Musée du Continent: le chantier avance à 70%, livraison prévue fin 2027

La cité de la Culture Africaine- Musée du continent.

En cours d’aménagement à Rabat, la Cité de la Culture Africaine – Musée du Continent s’impose comme un projet culturel d’envergure panafricaine. Bien au-delà d’un musée au sens classique, cette future institution ambitionne de devenir un pôle de référence en matière de conservation, de recherche, de formation et de création, consolidant la place du Maroc comme acteur majeur du dialogue culturel africain.

Le 22/01/2026 à 14h50

À Rabat, un vaste projet culturel est en train de prendre forme au cœur de la capitale. La Cité de la Culture Africaine – Musée du Continent, actuellement en cours d’aménagement dans l’ancien siège de l’État-major, en face du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, se veut bien plus qu’un musée au sens classique du terme. Portée par la Fondation Nationale des Musées, cette future institution entend s’imposer comme un espace de référence pour la conservation, la transmission et la création du patrimoine africain.

Pour Soufiane Er-Rahoui, conservateur du Musée national de la Photographie et membre de la Fondation Nationale des Musées présidée par Mehdi Qotbi, l’originalité du projet réside précisément dans sa conception globale. «Ce qui fait la spécificité de ce projet, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’un musée au sens classique du terme», souligne-t-il. Le futur établissement accueillera des collections, des expositions temporaires et permanentes, mais aussi des espaces dédiés à la conservation du patrimoine africain, qu’il soit archéologique, ethnographique, artistique, moderne ou contemporain.

L’ambition de la Cité de la Culture Africaine dépasse largement le cadre de l’exposition. Le musée a vocation à devenir un véritable pôle continental de formation, notamment dans les domaines de la conservation et de la restauration du patrimoine. «Ces formations seront ouvertes aux professionnels marocains, mais aussi aux professionnels de tout le continent africain», précise Soufiane Er-Rahoui, insistant sur la dimension panafricaine du projet et sur le rôle du Maroc comme plateforme d’échange et de transmission des savoirs muséaux.

Sur le plan des infrastructures, le complexe répondra aux standards internationaux de la muséologie. Il comprendra des réserves conformes aux normes en vigueur, des espaces accessibles aux chercheurs, des salles d’exposition dédiées à une programmation culturelle ambitieuse, ainsi que des ateliers de restauration et des salles de formation. Le projet intègre également des résidences d’artistes, un choix stratégique visant à soutenir activement la création africaine contemporaine. «Ces résidences sont très importantes, car le musée souhaite offrir aux artistes un cadre agréable, propice à la recherche et à la création», explique le conservateur.

La Cité de la Culture Africaine se veut aussi un lieu de vie ouvert sur la ville. Des espaces publics tels qu’un jardin, des cafés et des boutiques seront accessibles au grand public. «L’idée est d’en faire un lieu vivant, et non uniquement un espace de contemplation», insiste Soufiane Er-Rahoui, soulignant la volonté de créer un véritable lieu de rencontres et d’échanges.

Au cœur du projet, une liaison souterraine stratégique reliera désormais la Cité de la Culture Africaine au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. En facilitant la circulation entre ces deux pôles, cette connexion — qui s’ajoute à la proximité immédiate du Musée de l’Histoire et des Civilisations — vient parachever la création d’une véritable cité muséale à Rabat. «Cette synergie illustre parfaitement l’inscription du Maroc dans son ancrage culturel africain», souligne le conservateur.

Il s’agit par ailleurs d’un projet de rénovation et non de construction. Le bâtiment étant situé dans un périmètre classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, les travaux respectent strictement l’homogénéité architecturale de la ville. La surface globale du complexe avoisine les 13.000 m², espaces extérieurs compris, dont environ 2.000 m² dédiés aux expositions et près de 5.000 m² consacrés à la conservation, aux ateliers de restauration et aux espaces de formation.

À ce jour, le gros œuvre du projet affiche un taux de réalisation de 70%. Les prochaines phases de ce chantier d’envergure se concentreront sur le parachèvement des aménagements intérieurs, l’installation des équipements muséaux et le déploiement de la scénographie.

Prévue pour la fin de l’année 2027, la livraison de l’édifice est le fruit d’une synergie entre la Fondation Nationale des Musées, la Wilaya de Rabat-Salé-Kénitra, la société Rabat Région Aménagement et l’Agence Nationale des Équipements Publics (ANEP), avec le concours financier de l’ambassade de France au Maroc.

L’ouverture officielle sera célébrée par une exposition d’envergure dédiée au continent africain. Conçu comme une odyssée à travers les âges et les frontières, ce parcours explorera le territoire «non seulement sous l’angle géographique, mais aussi à travers le prisme de l’histoire, de la mémoire et de l’imaginaire», précise le commissaire Soufiane Er-Rahoui. En guise d’introduction, des cartes anciennes produites hors du continent entreront en résonance avec les réinterprétations contemporaines d’artistes africains et de la diaspora.

Le déploiement scénographique s’articulera autour de thématiques majeures: écologies africaines, rapport à la terre, enjeux des frontières, mémoires de l’esclavage et de l’exil. Loin de s’en tenir à une lecture doloriste, l’exposition embrassera une perspective de réparation et de résilience. La diaspora y jouira d’une place prépondérante, illustrant la pluralité des Afriques et la richesse des trajectoires qui forgent, aujourd’hui, l’identité mouvante du continent.

Par Qods Chabâa
Le 22/01/2026 à 14h50