Le juge d’instruction a ordonné, mercredi 28 janvier, le placement en détention préventive à la prison d’Oukacha de trois hommes d’affaires, dont deux frères, soupçonnés d’escroquerie et d’abus de confiance dans le cadre d’un projet immobilier. Les prévenus sont accusés d’avoir spolié quelque 300 familles, toujours dans l’attente, après quinze ans, des appartements acquis au sein d’une résidence à Sidi Maarouf à Casablanca, dont les travaux ont été interrompus.
«Déférés le jour même devant le procureur du Roi, les accusés avaient pourtant bénéficié de multiples délais afin de régler ce litige à l’amiable», rapporte Assabah dans son édition du vendredi 30 janvier. Le parquet avait initialement privilégié une issue sociale, acceptant les solutions proposées par les promoteurs, qui arguaient de l’obtention prochaine d’un prêt bancaire destiné à garantir les droits des victimes. Ces engagements sont restés lettre morte.
Les premières investigations révèlent que l’établissement bancaire ayant financé le projet n’a pu recouvrer ses fonds et a dû saisir le tribunal commercial. Celui-ci a prononcé des jugements ordonnant la vente aux enchères des actifs, pour un montant fixé à 485 millions de dirhams, sans tenir compte des avances versées par les acquéreurs, certains ayant déjà réglé la totalité du prix de leur logement.
«Malgré la situation financière critique de l’entreprise, des accords ont été passés avec des complices, parmi lesquels une ancienne ministre proche d’un entrepreneur impliqué, en vue d’obtenir un nouveau financement. La banque est toutefois restée ferme», affirme Assabah.
L’enquête a par ailleurs mis en lumière des détournements substantiels: les fonds empruntés à la banque, dépassant 300 millions de dirhams et destinés à la construction et à la livraison des appartements, ont été utilisés à d’autres fins. Ainsi, un responsable de la société a dépensé 7,5 millions de dirhams pour l’acquisition de deux appartements de luxe en front de mer, tandis qu’en 2018, près de 10 millions de dirhams ont été versés en salaires, alors même que les travaux étaient officiellement à l’arrêt.
«Il est attendu que la suite des investigations révèle de nouveaux éléments et implique d’autres acteurs, plusieurs parties ayant visiblement profité de la manne du prêt initial», note Assabah. La création de sociétés fictives aurait permis de capter les avances des acquéreurs, tandis que des factures de plusieurs millions de dirhams, sans contrepartie réelle en travaux ou équipements, ont été intégrées à la comptabilité de l’entreprise. Cette affaire, qui mêle fraude financière, abus de biens sociaux et rupture de la confiance publique, pourrait encore connaître de nouveaux rebondissements judiciaires.








