Rentrée littéraire du Mali: «Le coiffeur aux mains rouges», de Kebir Mustapha Ammi, décroche le prix Ahmed Baba

L'écrivain Kebir Mustapha Ammi.

Prestigieuse distinction littéraire au Mali, le prix Ahmed Baba, remis chaque année dans le cadre de la Rentrée littéraire du Mali, a été décerné en ce début d’année à Kebir Mustapha Ammi pour son roman «Le coiffeur aux mains rouges».

Le 15/02/2026 à 13h03

Du 10 au 14 février, Bamako a vibré le temps d’une rentrée littéraire consacrée cette année à «L’Afrique dans le monde de demain». Débats, tables rondes, séances de signatures, de dédicaces et spectacles ont rythmé cet évènement annuel majeur à Bamako, dont le point d’orgue était la remise du prestigieux prix Ahmed Baba, qui récompense chaque année une œuvre écrite ou traduite en français, par un auteur ressortissant africain et publiée chez un éditeur africain.

Quatre finalistes étaient en lice pour ce prix qui porte le nom d’un éminent savant, juriste et auteur berbère sanhadja de l’Empire songhaï, basé à Tombouctou, considéré comme l’un des plus grands intellectuels de son temps, auteur de plus de 50 ouvrages sur la théologie et le droit malékite.

Aux côtés de l’écrivaine malienne Zeïna Haïdara qui présentait «Fissures», un recueil de nouvelles publié aux éditions La Sahélienne, Famouta Keita, elle aussi autrice malienne, concourait avec son roman «Sur les traces du destin», paru aux éditions Bandama, tandis que l’ivoirien Macaire Etty présentait «L’utopie calcinée», roman publié aux éditions Kamit, et le marocain, Kebir Mustapha Ammi, son dernier roman paru aux éditions Elyzad, «Le coiffeur aux mains rouges».

À l’issue d’un vote, le jury composé de personnalités œuvrant dans le milieu des arts et de la culture, a décerné le prix Ahmed Baba à Kebir Mustapha Ammi, accompagné d’une dotation de 3.000.000 FCFA (trois millions de francs CFA). L’auteur marocain succède ainsi au poète tunisien Walid Amri, pour «Les papillons de Lampedusa» (2024) et au jeune romancier algérien Mohammed Abdellah, pour «Le vent a dit son nom» (2023).

C’est donc une deuxième consécration africaine pour «Le coiffeur aux mains rouges», qui a décroché le 4 octobre 2025, le prix Moussa Konate du polar francophone, décerné par un jury exclusivement féminin dans le cadre du festival Vins Noirs à Limoges.

Dans «Le coiffeur aux mains rouges», dont la trame se déploie entre la France et l’Algérie, deux meurtres sauvages ont lieu, chacun dans l’un des deux pays. Le cœur du récit réside dans l’affrontement et la quête de pardon entre le descendant d’un colonisateur et celui d’une victime de la Guerre d’Algérie. L’auteur y place l’espoir profond d’une réconciliation entre ces deux mémoires opposées. «Il ne suffit pas d’être un homme pour avancer, il faut être tous les hommes», résume ainsi l’auteur de ce roman qui s’emploie à poser les jalons d’une histoire commune franco-algérienne apaisée et à tourner la page de la guerre d’Algérie.

Ce deuxième prix africain revêt assurément une importance particulière pour Kebir Mustapha Ammi, qui dans un échange avec Le360, au lendemain de sa première consécration africaine, révélait que ce prix résonnait «comme des retrouvailles avec une part de moi-même qui était enfouie et qui commençait à voir la lumière». Après avoir sillonné l’Afrique, ce continent qui le passionne et l’émeut depuis toujours, l’auteur de «À la recherche de Glitter Faraday» (paru en 2023 aux Éditions Project’îles) et du poème «Chant pour l’Afrique et les continents qui n’ont pas peur», ancre encore un peu plus ses racines dans la terre africaine, source intarissable de son inspiration.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 15/02/2026 à 13h03