L’écrivain Sansal est devenu jeudi un «immortel» en étant élu au premier tour à l’Académie française, près de trois mois seulement après sa libération de prison en Algérie. Cette consécration internationale constitue un véritable camouflet pour le régime algérien, qui l’avait incarcéré pour des propos somme toute factuels, mais dangereux pour le régime d’Alger et son narratif. Les académiciens l’ont choisi avec 25 voix «pour» sur 26 votants, le plaçant au fauteuil laissé vacant par l’avocat et historien Jean-Denis Bredin, décédé en 2021. Boualem Sansal sera intronisé lors d’une cérémonie à huis clos, au cours de laquelle il recevra l’habit vert et l’épée symboliques des «immortels».
La consécration de l’écrivain représente une véritable gifle pour le régime algérien qui l’avait fait incarcérer et poursuivi. La reconnaissance de sa carrière littéraire et intellectuelle par l’institution chargée de défendre la langue française envoie un message fort contre la répression dont il a été victime. Sansal avait été arrêté en novembre 2024 à son arrivée à Alger et emprisonné après avoir tenu des propos dans une interview au média français Frontières dans lesquels il remettait en question les frontières algériennes issues de la colonisation, en écho à des revendications historiques liées au Sahara et aux territoires du Maghreb, une offense suprême pour Alger.
Dans ces déclarations, il rappelait des faits historiques selon lesquels la France, lors de la colonisation, a arbitrairement rattaché des territoires qui, historiquement faisaient partie du Maroc, à l’Algérie française. Il n’en fallait pas plus pour que l’écrivain soit condamné à cinq ans de prison pour «atteinte à l’unité nationale». Sansal, âgé et malade, était devenu le symbole de la répression du régime algérien à l’égard de la liberté d’expression.
Lire aussi : Boualem Sansal persiste et signe: la marocanité du Sahara oriental repose «sur des faits réels»
Devant la pression internationale et diplomatique croissante, notamment de la part du président allemand Frank‑Walter Steinmeier,qui avait demandé à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune de gracier Sansal et de le laisser se rendre en Allemagne pour soins, Alger a fini par accorder une «grâce» en novembre 2025, permettant sa libération après près d’un an de détention.
L’écrivain, qui a obtenu la nationalité française en 2024, rejoint des figures majeures telles qu’Amin Maalouf, Erik Orsenna, Jean-Christophe Rufin ou Chantal Thomas. Boualem Sansal, auteur d’une trentaine d’ouvrages depuis 1999, est notamment connu pour «2084. La fin du monde», inspiré d’Orwell, et pour ses essais sur la langue française, dont «Le français, parlons-en!» publié en 2024. L’Académie française, fondée en 1635, est la gardienne de la langue et de ses règles, et son choix illustre à la fois la reconnaissance littéraire et morale de Sansal face à la répression qu’il a subie.
«Je goûte à la liberté, des petites choses… Des bons petits repas, des petits trucs. Vous n’imaginez pas comme les petites choses sont de grands plaisirs», confiait récemment l’auteur. Une phrase qui résonne comme un symbole après ses mois d’emprisonnement et une victoire éclatante de la liberté d’expression sur l’intimidation.










