Dans les ruelles étroites de la médina de Fès, certaines traditions résistent au passage du temps. Parmi elles figure la fabrication artisanale de peignes en corne de bovin, un objet qui faisait autrefois partie du quotidien de nombreux foyers marocains. Aujourd’hui, ce savoir-faire ne tient plus qu’à un fil: seuls trois artisans continuent de l’exercer dans la ville. Parmi eux, Mustapha Lachkar, l’un des plus anciens maîtres du métier, poursuit son travail avec la même passion, gardien d’un savoir transmis de génération en génération.
Dans son atelier, entre effluves de corne chauffée et de bois, l’artisan façonne patiemment une matière première aussi noble que rare. «La matière principale que nous utilisons est la corne de bœuf, que nous faisons venir la plupart du temps des régions de l’Atlas», déclare Mustapha Lachkar. «Mais ces dernières années, se procurer cette matière est devenu de plus en plus compliqué. Nous rencontrons de grandes difficultés pour en trouver», se plaint-il.
«Dans le passé, les peignes en corne étaient très demandés, aussi bien par les personnes modestes que par les plus aisées», raconte l’artisan. Leur succès s’explique notamment par leurs bienfaits pour le cuir chevelu. «Contrairement à certains peignes en plastique, ils n’abîment pas le cuir chevelu», explique-t-il.
Selon l’artisan, ce matériau naturel présente plusieurs avantages. «Le peigne en corne permet de démêler les cheveux avec douceur, il aide aussi à stimuler la circulation sanguine. Il ne provoque ni allergies ni problèmes de santé, surtout pour les personnes dont le cuir chevelu est sensible aux matières plastiques», affirme Mustapha Lachkar.
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Derrière cet objet simple se cache pourtant un long travail manuel qui exige précision et expérience. La fabrication commence par la récupération des cornes de bœuf, généralement obtenues après l’abattage des animaux destinés à la consommation. Les cornes sont ensuite chauffées sur le feu afin de les assouplir. Elles sont ensuite transformées en plaques grâce à une machine de pressage. Ces plaques sont alors découpées pour donner naissance à des peignes de différentes tailles.
La phase suivante consiste à sculpter les dents du peigne à l’aide d’une scie spéciale. Vient enfin l’étape de la finition, où chaque pièce est soigneusement polie et lissée à l’aide d’un couteau tranchant afin d’obtenir sa forme définitive et son aspect brillant.
«Avant, nous pouvions produire plus de quarante peignes par jour», se souvient Mustapha Lachkar. «Aujourd’hui, nous en fabriquons rarement plus d’une vingtaine, souvent sur commande», explique-t-il.
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Les prix varient selon la taille et la qualité de fabrication. Sur le marché, ces peignes sont vendus entre 30 et 150 dirhams. Une clientèle fidèle continue de s’y intéresser, principalement des personnes conscientes de leurs vertus naturelles. «La plupart de nos clients sont des gens qui connaissent les bienfaits de ces peignes pour le cuir chevelu», souligne l’artisan.
Mais derrière ce savoir-faire ancestral plane aujourd’hui une inquiétude bien réelle. Le manque d’intérêt des jeunes générations et l’absence de relève menacent la survie de ce métier. «Nous ne sommes plus que trois artisans à exercer ce métier à Fès. Si rien n’est fait pour valoriser cette activité, elle risque de disparaître», alerte Mustapha Lachkar.
À ses yeux, cette profession mérite pourtant d’être protégée et transmise. «C’est une partie du patrimoine artisanal marocain qu’il faut préserver et transmettre aux générations futures», conclut-il.








