaries, ces pénalités appliquées par les compagnies maritimes lorsque les navires subissent des retards, ainsi que par les opérateurs portuaires lorsque les conteneurs restent stockés au-delà du délai de franchise convenu», rapporte le quotidien Les Inspirations Eco du 14 janvier.
Selon le quotidien, actuellement, près d’une cinquantaine de navires se trouvent en rade, dont plus de treize transportant des conteneurs. Pour ces navires, les taux d’affrètement peuvent atteindre 10 000 dollars par jour, soit un coût global estimé à environ 500 000 dollars par jour pour le Maroc sur une période de quatorze jours. Au total, la congestion du port pourrait donc représenter près de 7 millions de dollars, un montant qui continue de croître tant que la situation perdure, soulignent les armateurs marocains cités par le quotidien.
Les répercussions se font également sentir à l’intérieur du port. Les frais d’entreposage des conteneurs s’accumulent pour les exportateurs locaux. Un exemple frappant, rapporté par le professeur Najib Cherfaoui, expert maritime également cité, illustre cette problématique: un exportateur dont la marchandise vaut 10 000 dirhams pourrait se retrouver avec des surestaries de conteneurs atteignant 70 000 dirhams. À terme, une telle accumulation de coûts pourrait se répercuter sur le prix final à la consommation et affecter la maîtrise de l’inflation sur certains produits.
Cette situation exceptionnelle met en lumière l’impréparation du port face à ce type de perturbations. Selon un représentant de l’ARMA, qui a souhaité conserver l’anonymat, le port de Casablanca a été surpris par un phénomène océanique qui n’avait pas été observé de manière significative depuis une vingtaine d’années. Le régime des vagues, peu sévère ces dernières années, avait habitué le port à un environnement relativement clément. En décembre 2025, le port a été effectivement consigné pendant au moins trois jours, bien que cela n’ait pas été officiellement déclaré. La consignation implique l’arrêt total des mouvements d’entrée et de sortie des navires, une mesure qui n’a pas été formalisée par les autorités portuaires. Cette absence de reconnaissance officielle complique la situation contractuelle, empêchant de qualifier ces retards de force majeure et obligeant les acteurs à assumer l’intégralité des surestaries et des frais de stockage.
Pour limiter les impacts financiers, certains experts suggèrent de redéployer le trafic de conteneurs vers d’autres ports du Royaume, tels qu’Agadir, Safi, Jorf Lasfar ou Nador-Béni Ensar. Selon le professeur Cherfaoui, «les frais d’entreposage atteignant actuellement des niveaux élevés, il pourrait être plus rentable de transporter certains conteneurs par route vers ces ports secondaires plutôt que de les laisser attendre au port de Casablanca».
Cette crise portuaire n’est pas un événement isolé. En mars 2025, le port avait déjà connu une situation similaire à la suite de fortes pluies et de perturbations météorologiques. L’ARMA avait alors alerté sur la nécessité de mesures structurelles afin d’éviter que de telles congestions ne deviennent récurrentes. Si un plan d’action a été mis en place par l’Autorité portuaire pour absorber temporairement la congestion, ses effets se sont révélés limités et conjoncturels, incapables de prévenir de nouvelles crises. La commission logistique de la CGEM avait organisé une réunion avec l’Agence nationale des ports afin de formuler des propositions concrètes. Certaines solutions pourraient être mises en œuvre à court terme, mais leur efficacité à moyen et long terme reste à démontrer.
La situation au port de Casablanca illustre la vulnérabilité du système portuaire marocain face aux aléas climatiques et aux variations exceptionnelles du trafic maritime. Pour les armateurs et les exportateurs, la question n’est plus seulement de gérer les retards, mais d’adopter une stratégie durable capable de protéger les acteurs économiques et de limiter les répercussions sur les prix à la consommation.







