Ralentissement de la démographie au Maroc: «Le modèle familial traditionnel s’effrite», selon l’ONDH

Othman Kayer, président de l'Observatoire national du développement humain lors du séminaire sur les Changements démographiques au Maroc, à Rabat le 17 février 2026 (Y.Mennan/Le360).

Le 17/02/2026 à 15h56

VidéoEntre dénatalité et vieillissement accéléré, le Maroc amorce un virage démographique historique. Selon l’ONDH, le Royaume converge désormais vers le modèle européen, marqué par un indice de fécondité sous le seuil de remplacement et une mutation profonde de la structure familiale. Entre l’émergence de la «Silver Economy» et la nécessité de repenser la protection sociale, retour sur les défis d’un pays face à son nouveau profil humain.

S’appuyant sur les indicateurs du Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’Observatoire national du développement humain (ONDH) dresse un constat sans appel: la transition démographique du Royaume converge désormais vers les standards européens. Lors d’un séminaire de haut niveau, marqué par la présence d’experts internationaux et de la Représentante du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Mariette Sander, l’Observatoire a décrypté les données du recensement de 2024. Trois mutations structurelles en émergent: une décélération de la croissance globale, une pression démographique s’exerçant désormais aux deux extrémités de la pyramide des âges, et une déconstruction profonde de la cellule familiale.

Placée sous le thème «Changements démographiques: réalités socioéconomiques et politiques de développement humain», cette rencontre a mis en lumière une statistique majeure: le taux d’accroissement de la population a été divisé par trois en trente ans, chutant de 2,6% en 1994 à 0,85% en 2024. Ce fléchissement structurel est le corollaire d’un indice synthétique de fécondité en net recul, établi à 1,97 enfant par femme contre 2,5 en 2004, plaçant le Maroc sous le seuil critique de renouvellement des générations (2,1).

Toutefois, sous l’effet de l’inertie démographique, la population continuera de croître pour atteindre 40,5 millions d’habitants à l’horizon 2050, bien que le rythme s’essouffle. Parallèlement, le pays entame un vieillissement accéléré: si le socle de la pyramide se réduit (la part des moins de 15 ans reculant de 28,2% à 26,5%), son sommet s’élargit considérablement, les seniors de 60 ans et plus représentant désormais 13,8% de la population. Ce double mouvement entraîne, par un effet de ciseaux, une contraction de la population en âge de travailler, laquelle passe de 62,4% à 59,7%.

Dans ce sillage, le modèle familial traditionnel s’effrite sous la pression de l’urbanité. La taille moyenne des ménages a fondu à 3,9 individus (contre 5,3 en 2004), tandis que l’émergence d’un million de personnes vivant seules signale une atomisation de la société. L’ONDH pointe également une hausse du célibat définitif à 55 ans et une féminisation de la gestion des foyers, 19,2% des ménages étant désormais dirigés par des femmes.

Face à ces bouleversements, l’Observatoire appelle à une refonte des politiques publiques de développement humain. Le vieillissement rapide, souvent synonyme de prévalence accrue des pathologies chroniques et de syndromes gériatriques, impose un défi de qualité de vie: une personne âgée sur cinq vit aujourd’hui en situation de handicap.

Ce changement de paradigme soulève des interrogations cruciales: comment garantir que l’allongement de l’espérance de vie rime avec santé et autonomie? Le système de santé est-il prêt pour ce basculement? L’ONDH invite à explorer l’économie des soins (care economy) comme levier de bien-être, tout en plaidant pour une adaptation des mécanismes de protection sociale. L’enjeu final reste la résilience du capital humain et la réduction de la vulnérabilité économique, particulièrement en milieu rural, afin d’assurer l’indépendance financière d’une population vieillissante au sein d’une société en pleine mutation.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mennan
Le 17/02/2026 à 15h56