Au petit matin de ce mercredi 4 février 2026, Ksar El Kébir est méconnaissable. Les boutiques du centre sont fermées, les cafés ont tiré leurs rideaux et les étals du marché sont vides. Les trottoirs sont dégagés et les rues sont silencieuses, presque immobiles. Connue pour son dynamisme commercial et son animation quotidienne, Ksar El Kébir est comme mise en pause.
Là où circulaient habituellement des dizaines de passants ne subsistent que des véhicules de service, des patrouilles et quelques agents d’autorité. Le contraste est saisissant avec l’effervescence qui caractérise d’ordinaire cette cité du nord du Maroc.
La population évacuée a été replacée vers des zones sécurisées, que ce soit chez leurs proches ou dans des centres d’accueil, dans une démarche résolument anticipative. L’objectif est de protéger la population.
Cette évacuation s’est déroulée par étapes, quartier par quartier, sous la supervision directe des autorités locales, avec une coordination visible sur le terrain.
Ksar El Kébir suite à l'évacuation de plusieurs quartiers. (S.Kadry/Le360). le360
Dans la nuit de mardi au mercredi, les autorités locales ont procédé à l’évacuation des derniers quartiers encore habités avant de couper l’électricité et l’accès à internet dans toute la ville. L’opération a mobilisé des centaines d’éléments des forces de sécurité, des forces auxiliaires et des agents d’autorité, placés sous la supervision directe d’un pacha spécialement dépêché depuis Settat pour piloter l’intervention.
L’évacuation a concerné plusieurs secteurs où se trouvaient encore des habitants. Parmi eux, le quartier dit Zbida, ainsi que les quartiers Ben Haddou, Bougouch, Douar Sidi Abdallah, Zkakra, Douar El Haloufi, Douar Ouhrani et Douar El Askar. Des bus ont été mobilisés pour transporter les familles vers plusieurs villes voisines jugées sûres.
Mercredi matin, l’évacuation des derniers secteurs s’est poursuivie. Il ne restait plus qu’un seul quartier encore occupé, situé à proximité du camp de Douaâ. Ses habitants devaient être transférés vers Tanger, Tétouan et Fnideq dans les prochaines heures.
Dans les zones proches de l’oued Loukkos, toutes les habitations ont été évacuées. L’eau et le réseau téléphonique ont également été interrompus dans les secteurs les plus exposés afin d’éviter tout risque d’accident.
La crue du fleuve Loukkos cause l’inondation de plusieurs quartiers de Ksar El Kébir.. AFP
Sur place, le dispositif de sécurité est imposant. Des barrages de contrôle ont été installés aux entrées des quartiers sensibles. Des patrouilles sillonnent en permanence les zones désertées pour protéger les biens laissés. Sans oublier les agents en civil qui surveillent les commerces, les banques et les habitations vides.
Cette montée des eaux de l’oued Loukkos est, pour rappel, due à un enchaînement de facteurs hydrologiques et météorologiques qui se sont conjugués ces derniers jours. De fortes précipitations continues se sont abattues sur l’ensemble du bassin versant du Loukkos, notamment sur le Rif et le Moyen Atlas, saturant des sols déjà gorgés d’eau. Dans ces conditions, une grande partie des pluies n’a pas été absorbée par la terre mais a ruisselé directement vers les oueds et le fleuve, entraînant un afflux massif d’eau en aval.
Cette situation a été aggravée par la saturation du barrage Oued El Makhazine, qui a reçu des apports importants et répétés, limitant sa capacité à réguler efficacement les débits vers la plaine. Par ailleurs, une forte houle atlantique, accompagnée de marées hautes, a ralenti l’écoulement naturel du Loukkos vers l’océan à hauteur de Larache, créant un effet de retenue en aval et favorisant l’élévation des niveaux d’eau dans la plaine de Ksar El Kébir.













