Un diplôme mort-né? Le flou entretenu dans l'instauration du bachelor déçoit le Conseil supérieur de l’enseignement

Des étudiants en cours magistral, à leur pupitre, dans un amphithéâtre d'université. 
Des étudiants en cours magistral, à leur pupitre, dans un amphithéâtre d'université.  . DR

Un manque de clarté, une absence d’efficacité académique, peu de pertinence dans sa généralisation... Le diplôme du bachelor est largement critiqué par les membres du Conseil Supérieur de l'Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS). Ils s’interrogent sur le bien-fondé de ce système, calqué sur le modèle anglo-saxon.

Le 27/12/2021 à 09h46

Alors que plus de 23.000 étudiants ont opté pour le nouveau diplôme du bachelor, sanctionnant quatre années d'études de l'enseignement supérieur, et qui devrait être généralisé dès la prochaine année universitaire, le CSEFRS dénonce plusieurs dysfonctionnements dans son déploiement. Rien ne va: ni une nécessaire rigueur scientifique, ni les méthodes pédagogiques dans son implémentation, ni même ses objectifs, ni, encore moins, les étapes progressives de son déploiement. 

«L’étude de ce projet a permis de relever un nombre de questionnements relatifs aux motifs et objectifs derrière certains choix pris dans le cadre du changement du premier cycle de l’enseignement supérieur. Elles concernent notamment l’efficacité de la nouvelle organisation», précisent les membres du CSEFRS dans leur dernière note. 

Les membres de cette instance ont avant tout remarqué le manque de clarté dans l’instauration de cette nouvelle formation diplômante, selon eux due à l’absence d’une fiche présentatrice accompagnant le décret d’application. Celle-ci aurait dû, en effet, clarifier «les bases et choix stratégiques sur lesquels se baseront les changements que connaîtra l’organisation pédagogique», indiquent-ils. 

Ce flou leur fait soulever un certain nombre de questionnements sur les objectifs de ce changement de système. «Le projet vise-t-il à surmonter les difficultés et problèmes liés à la qualité et à la déperdition universitaire, ou plutôt à remplacer le système pédagogique adopté au Maroc depuis 2004, par le système anglo-saxon?», s'interrogent les membres du CSEFRS.

Parmi les zones d’ombre, le projet de décret ne spécifie pas si le système du bachelor introduira un changement radical au système actuellement en vigueur dans les universités: l'obtention successive d'une licence (au bout de trois années), d'un mastère (cinq années d'études supérieures), puis d'un doctorat (obtenu suite à la soutenance d'une thèse, a minima au bout de sept années d'études), ou si ce changement ne concerne que la durée de la formation initiale.

Le projet laisse ainsi entendre qu’il s’agit d’un cycle additionnel, qui serait parallèle au cycle de la licence, ce qui engendrerait des difficultés au niveau de sa gestion et de son organisation.

D’un autre côté, l’adoption simultanée de deux cycles parallèles causera une perturbation dans la gestion des institutions à accès ouvert. «Les expériences nationales précédentes (la licence appliquée et la licence professionnelle) ont démontré l’inefficacité des systèmes parallèles destinés à un nombre limité d’étudiants», regrette le CSEFRS.

Expliquant que la prolongation de la durée de la licence ne justifie pas la limitation du cycle du mastère en une année, les membres de ce conseil tiennent à alerter le ministère de l'Enseignement supérieur sur l’impact négatif de cette mesure sur le niveau de formation des étudiants, actuellement inscrits dans l'un des cycles du bachelor. «Les justifications scientifiques et pédagogiques qui ont conduit à modifier la durée de formation au premier cycle de l'enseignement, n'ont pas été présentées», précisent-ils dans leur rapport. 

Un autre manquement a été relevé: celui de la gestion des ressources humaines et financières. «Le manque d’effectif dont souffrent les institutions universitaires à accès ouvert pose de nombreuses questions, notamment sur comment les modules dédiés aux soft skills et [aux] langues [qui] pourront être enseignés, étant donné que l’enseignement de ces modules requiert des groupes au nombre limité», détaillent les membres du CSEFRS, qui critiquent aussi le fait qu’aucune donnée sur le coût financier de la généralisation du bachelor n’a pour l'heure été présentée.

Alors que le décret d’application de ce nouveau système, calqué sur le modèle anglo-saxon, mentionne le fait qu'il sera élargi à l’ensemble des établissements universitaires au Maroc, les membres du CSEFRS estiment, eux, que ce projet de décret n'est pas suffisamment clair sur l'instauration de ce cycle d'études dans des établissements aux effectifs limités, alors même que le rendement de ces instituts ne connaît pas de dégradation.

Par ailleurs, les formations d’été proposées dans le cadre de ce nouveau système posent aussi des problèmes de gestion, puisque rien n'a encore été précisé sur leur durée, de même que sur le nombre et le type d'unité enseignées, ont expliqué les membres du CSFRS. 

Selon eux, la durée approuvée pour l'enseignement des langues étrangères n'est pas suffisante pour atteindre les objectifs prérequis, d’où la nécessité d’adopter un changement radical des méthodes de formation, en s'appuyant sur des ressources pédagogiques innovantes et numériques, ainsi qu'en fournissant un encadrement approprié qui permettrait d'enseigner en petits groupes, pour mieux assimiler les connaissances transmises. Bref, la réforme de l'université, ce n'est pas (encore) gagné. 

Par Safae Hadri
Le 27/12/2021 à 09h46