Comme nous le rapportions dans un précédent article, plusieurs compagnies, dont Sanlam, Wafa Assurance, CAT et Allianz, avaient envoyé des courriels à leurs agents généraux pour annoncer une augmentation de 5% des primes RC automobile, en lien avec l’entrée en vigueur de la loi 70-24, portée par le ministère de la Justice et adoptée fin 2025. Cette réforme a profondément revu le dahir de 1984, resté inchangé depuis plus de quarante ans. La réforme introduit une revalorisation significative des indemnisations des victimes d’accidents de la circulation, avec une hausse progressive du montant plancher de 9.270 dirhams à 14.270 dirhams, soit une augmentation d’environ 53%.
Selon nos informations, les compagnies ont finalement décidé de temporiser. «Ce n’est pas le moment», confie une source proche du dossier. Les assureurs vont donc (pour le moment) continuer à supporter la hausse des indemnités, comme ce fut déjà le cas pour les accidents survenus après la promulgation de la nouvelle loi.
Cette décision tient également compte du contexte économique actuel, marqué par la poussée inflationniste liée à la crise énergétique au Moyen-Orient. Plusieurs analystes anticipaient déjà une hausse des prix des carburants dès le 1er avril, ce qui aurait alourdi le coût pour les assurés.
Plusieurs observateurs n’hésitent pas à pointer du doigt la responsabilité de la Fédération marocaine de l’assurance pour avoir encouragé publiquement une hausse collective et simultanée des primes RC, ce qui n’entre pas dans son rôle. Chaque compagnie reste libre de fixer ses tarifs, dans le cadre de la liberté des prix. Des comparaisons ont été faites avec des erreurs de communication antérieures commises par d’autres professions réglementées, comme les experts-comptables ou les propriétaires de cafés, ayant entraîné des sanctions du Conseil de la concurrence.
La mise en œuvre d’une telle hausse nécessite un certain nombre de préparatifs, notamment la formation des collaborateurs et des intermédiaires, ainsi qu’une analyse précise de l’ampleur de l’augmentation liée à la revalorisation des indemnisations.
Reste toutefois à se demander si cette hausse doit être entièrement supportée par le consommateur. Dans une déclaration pour Le360, Ouadie Madih, président de la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC), a dénoncé le fait que «les compagnies d’assurance ont choisi de répercuter intégralement cette charge sur le consommateur, ce qui est inacceptable». Il déplore également l’absence de mécanismes de protection dans un contexte de forte pression sur le pouvoir d’achat, accentuée notamment par la hausse des carburants.
«Le consommateur devient une véritable vache à lait», alerte-t-il, pointant à la fois l’inaction des pouvoirs publics et le manque de mobilisation citoyenne. «Tant que le consommateur restera passif, la situation ne changera pas», insiste-t-il, regrettant que les revendications des associations restent peu entendues. Il semble cependant que, sur cette doléance spécifique, un premier écho ait été pris en compte. Mais l’affaire reste en suspens, dans l’attente de l’issue définitive de ce dossier.




