Grève des enseignants: les universités paralysées

La grève nationale observée les 3 et 4 mars par les enseignants-chercheurs Dans plusieurs établissements universitaires a provoqué d’importantes perturbations. DR

Revue de presseLa tension remonte dans les universités publiques marocaines après la grève nationale observée les 3 et 4 mars par les enseignants-chercheurs. À l’appel du Syndicat national de l’enseignement supérieur, le mouvement a fortement perturbé les activités pédagogiques et administratives. Les syndicalistes dénoncent l’impasse du dialogue avec le gouvernement en brandissant la menace d’une escalade des actions de protestation dans les prochaines semaines. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 05/03/2026 à 20h15

La tension est de nouveau montée d’un cran au sein des universités publiques marocaines après l’entrée en grève nationale des enseignants-chercheurs les 3 et 4 mars. Cette mobilisation, annoncée par le Syndicat national de l’enseignement supérieur, intervient dans un contexte de crispation croissante entre les représentants du corps universitaire et le gouvernement. «Les enseignants protestent notamment contre ce qu’ils qualifient de blocage du dialogue social ainsi que contre le contenu du projet de loi relatif à l’enseignement supérieur actuellement en discussion», écrit le quotidien Al Akhbar dans son édition du vendredi 6 mars.

Dans plusieurs établissements universitaires, la grève a provoqué d’importantes perturbations. Les cours ont été suspendus, tout comme de nombreuses activités pédagogiques et administratives, plongeant certaines facultés dans une situation de quasi-paralysie. Cette mobilisation apparaît comme un nouveau signe de la crise profonde qui traverse le secteur de l’enseignement supérieur, déjà marqué depuis plusieurs années par des tensions récurrentes entre les enseignants-chercheurs et les autorités de tutelle.

Le Syndicat national de l’enseignement supérieur affirme que le mouvement a été très largement suivi. Selon l’organisation, la participation des enseignants-chercheurs a atteint un niveau particulièrement élevé, qu’elle qualifie «d’inédit» par rapport aux précédentes mobilisations. Cette forte adhésion est interprétée par les responsables syndicaux comme le reflet d’un malaise grandissant au sein de la communauté universitaire.

Cité par Al Akhbar, Youssef El Kouari, vice-secrétaire général du syndicat, a ainsi déclaré que la grève nationale dans les universités publiques avait enregistré un taux de participation de 100%. Pour lui, ce chiffre illustre l’ampleur du mécontentement qui traverse actuellement le corps des enseignants-chercheurs. Il souligne également que le bureau national du syndicat n’a reçu, jusqu’à présent, aucun contact officiel de la part du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Une réunion interne du syndicat devrait néanmoins être organisée prochainement afin d’évaluer la situation et de déterminer si le gouvernement envisage d’ouvrir de nouvelles discussions ou de répondre aux revendications formulées.

«Face à ce silence, les responsables syndicaux n’excluent pas une montée en puissance du mouvement», Al Akhbar. Le syndicat avait déjà annoncé, dans un communiqué antérieur, la possibilité de recourir à une série de grèves successives si les autorités continuaient à ignorer les demandes des enseignants. Dans cette perspective, la commission administrative de l’organisation a également décidé de geler la participation des enseignants dans l’ensemble des structures élues de l’université. Cette mesure concerne notamment les départements, les laboratoires de recherche ainsi que les conseils des facultés et des universités.

Une telle décision pourrait avoir des répercussions importantes sur le fonctionnement des établissements. Les conseils et instances universitaires jouent en effet un rôle central dans la gestion pédagogique, scientifique et administrative des universités. Leur paralysie risquerait donc de ralentir, voire de bloquer, plusieurs mécanismes essentiels au pilotage de la vie universitaire.

Parallèlement aux arrêts de travail, le syndicat prévoit l’organisation d’une série de manifestations au cours des prochaines semaines. Des sit-in locaux et régionaux devraient être organisés dans différentes villes universitaires afin de maintenir la pression sur les autorités. Ce programme de mobilisation doit culminer avec un rassemblement national devant le Parlement, prévu à la mi-avril, au moment où la commission administrative du syndicat reprendra ses travaux pour faire le point sur l’évolution du dossier et sur l’attitude du gouvernement.

Les responsables syndicaux insistent également sur le fait que leur mouvement ne se limite pas à la suspension des cours. Le programme de protestation inclut un gel plus large des activités académiques liées à la gestion des institutions universitaires. Les enseignants-chercheurs entendent notamment boycotter les réunions des conseils des facultés et des universités, ce qui pourrait provoquer une forme de paralysie institutionnelle si le conflit venait à se prolonger.

Dans ce contexte tendu, le syndicat tient le gouvernement pour responsable de la dégradation de la situation dans le secteur. Il rappelle notamment l’accord conclu en octobre 2022, qui prévoyait l’organisation de deux réunions annuelles consacrées au suivi des dossiers de l’enseignement supérieur. Selon les représentants des enseignants-chercheurs, le non-respect de cet engagement a contribué à nourrir la frustration et à accentuer la crise actuelle, poussant une partie importante du corps universitaire à adopter une stratégie de mobilisation progressive et durable.

Par La Rédaction
Le 05/03/2026 à 20h15