Fermeture du Colisée de Rabat: la chute de «l’Empire» Ciné Atlas

Malgré la fermeture des salles de cinéma depuis plus d'un an, CINEATLAS continue son expansion.

A l'intérieur du Ciné Atlas Colisée de Rabat.. DR

Annoncée à la veille de 2026, la fermeture du Ciné Atlas Colisée de Rabat marque l’échec d’un projet censé relancer l’exploitation cinématographique marocaine. Entre litiges, difficultés financières et choix stratégiques contestés, retour sur la chute d’un empire bâti à grands renforts d’ambitions.

Le 08/01/2026 à 14h19

Le projet se voulait ambitieux. En août 2018, la réouverture du cinéma Colisée de Rabat, transformé en multiplexe de quatre salles grâce à un investissement de 15 millions de dirhams, devait incarner la locomotive de la relance de l’industrie cinématographique marocaine. Mais le scénario imaginé par Pierre-François Bernet ne s’est jamais concrétisé.

L’annonce est tombée comme un couperet. À deux jours de l’entrée dans l’année 2026, le groupe Ciné Atlas a officialisé, via ses réseaux sociaux, la fermeture de son établissement emblématique de la capitale.

«Le Ciné Atlas Rabat Colisée ferme ses portes momentanément, nous l’espérons. Nous vous tiendrons informés de l’issue des actions engagées pour surmonter nos difficultés», peut-on lire dans cet avis.

Une nouvelle qui a suscité incompréhension et tristesse chez de nombreux cinéphiles, attachés à ce lieu chargé d’histoire. Interrogé sur les raisons de cette fermeture, Pierre-François Bernet évoque un litige avec le bailleur du site. Les propriétaires des lieux – également détenteurs du célèbre hôtel Balima – réclameraient des impayés estimés à 782.560 dirhams.

L’optimisme affiché par le patron de Ciné Atlas, qui déclarait lors du lancement du Ciné Atlas El Jadida y avoir investi une grande partie de sa fortune personnelle, s’est finalement heurté à une réalité économique plus rude. Pour plusieurs observateurs du secteur, cette déconfiture s’explique aussi par une stratégie de développement jugée trop rapide.

En parallèle du Colisée de Rabat, Ciné Atlas avait en effet lancé trois autres projets: El Jadida – seul site encore opérationnel aujourd’hui –, le Mauritania à Tanger et Aeria Park à Casablanca.

«La pandémie de Covid-19 a considérablement aggravé nos difficultés de trésorerie», affirme Pierre-François Bernet. Un argument qu’il répète publiquement depuis l’annonce de la fermeture.

«Nous n’avions pas prévu quinze mois de fermeture administrative», écrit-il en réponse aux réactions suscitées sur les réseaux sociaux.

Les chiffres avancés par le dirigeant témoignent de l’ampleur du choc: une chute de 85% du chiffre d’affaires en 2020, puis de 75% en 2021. En 2025, les recettes cumulées du Rabat Colisée et de Ciné Atlas El Jadida n’auraient pas dépassé les 5 à 6 millions de dirhams.

Pour autant, certains professionnels du secteur relativisent l’impact de la crise sanitaire. Un distributeur, ayant requis l’anonymat, évoque plutôt une mauvaise gestion.

«Il ne faut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. Plusieurs exploitants ont survécu, et de grands groupes ont même investi à Rabat, comme Pathé ou Megarama. Les investissements opérés par Ciné Atlas n’étaient pas suffisamment maîtrisés, il y avait un déficit de stratégie», confie-t-il.

Notre interlocuteur rappelle également que plusieurs prestataires auraient cessé toute collaboration avec Ciné Atlas en raison d’impayés. Selon ses déclarations, le distributeur Mohammed Khouna (Film Event Consulting) serait créancier de 445.000 dirhams, tandis que Siham El Faydi (Concept Mena Group) réclamerait près de 430.000 dirhams.

Malgré ces difficultés, Pierre-François Bernet continuait, jusqu’au 30 décembre dernier, d’annoncer de nouvelles sorties en salles, laissant entendre que la fermeture du Colisée n’était que temporaire. Il maintient également ses ambitions d’expansion.

«Les travaux de Tanger sont achevés à 80%, mais à l’arrêt depuis dix-huit mois faute de trésorerie. Nos discussions avec la banque se poursuivent, avec la médiation de Bank Al-Maghrib», écrit-il en commentaire sur la page Facebook de Ciné Atlas.

Les litiges en cours, le Colisée à Rabat et Aeria Park à Casablanca, ne semblent pas entamer sa détermination. Rachat, reprise par un investisseur ou restructuration? Plusieurs pistes seraient à l’étude, mais pour l’heure, l’avenir de Ciné Atlas reste suspendu à de nombreuses incertitudes.

Par Qods Chabâa
Le 08/01/2026 à 14h19