Banques cotées: 17 MMDH de profits tirés par le cycle d’investissement

Photo d'illustration.

Les banques cotées à la Bourse de Casablanca ont enregistré en 2025 un produit net bancaire de 72 milliards de dirhams et un résultat net part du groupe de 17 milliards de dirhams, soit +13,6%, dans un contexte de croissance économique de 5% et d’investissement public record de 340 milliards de dirhams, selon un rapport publié en février 2026 par Attijari Global Research.

Le 05/03/2026 à 11h36

L’année 2025 marque un tournant pour le secteur bancaire marocain, qui évolue dans un contexte économique nettement plus favorable qu’au cours des années précédentes. Selon le rapport sectoriel publié par Attijari Global Research, l’économie marocaine a enregistré une croissance de 5% en 2025, contre 3,8% en 2024, soit le rythme le plus élevé depuis 2017.

Cette accélération de l’activité repose largement sur une politique d’investissement public particulièrement ambitieuse. Les dépenses d’investissement ont atteint 340 milliards de dirhams (MMDH), soit 21% du produit intérieur brut, un niveau nettement supérieur à la moyenne observée ces dernières années, estimée autour de 17% du PIB sur la période 2019-2022.

Dans ce contexte, les banques se trouvent au cœur du financement de l’économie. La montée en puissance des projets d’infrastructures et des investissements productifs alimente directement la demande de crédit et renforce le rôle du système bancaire dans l’allocation du capital.

Parallèlement, la politique monétaire a également contribué à soutenir cette dynamique. Bank Al-Maghrib a abaissé son taux directeur de 25 points de base en mars 2025, dans la continuité des décisions d’assouplissement engagées depuis 2024.

Cette combinaison entre relance budgétaire et conditions monétaires favorables crée un environnement propice à l’expansion du crédit.

Selon le rapport d’Attijari Global Research, les crédits à l’économie ont progressé de 8% en 2025, soit la croissance la plus élevée observée depuis quinze ans.

Cette expansion est principalement tirée par les financements destinés à l’investissement productif. Les crédits à l’équipement ont enregistré une hausse particulièrement marquée de 25% pour atteindre 304 MMDH, représentant désormais 24% de l’encours total de crédit, un niveau inédit dans la structure du financement bancaire au Maroc.

Cette évolution traduit un repositionnement progressif du système bancaire vers le financement de l’investissement, plutôt que vers la consommation ou les opérations immobilières. Elle reflète également l’ampleur du cycle d’investissement engagé par les pouvoirs publics et les entreprises, notamment dans les infrastructures, l’industrie et les projets stratégiques.

Des résultats financiers en nette progression

Dans ce contexte macroéconomique favorable, les banques cotées ont poursuivi l’amélioration de leurs performances financières.

À fin septembre 2025, le secteur bancaire coté affiche un produit net bancaire de 72 MMDH, en hausse de 6%, tandis que le résultat net part du groupe atteint 17 MMDH, soit une progression de 13,6%.

Cette évolution témoigne d’une amélioration de la rentabilité du secteur, le résultat net progressant plus rapidement que les revenus bancaires.

Plusieurs facteurs expliquent cette performance. Les banques bénéficient d’abord d’une structure de dépôts particulièrement favorable. Les ressources à vue représentent environ 73% des dépôts, ce qui réduit le coût moyen de financement et soutient la marge d’intérêt.

Par ailleurs, les activités de marché prennent une place croissante dans la formation du produit net bancaire, dans un contexte de taux favorable aux opérations financières.

Au-delà de la croissance des volumes, la transformation numérique du secteur bancaire commence à produire des effets visibles sur la rentabilité.

L’adoption croissante des services bancaires digitaux permet aux établissements de rationaliser leurs réseaux physiques et d’optimiser leurs coûts d’exploitation.

Cette évolution se reflète dans le coefficient d’exploitation du secteur. Selon Attijari Global Research, celui-ci a reculé de 0,6 point pour s’établir à 41%, signe d’une amélioration progressive de l’efficacité opérationnelle.

La digitalisation contribue également à transformer les modes de relation avec les clients et à élargir l’accès aux services financiers, tout en réduisant les coûts de distribution.

Après plusieurs années marquées par une hausse du risque de crédit, le secteur enregistre en 2025 une baisse du coût du risque de 9,8%, reflétant l’amélioration du contexte économique et la normalisation progressive des portefeuilles de crédit.

Cette évolution permet de réduire les besoins de provisionnement et contribue directement à l’amélioration de la rentabilité des établissements. Elle concerne à la fois les activités domestiques et les opérations africaines des groupes bancaires marocains, dont la présence continentale constitue un levier important de diversification. La combinaison de ces facteurs se traduit par une amélioration sensible de la rentabilité financière du secteur.

Selon les estimations des analystes d’Attijari Global Research, le retour sur fonds propres du secteur bancaire pourrait dépasser 13% sur la période 2026-2027, franchissant ainsi un nouveau palier.

Dans le même temps, les valorisations boursières restent relativement modérées. Le ratio cours-bénéfices du secteur ressort autour de 12,6 fois, un niveau historiquement bas au regard de la rentabilité attendue.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 05/03/2026 à 11h36