Seuils, niveaux et implications... Ce que change une alerte maritime pour les professionnels

Des bateaux de pêche immobilisés face à une mer agitée sur le littoral. (Photo d'illustration)

Le 13/02/2026 à 09h30

VidéoVents violents, mer agitée et vagues dépassant six mètres ont rythmé les intempéries ces dernières semaines, déclenchant ainsi une série d’alertes maritimes. Un dispositif basé sur des seuils précis et une coordination nationale. Explications.

Trois alertes rouges en un seul mois, des dizaines d’alertes orange et une mer restée très agitée durant plusieurs semaines, entraînant des perturbations portuaires. Depuis décembre, la Direction générale de la météorologie a intensifié son dispositif d’alerte maritime face à des conditions jugées «exceptionnelles», en raison de «conditions extrêmes», comme nous l’explique Houcine Youaabed, responsable de la communication à la DGM.

Selon Houcine Youaabed, cette situation s’explique par «une dynamique au niveau de l’océan Atlantique, due à la descente de masses d’air polaire vers les moyennes latitudes». Un flux d’ouest persistant s’est installé, modifiant la trajectoire habituelle des systèmes dépressionnaires.

«Plusieurs dépressions, qui circulaient initialement dans les hautes latitudes au nord de l’Europe, sont descendues vers les moyennes latitudes. Leur trajectoire s’est alors orientée vers le nord du Maroc ainsi que vers le sud-ouest de l’Europe, notamment le Portugal et l’Espagne», précise-t-il.

La présence d’air froid en altitude a renforcé ces dépressions, accentuant leur caractère dynamique. «Cette dynamique plus profonde a généré en mer de fortes houles et des vagues dangereuses», détaille-t-il. Les effets se sont fait sentir sur l’ensemble du littoral atlantique marocain, mais aussi en Méditerranée. Les vagues ont régulièrement dépassé les six mètres, tandis que certaines régions ont enregistré, en l’espace d’une semaine, l’équivalent de deux à trois mois de précipitations.

Et c’est cette succession d’épisodes qui a conduit la Direction générale de la météorologie à relayer des alertes maritimes. Que faut-il donc comprendre, concrètement, lorsqu’une telle alerte est déclenchée?

Un dispositif structuré autour de seuils précis

Mohamed Ait Amel, expert en météorologie maritime, rappelle d’abord la vocation de la Direction générale de la météorologie. «La mission principale de la DGM, c’est la sécurité des personnes et la protection des biens en mer et sur la côte», fait-il savoir.

L’alerte maritime s’inscrit dans cette mission de prévention. Elle n’est pas déclenchée de manière subjective. Elle repose sur des seuils météorologiques clairement définis, au-delà desquels les activités en mer deviennent dangereuses.

«L’alerte maritime est élaborée et révisée lorsque les conditions météorologiques sont dangereuses pour les activités maritimes, surtout le paramètre vent et les vagues de la houle», explique Mohamed Ait Amel.

Le premier critère est la force du vent. L’échelle utilisée est celle de Beaufort, référence internationale en météorologie maritime. Le seuil d’alerte est fixé à partir de 8 Beaufort, soit environ 62 kilomètres à l’heure. À ce niveau, la mer devient fortement agitée, les crêtes des vagues se couvrent d’écume et les manœuvres deviennent délicates, en particulier pour les petites et moyennes unités.

Le second paramètre est la hauteur des vagues. Sur la façade atlantique, une alerte est déclenchée lorsque les vagues atteignent ou dépassent quatre mètres. En Méditerranée et dans le détroit, le seuil est fixé à trois mètres. Ces seuils correspondent à des niveaux de risque identifiés à partir de l’expérience, des observations historiques et des normes internationales. Ils tiennent compte des caractéristiques des flottes, des infrastructures portuaires et des spécificités géographiques des côtes marocaines, souligne Mohamed Ait Amel.

Quatre niveaux pour graduer le risque

Le dispositif d’alerte maritime s’inscrit dans le cadre plus large de la carte nationale de vigilance. Celle-ci est élaborée quotidiennement par les services de la DGM et peut être actualisée en fonction de l’évolution des prévisions.

«Il y a d’abord une carte de vigilance qui est élaborée chaque jour et peut être actualisée une deuxième fois. Il y a quatre niveaux de vigilance», indique Mohamed Ait Amel.

Le niveau vert signifie qu’aucun phénomène dangereux n’est prévu. Le jaune appelle à la prudence en cas de phénomène susceptible d’avoir un impact limité. L’orange correspond à un risque important nécessitant des mesures de précaution. Le rouge signale un phénomène exceptionnel susceptible d’entraîner des conséquences importantes.

Tout savoir sur les alertes maritimes élaborées par la Direction générale de la météorologie

Lorsque la vigilance atteint le niveau orange ou rouge pour les zones côtières, un bulletin d’alerte maritime détaillé est élaboré. Il précise les zones concernées, la période de validité, les paramètres attendus et leur intensité. Ces bulletins sont diffusés en français, en arabe et en anglais. En cas de vigilance rouge, le service de communication veille à rendre le message accessible au grand public afin d’éviter toute ambiguïté.

Une concertation quotidienne entre centre et régions

Le déclenchement d’une alerte maritime repose sur une organisation coordonnée entre les prévisionnistes du centre national et ceux des cinq directions régionales. «Ils se mettent d’accord sur la situation prévue. Si les seuils sont atteints, on élabore un bulletin d’alerte et on le diffuse», explique Mohamed Ait Amel. C’est cette concertation qui permet d’intégrer les spécificités locales, qu’il s’agisse des effets de relief, des courants marins ou des configurations propres à certaines baies et certains ports.

Ces alertes ont un impact direct sur l’activité maritime, comme la pêche artisanale. «Si la force du vent atteint 6 Beaufort ou plus, il est interdit aux petits pêcheurs et aux pêcheurs artisans de sortir en mer», relève Mohamed Ait Amel.

Ce seuil, correspondant à environ 40 kilomètres à l’heure, est considéré comme dangereux pour les embarcations légères. Les autorités compétentes, notamment la direction de la pêche maritime, relaient alors l’information et appliquent les interdictions nécessaires.

L’ensemble de l’activité maritime est concerné. Les navires de commerce peuvent retarder leurs escales. Les opérations portuaires, notamment le chargement et le déchargement, peuvent être suspendues lorsque la houle rend les manœuvres instables. Les traversées maritimes sont parfois annulées ou reportées. Les activités de plaisance, de sports nautiques et certaines opérations industrielles en mer sont également affectées. «Tout dépend de la situation observée», insiste-t-il.

Mohamed Ait Amel rappelle que la dangerosité de la mer ne dépend pas uniquement des conditions locales. Une houle peut être générée loin des côtes nationales et se propager sur de longues distances.

«On peut avoir des vagues dangereuses même s’il y a le beau temps», souligne Mohamed Ait Amel. Il cite l’exemple de janvier 2014 où «une situation anticyclonique a été constatée. Il y avait une houle dangereuse qui a atteint six mètres, avec un maximum de treize mètres et une période de vingt secondes».

Une situation hivernale «rare»

Houcine Youaabed insiste sur le caractère inhabituel de l’hiver en cours. «Ce type de période ne se produit pas fréquemment. On peut connaître de tels épisodes une fois tous les cinquante ou cent ans, avec une mer aussi fortement agitée», dit-il.

Rien qu’en janvier, trois alertes rouges ont été déclenchées. Les alertes orange peuvent atteindre près de 200 par an, mais leur concentration sur une période courte souligne l’intensité des conditions observées.

Il appelle néanmoins à distinguer variabilité naturelle et changement climatique. «Il faut distinguer ce qui relève de la variabilité naturelle du climat et ce qui relève du changement climatique. Ce qui change aujourd’hui, c’est surtout l’intensité et la fréquence des phénomènes», affirme-t-il.

À court terme, la prudence reste de mise. Bayan Benhassane, ingénieure prévisionniste, annonce qu’«à partir de ce vendredi, suite à l’installation d’une dépression à l’ouest de la France qui intéressera au fil des heures notre pays, notamment le nord du Maroc, cette configuration générera des vents forts à très forts avec des intensités oscillant entre 60 et 80 kilomètres par heure, notamment entre Saïdia et Casablanca».

Ces vents «engendreront des vagues dangereuses avec des hauteurs variant entre quatre mètres et cinq mètres cinquante». Une amélioration néanmoins est attendue «à partir de la journée de lundi prochain».

Par Hajar Kharroubi et Sifeddine Belghiti
Le 13/02/2026 à 09h30