Pourquoi les transferts d’eau entre les bassins hydrauliques gagnent en importance

Vue du ciel de l’autoroute d’eau de l’oued Sebou. (Y.Mannan/Le360)

Pour corriger les écarts de précipitations entre les bassins, le Maroc mise sur les autoroutes de l’eau afin d’optimiser l’allocation de cette ressource à l’échelle nationale et de sécuriser les usages économiques les plus sensibles.

Le 27/01/2026 à 20h10

C’est l’une des solutions les plus mises en avant pour sécuriser les ressources en eau face à la succession des années sèches, mais aussi pour corriger les écarts persistants de précipitations entre les bassins. «Les régions du Nord et du Nord-Ouest concentrent l’essentiel des apports pluviométriques, tandis que les bassins du Centre et du Sud, certains plus sollicités par les usages urbains et agricoles, subissent des déficits structurels», explique d’abord Amine Benjelloun, expert en ressources hydriques.

Les interconnexions permettent donc de réallouer ces volumes à l’échelle nationale et de réduire l’exposition économique des territoires les plus vulnérables au stress hydrique. «Conçues comme des infrastructures de solidarité hydrique, ces liaisons interbassins visent à garantir la continuité de l’approvisionnement en eau potable et à soutenir les périmètres agricoles stratégiques. Elles constituent aujourd’hui un pilier de la politique nationale de l’eau», poursuit-il.

Pour Abdelaziz Belhouji, ingénieur en météorologie et hydrologie, l’intérêt des interconnexions hydriques doit être apprécié à l’aune de l’évolution du modèle de gestion de l’eau. «La gestion de l’offre, longtemps centrée sur la construction de barrages, atteint aujourd’hui ses limites. Elle doit désormais être accompagnée d’une gestion rigoureuse et durable de la demande», relève-t-il.

C’est dans ce cadre que le Maroc a engagé, depuis plus d’une décennie, un vaste programme de transferts d’eau entre bassins. En matière d’interconnexion, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a rappelé mardi dernier l’achèvement de la tranche dédiée à l’acheminement des eaux du Sebou vers le Bouregreg, avec 953 millions de m³ déjà transférés. Il a également annoncé le lancement, cette année, de la deuxième tranche, qui reliera le bassin du Sebou à ceux du Bouregreg et de l’Oum Er-Rbia, jusqu’au barrage Al Massira.

Un chantier lancé en 2009

À fin 2025, le Maroc disposait déjà de 17 infrastructures de transfert d’eau, permettant d’acheminer les ressources hydriques des régions excédentaires vers celles confrontées à des déficits structurels, comme précédemment relevé par Younes Laabdi, chef de service de la gestion de l’eau à la direction générale de l’hydraulique, dans une interview pour Le360.

Le projet de connexion entre les bassins du Loukkos, du Sebou, du Bouregreg et de l’Oum Er-Rbia constitue l’ossature de ce dispositif. Sa conception remonte à la phase de préparation de la Stratégie nationale de l’eau, présentée devant le roi Mohammed VI à Fès en 2009.

Premier projet de cette envergure dans l’histoire du Maroc, il vise une valorisation optimale des ressources hydriques et l’instauration d’un véritable mécanisme de solidarité territoriale entre bassins excédentaires et déficitaires. Compte tenu de l’évolution de la situation hydrologique, de la progression soutenue de la demande en eau et des avancées enregistrées dans les études techniques, la version initiale du projet a été revue afin d’en renforcer la cohérence et la capacité de réponse.

À terme, ce programme permettra de transférer un excédent estimé à 1,2 milliard de m³ par an. Ces volumes sont destinés à répondre à plusieurs besoins stratégiques: le renforcement de l’approvisionnement en eau potable de la région de Marrakech et de l’axe Rabat–Casablanca, l’amélioration de l’irrigation dans les périmètres agricoles de Doukkala, Beni Amr et Beni Moussa, ainsi que la préservation de la nappe phréatique de Berrechid, fortement sollicitée par les usages agricoles.

La première concrétisation de cette interconnexion est intervenue avec la mise en service, en août 2023, de la liaison Sebou–Bouregreg. Cette phase visait à transférer l’excédent d’eau du barrage garde du Sebou vers le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah, avec un débit de 15 m³ par seconde, soit entre 350 et 470 millions de m³ par an. Les travaux ont nécessité la pose de 66,5 km de conduites en acier de 3.200 mm de diamètre et la construction de deux stations de pompage.

La deuxième phase prévoyait le renforcement du transfert Sebou–Bouregreg avec un débit porté à 45 m³/s, soit environ 800 millions de m³ par an, puis la connexion avec le bassin de l’Oum Er-Rbia. Celle-ci sera rendue possible grâce à un acheminement d’eau sur 209,6 km, depuis le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah jusqu’au barrage Al Massira. Une tranche qui sera lancée cette année, comme annoncé par le ministre de l’Équipement et de l’Eau. Quant à la connexion des bassins de Loukkos et Laou au bassin de Sebou, avec un débit de 20 à 30 m³/s, les travaux incluent notamment le projet de connexion entre les barrages Oued El Makhazine et Dar Khrofa.

Il s’agit donc d’un outil destiné à réduire l’impact économique des pénuries d’eau, les transferts interbassins offrant davantage de visibilité aux territoires les plus exposés au stress hydrique. Ils permettent d’amortir les effets des sécheresses successives. «Les usages stratégiques sont ainsi mieux sécurisés», conclut Amine Benjelloun.

Par Hajar Kharroubi
Le 27/01/2026 à 20h10