Au siège de la Confédération démocratique du travail (CDT), à Béni Mellal, la douleur s’est mêlée à la colère, samedi 11 octobre.
Réunis à l’appel du Réseau marocain des journalistes des migrations, des parents de disparus, des journalistes et des défenseurs des droits humains ont tiré la sonnette d’alarme sur une tragédie silencieuse: des centaines de Marocains portés disparus sur les routes migratoires, dont une part importante croupit aujourd’hui dans les prisons algériennes, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia dans son édition de ce lundi 13 octobre.
Selon El Hassan Amari, président de l’Association marocaine d’aide aux migrants en situation difficile, le phénomène dépasse largement les seuls cas de disparitions en mer. «Nous avons recensé 682 Marocains détenus dans les prisons algériennes, dont la majorité vient de la région Béni Mellal-Khénifra. L’Oriental arrive en deuxième position», a-t-il révélé lors de son intervention.
Les chiffres sont parlants: 5 prisonniers marocains condamnés à la perpétuité, 13 à 25 ans de prison, 14 à 10 ans tandis que 173 autres sont actuellement en attente de rapatriement.
Derrière ces statistiques, des histoires humaines déchirantes, a-t-on pu lire. Plusieurs familles présentes lors de la rencontre ignoraient jusqu’à présent si leurs proches, enfermés dans des prisons algériennes après avoir été arrêtés sur le territoire voisin, étaient encore en vie.
Les témoignages recueillis dressent un tableau sombre. De nombreux migrants, partis vers l’Europe via l’Algérie, se retrouvent impliqués malgré eux dans des affaires de trafic de stupéfiants ou de psychotropes, instrumentalisés par des réseaux criminels transfrontaliers. «Les autorités algériennes ne font pas de distinction entre victimes et trafiquants. Elles ne les épargnent pas», a dénoncé Amari, précisant que ces jeunes sont souvent incarcérés sans assistance juridique ni contact avec leurs familles.
Face à cette situation, écrit Al Ahdath Al Maghribia, l’association a mis en place des groupes de communication pour relier les familles et échanger des informations. «Certaines mères n’avaient aucune nouvelle depuis des années. Découvrir que leur fils est vivant, même en prison, c’est douloureux mais c’est aussi un soulagement», confie un bénévole de l’association.
Grâce à ses démarches, l’association affirme avoir contribué au rapatriement de 1.192 Marocains d’Algérie, 14 de Libye et 13 de Tunisie, dont plusieurs femmes, a-t-on encore pu lire. «Nous ne demandons pas un sou aux familles. Tout ce que nous faisons, nous le faisons par devoir moral», insiste Amari.
Mais ces efforts associatifs ne suffisent pas à combler le vide institutionnel qui entoure la question des prisonniers marocains à l’étranger. Les familles réclament un canal officiel d’information et d’assistance, ainsi qu’une coordination plus active pour obtenir des clarifications sur le sort de leurs proches. «Mon fils a disparu en 2021. J’ai tout tenté: plaintes, lettres, appels… mais sans réponse», raconte Ahmed Merzouki. À ses côtés, une femme brandit la photo de son frère, disparu: «nous voulons juste savoir… vivants ou morts?»
Ces récits, empreints d’émotion, traduisent l’impuissance et l’usure des familles, confrontées à des démarches administratives stériles et à des promesses sans suite.








