Jidar Street Art Rabat: dix ans de métamorphose murale, cap sur la 11ème édition

Une fresque de l'artiste slovaque Juraj Duris réalisée en 2022.. 2020@ALLRIGHTRESERVED

Dix ans de fresques, des centaines d’artistes et des murs de Rabat durablement transformés. Pour célébrer cette décennie, le Festival Jidar lance une première: le Grand Prix Jidar, un prix entièrement décidé par le public. Et à quelques semaines de la 11ème édition, l’occasion de raconter comment Jidar a changé le visage de la capitale.

Le 25/03/2026 à 13h15

Jusqu’au 16 avril 2026, les Marocains sont invités à devenir jurés. À l’occasion de sa décennie d’existence, le Festival Jidar Street Art Rabat franchit une nouvelle étape en lançant la toute première édition du Grand Prix JIDAR (GPJ), une distinction inédite qui met en compétition les fresques réalisées lors de la 10ème édition.

Le principe est simple et démocratique: le prix sera attribué à l’artiste dont l’œuvre aura recueilli le plus grand nombre de votes du public. Habitants, visiteurs et amateurs d’art urbain sont ainsi invités à voter sur la plateforme dédiée grandprixjidar.ma, via le site officiel ou les réseaux sociaux du festival. À partir de cette première édition, ce Grand Prix deviendra un rendez-vous annuel pour élire la fresque de l’année, une manière de prolonger la vie du festival bien au-delà de ses dix jours de programmation.

Une capitale transformée en musée à ciel ouvert

Mais pour mesurer ce que représente vraiment ce Grand Prix, un détour par les débuts s’impose. Lors de sa première édition, Jidar avait pour vocation d’explorer le graff, le hip-hop, la mode et la musique issus de la rue et de les faire connaître aux R’batis. Onze éditions plus tard, le bilan est saisissant. Rabat compte désormais plus d’une centaine de fresques réalisées depuis la naissance du festival en 2015.

De l’avenue Al Alaouiyine aux quartiers populaires de Yacoub El Mansour, le festival a réussi le pari de la démocratisation artistique. Rabat n’est plus seulement la ville des remparts et des médinas. Elle est aussi celle des murs peints.

Le directeur artistique Salah Malouli résumait ainsi l’ADN du festival dans une déclaration pour Le360 : «Chaque année, le programme est diversifié, notamment dans le style des peintures. Jidar a plusieurs partenariats avec des structures culturelles dont l’École nationale d’architecture de Rabat et le Musée Mohammed VI d’art contemporain.» Son co-directeur Hicham Bahou, de l’association EAC-L’Boulevard, précisait quant à lui l’ambition centrale du projet: «Le but est de lancer une scène locale avec une nouvelle génération de muralistes et de street artists. L’objectif est aussi de ramener d’autres disciplines comme les artistes du domaine des arts plastiques, du graphisme, du digital, de l’illustration. Ainsi ils partagent leur travail avec le grand public.»

Un festival qui se réinvente chaque année

Le festival a su naviguer entre les cultures urbaines et le prestige des grandes institutions. Il a également traversé des épreuves. Reportée en 2020 à cause de la pandémie du Covid-19, la sixième édition a finalement eu lieu en 2021. Le festival a tenu bon. Pas évident, quand on sait ce que la pandémie a coûté à la culture.

C’est à cette même occasion que le festival a opéré une mue symbolique. Souhaitant renouveler son image et coller à son évolution, il s’est offert un lifting en changeant son logo et en transformant l’appellation «Jidar, toiles de rue» en «Jidar Rabat Street Art Festival». Chaque édition suivante apportera sa dose d’innovation. En 2022, les organisateurs promettaient aux visiteurs un voyage à travers sept pays, «du Maroc au Sénégal, d’Espagne à la République tchèque en passant par le Portugal et enfin du Canada au Japon». En 2024, le festival a fait la part belle à l’abstrait et à l’hyperréalisme, en conviant des artistes reconnus pour la délicatesse et la précision de leurs œuvres.

Le Mur collectif: le Labo’ de la scène urbaine marocaine

L’une des plus grandes marques du festival est sans conteste le Mur collectif. Conçu comme un lieu d’échange et d’expérimentation, sans pression de résultat, c’est là que se forme la relève. En dix ans, ce dispositif a contribué à faire émerger toute une génération de muralistes marocains qui s’exportent aujourd’hui à l’international, transformant le graffiti autrefois marginalisé en un métier d’art respecté et structuré.

Dans le même esprit, les ateliers de sérigraphie ont rejoint la programmation en 2022. Ces workshops s’inscrivent dans la volonté de bâtir une scène locale: la technique permet aux artistes muralistes de diversifier leur façon de travailler et contribue à leur indépendance grâce au débouché économique qu’elle représente.

Les fresques font aujourd’hui partie intégrante du quotidien des R’batis et constituent un nouveau levier pour le tourisme culturel. Rabat peut désormais se targuer de posséder l’un des parcours de street art les plus riches et les plus cohérents du continent africain.

La 11ème édition: rendez-vous dès le 16 avril

Le lancement du Grand Prix Jidar précède directement l’ouverture de la 11ème édition, prévue du 16 au 27 avril 2026 à Rabat. Transmission et émergence seront au cœur de cette nouvelle étape, avec le Mur collectif destiné à faire émerger les nouveaux talents. C’est l’artiste Bakr, dont le parcours conjugue savoir-faire artisanal acquis à Fès et formation aux Beaux-Arts de Casablanca, qui assurera l’encadrement des douze candidats sélectionnés.

En lançant ce Grand Prix à la veille de sa 11ème édition, Jidar affirme une maturité nouvelle: celle d’un festival qui ne se contente plus de produire des œuvres, mais qui œuvre désormais à les inscrire durablement dans la mémoire collective de la capitale.

Par Qods Chabâa
Le 25/03/2026 à 13h15