Aux premières lueurs du soleil d’automne, lorsque les rayons se faufilent entre les palmiers des oasis de Figuig, une saison très attendue commence pour les agriculteurs. Dans cette région où les palmeraies s’étendent à perte de vue, la variété de datte «Aziza» n’est pas un simple produit agricole saisonnier, mais une véritable histoire enracinée dans la mémoire de l’oasis et un symbole de son identité agricole et culturelle.
Dans ce paysage oasien, les palmeraies s’alignent avec une régularité presque solennelle, comme si elles gardaient la mémoire des lieux. Les oasis de Figuig couvrent près de 2.600 hectares et abritent environ 473.000 palmiers. Plusieurs variétés de dattes y sont cultivées, notamment «Aziza», «El Assiane», «Boufeggous» et «Boufeggous Ghras».
Parmi ces variétés, «Aziza» se distingue particulièrement. Appréciée pour sa qualité nutritionnelle et son rendement élevé, elle est très demandée sur le marché national.
Au total, plus de 26.000 palmiers produisent cette variété dans les oasis de Figuig. Lors d’une saison récente, la production de «Aziza» a dépassé 665 tonnes, générant un chiffre d’affaires estimé à près de 90 millions de dirhams.
Derrière ces chiffres se cache une activité agricole profondément ancrée dans la vie quotidienne des habitants, pour qui la culture du palmier dattier est une composante essentielle du patrimoine local.
Pour les agriculteurs de la région, la culture de la datte «Aziza» ne relève pas d’un simple travail saisonnier. Elle exige un savoir-faire précis et une attention permanente à chaque étape du cycle de production.
Du choix de l’emplacement du palmier à son entretien, en passant par les traitements préventifs et la surveillance de la maturation des fruits, chaque phase requiert une expertise transmise de génération en génération.
Driss Ben Moumen, agriculteur dans le Ksar Ouled Slimane, au cœur de l’oasis, explique que la récolte débute généralement au début du mois d’octobre. «Nous commençons par les dattes Boufeggous, puis nous passons à d’autres variétés comme El Assiane et Aziza, avant de terminer par Boufeggous Ghras qui mûrit plus tard», précise-t-il.
Dans les unités de valorisation
Durant cette période, toute la famille se mobilise pour participer à la récolte, au tri et au stockage des dattes, perpétuant ainsi un rituel agricole collectif.
Les méthodes de travail ont toutefois évolué ces dernières années. La récolte et le stockage ne reposent plus uniquement sur des techniques traditionnelles. En effet, l’utilisation de caisses spécifiques et d’emballages modernes permet désormais de préserver la qualité du produit jusqu’à sa commercialisation.
Une fois récoltées, les dattes «Aziza» entament une nouvelle étape de leur parcours dans les unités de valorisation installées à Figuig. Les caisses et les sacs remplis de dattes provenant des exploitations agricoles sont d’abord soumis à un contrôle visuel minutieux afin de détecter d’éventuelles altérations, signes de fermentation ou anomalies de calibre.
Les fruits passent ensuite par plusieurs étapes: tri, conditionnement, emballage et stockage dans des chambres froides respectant des normes strictes de conservation.
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Selon Zoubida Ben Ali, membre de la coopérative Al Ksour des dattes et de leurs dérivés, cette phase exige une grande précision. «La datte Aziza est la dernière variété récoltée durant la saison. Après la collecte, nous la nettoyons et l’essuyons sans la laver, puis nous la trions selon sa qualité, en retirant les fruits dont la couleur a changé ou qui présentent des défauts», explique-t-elle.
Ce travail méticuleux vise à garantir un produit final répondant aux exigences de qualité du marché.
La valorisation de la datte «Aziza» ne se limite plus à sa vente sous forme de fruit sec. Dans les coopératives locales, elle constitue la base d’une diversité de produits alimentaires.
Fatima Mabrouk, présidente de la coopérative Dayaat Aamra à Figuig, souligne que leur approche repose sur la valorisation intégrale du fruit afin d’éviter tout gaspillage.
Ainsi, les dattes sont transformées en plusieurs produits dérivés: sirop de dattes appelé localement «Tahlaout», pâte de dattes, café élaboré à partir des noyaux, dattes premium destinées aux occasions spéciales, dattes farcies à la pâte d’amande ou encore boules énergétiques.
La datte, pilier de l’économie oasienne
Grâce à cette diversification, la datte «Aziza» dépasse son statut de simple produit agricole pour devenir la matière première d’une industrie alimentaire locale. Cette dynamique illustre la capacité des coopératives à conjuguer innovation et préservation du patrimoine gastronomique oasien.
Dans les oasis de Figuig, la filière des dattes constitue l’un des piliers de l’économie locale. Elle génère un chiffre d’affaires annuel dépassant 300 millions de dirhams et représente plus de 88.000 journées de travail.
Selon Saleh Serghini, directeur provincial de l’agriculture à Figuig, la production totale de dattes dans la région peut atteindre environ 7.300 tonnes au cours de certaines saisons. Les autorités ambitionnent également d’étendre la superficie des palmeraies à près de 5.931 hectares afin de renforcer la durabilité du système oasien.
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Ces dernières années, plusieurs projets ont été lancés pour soutenir les oasis: renforcement des ressources hydriques, réhabilitation des khettaras et des canaux d’irrigation traditionnels, équipement de vastes surfaces en irrigation localisée et distribution de milliers de plants de palmier, notamment de la variété «Aziza».
À Figuig, lorsque les habitants évoquent «Aziza», ils ne parlent pas seulement d’une variété de dattes. Le nom renvoie à un symbole de l’oasis et à une relation profonde entre l’homme, la terre, l’eau et le palmier.
Agriculteurs et coopératives s’attachent ainsi à valoriser ce produit avec créativité et savoir-faire, conscients de préserver un héritage agricole et culturel séculaire. De la cime des palmiers aux unités de transformation, puis jusqu’aux tables des consommateurs marocains, la datte «Aziza» poursuit son voyage en portant avec elle le parfum et l’âme des oasis de Figuig.








