Trafic via des tunnels: la double vie d’un simple salarié, devenu chef d’un réseau de drogue

Image du tunnel découvert entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta, utilisée par la télévision algérienne pour illustrer un prétendu tunnel entre le Maroc et l'Algérie.

Un tunnel clandestin reliant le territoire marocain à l'enclave espagnole de Ceuta.

Revue de presse Moins d’un an après la découverte d’un premier tunnel où des stupéfiants sont convoyés, reliant l’enclave de Sebta au Maroc, les autorités espagnoles ont révélé l’existence d’un second passage souterrain, encore plus sophistiqué. Résultat d’une enquête d’une année et un mois, menée par l’unité de lutte contre la drogue et le crime organisé, ce démantèlement révèle l’existence d’un réseau aux ramifications dans différents pays d’Europe, dirigé par un Marocain au profil singulier: de simple salarié, il est devenu un discret, mais important, trafiquant de haschich. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 06/04/2026 à 17h37

Un an à peine après la découverte d’un premier tunnel reliant Sebta au territoire marocain, permettant de convoyer de la drogue, ce qui a conduit à l’interpellation d’une personnalité politique de cette région du nord et de plusieurs éléments de la Guardia Civil, voilà qu’un nouvel ouvrage de nature similaire a été découvert ces deux dernières semaines. D’une conception bien plus complexe, ce tunnel souterrain a permis de révéler des secrets d’une toute autre ampleur, éclaboussant des personnalités influentes, en lien avec un individu notoirement connu dans la région, surnommé «Chaiiri», ou «Amendis», du nom de l’entreprise délégataire en charge de la distribution d’eau, d’électricité et de l’assainissement dans le nord du Maroc, où il travaillait.

Architecte présumé de tout un réseau de tunnels, «Chaiiri», qui se jouait depuis plusieurs années des autorités espagnoles, tout comme de celles de l’administration de Sebta, n’était pourtant qu’un modeste salarié, relaie Al Ahdath Al Maghribia de ce mardi 7 avril. C’est à l’issue d’une enquête menée sur treize mois par l’unité espagnole de lutte contre la drogue et le crime organisé, qu’il a finalement été arrêté, le 27 mars 2026. Ce sont des micros, dissimulés dans son véhicule, qui ont permis le démantèlement de ce réseau de convoyage de haschisch, dont il était le cerveau, ce qui a abouti à l’arrestation de 27 individus, la saisie de 17 tonnes de stupéfiants, et d’une somme de 500.000 euros.

«Chaiiri», qui était aussi surnommé «le Capo» ou «l’ingénieur des stupéfiants», possédait un patrimoine conséquent, de part et d’autre du détroit de Gibraltar: une résidence à Sebta, une autre près de Malaga, et plusieurs biens immobiliers au Maroc. Il circulait volontiers à moto à Sebta, et traversait régulièrement la frontière maritime à bord du ferry, comme le font les habitants de Cadix qui se rendent à chaque fin de semaine auprès de leurs familles.

Tout au long de l’enquête, la brigade anti-stupéfiants a pu constater que ce trafiquant menait une existence ordinaire, loin des ostentations généralement associées à la vie des narcotrafiquants. Son intelligence opérationnelle, sa capacité à diriger les membres de son réseau, les flux financiers qu’il a générés -et les risques qu’il a pris-, lui ont permis de diriger une vaste organisation, un réseau dont les ramifications s’étendent du Maroc jusqu’à Cadix, la Galice, la France et les Pays-Bas.

L’impunité dont paraissaient bénéficier ses membres dans le trafic de stupéfiants reposait essentiellement sur des complicités avec certains éléments de la Guardia Civil ainsi que des gardes-frontières, indique Al Ahdath Al Maghribia. «Chaiiri» entretenait ainsi des liens étroits avec un officier de la Guardia Civil retraité, originaire de Sebta, quant à lui été arrêté à Chiclana de la Frontera, dans la province de Cadix. Les écoutes téléphoniques dont le prévenu et l’ensemble de ses complices faisaient l’objet, menées par l’unité de lutte contre la drogue et le crime organisé, ont permis de mieux comprendre des complicités dont sont désormais soupçonnés certains éléments des autorités espagnoles, censés surveiller le trafic de drogue dans la région. Le quotidien ne les nomme pas explicitement, et ne précise pas non plus s’il y a, dans cette affaire, d’autres complicités parmi les autorités marocaines.

Par le360
Le 06/04/2026 à 17h37