Tribune. L’amazighité en mouvement

Fatiha Saidi, autrice.

Fatiha Saidi, autrice.

Tribune À Bruxelles, la conférence «Yennayer ou l’amazighité en mouvement» a réuni diplomates, chercheurs, journalistes et acteurs culturels autour d’un débat central: comment penser l’amazighité aujourd’hui, entre reconnaissance institutionnelle, transmission vivante et création contemporaine. Portée par l’Ambassade du Royaume du Maroc auprès du Royaume de Belgique et du Grand-Duché de Luxembourg, cette rencontre s’est inscrite dans un moment charnière, marqué par la reconnaissance officielle de Yennayer comme jour férié national au Maroc.

Le 02/02/2026 à 14h48

Le 21 janvier dernier, se tenait, à Bruxelles, et dans un contexte particulièrement significatif, la conférence «Yennayer ou l’amazighité en mouvement» que j’ai eu l’honneur de modérer.

En préambule, cette rencontre fut ancrée dans les enjeux du prolongement de la reconnaissance officielle de Yennayer comme jour férié national au Maroc depuis 2023 en saluant les avancées culturelles, sociales et politiques dans le processus de réhabilitation de l’amazighité au cœur de l’identité marocaine plurielle. Cependant, cette étape n’épuise pas les débats car les questions de transmission, d’enseignement de l’amazighe, de création artistique, de visibilité médiatique et de droits culturels effectifs demeurent centrales. Ainsi, Yennayer apparaît comme un temps de célébration, mais aussi comme un moment de réflexion collective qui traverse tous les registres politiques.

L’intervention d’Amina Ibnou-Cheikh, journaliste et militante amazighe, directrice du mensuel Le Monde Amazigh et du journal électronique Amadalamazigh Press a rappelé que le journalisme amazigh s’est construit, dès le début des années 2000, comme un outil de militantisme, de promotion linguistique et de rupture avec certains tabous sociétaux. Dans ce contexte précis, diriger un média amazigh relève à la fois d’un acte journalistique, d’un engagement militant et d’une forme de résistance culturelle.

Anthropologue et conservateur du patrimoine, Mustapha Jlok a ensuite apporté un éclairage institutionnel et analytique. Il a souligné que la Constitution marocaine de 2011 a consacré la primauté des droits universels et ouvert la voie à une reconnaissance progressive des droits culturels, y compris dans le champ du patrimoine immatériel. L’officialisation de Yennayer a permis de sortir cette célébration d’un cadre communautaire restreint pour l’inscrire dans l’espace public et institutionnel, notamment à travers son inscription comme jour férié. Il a toutefois mis en garde contre un risque de dilution symbolique, lorsque l’institutionnalisation tend à prendre le pas sur la transmission communautaire et les pratiques culturelles vivantes.

Acteur central des politiques culturelles marocaines, Brahim El Mazned, fondateur de Visa for Music et directeur artistique du Festival Timitar, a élargi la réflexion au champ de la création artistique. Il a rappelé que les 25 dernières années ont été marquées par une dynamique exceptionnelle, entre réformes institutionnelles, mutations sociales et transformations numériques. Dans ce contexte, une nouvelle génération d’artistes amazighs a émergé, capable de puiser librement dans ses racines culturelles sans sacraliser les formes traditionnelles, donnant ainsi à voir une culture incarnée en un espace de circulation, de dialogue et d’affirmation identitaire, notamment dans les cadres festifs et artistiques.

Les échanges ont également abordé la place des femmes amazighes dans le paysage médiatique, les rôles et limites des festivals comme outils de structuration culturelle, ainsi que l’apport essentiel des diasporas. Ces dernières se distinguent par leur attachement profond à la langue, aux traditions et à la mémoire, tout en inscrivant l’amazighité dans des espaces transnationaux contemporains.

En synthèse de cette soirée, on retiendra que la reconnaissance de l’amazighité a permis de la sortir durablement de l’invisibilité et de l’inscrire pleinement dans le récit national marocain. Cependant, cette reconnaissance appelle désormais une vigilance continue car, dans un monde en mutation rapide, la transmission des cultures ne peut se limiter au symbole ou au seul cadre institutionnel. Elle engage une responsabilité collective et individuelle afin que l’amazighité continue de se déployer comme une culture vivante, plurielle et en mouvement…

Par Fatiha Saidi - Autrice
Le 02/02/2026 à 14h48