Après le retour au calme dans les tribunaux, calme consécutif à la suspension du mouvement de protestation des avocats, la tension sociale se déplace désormais vers le secteur de l’enseignement supérieur. Les enseignants-chercheurs marocains ont annoncé une nouvelle phase d’escalade dans leur mobilisation, prévoyant de perturber le fonctionnement des universités à travers une série de grèves, un retrait des structures universitaires et l’organisation d’une manifestation nationale devant le siège du Parlement.
Dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion tenue dimanche dernier et repris par le quotidien Al Akhbar de ce mercredi 18 février, la commission administrative du Syndicat national de l’enseignement supérieur a affirmé sa détermination à poursuivre son mouvement de contestation afin de «défendre l’université publique, le système de formation des cadres et les acquis des enseignants-chercheurs». Le syndicat a ainsi annoncé un programme de protestation intensifié comprenant des grèves, des sit-in aux niveaux local et régional, ainsi que le gel de la participation aux instances universitaires par le retrait de ses membres.
Le syndicat a décidé d’observer une grève nationale de 48 heures les 3 et 4 mars prochains. Ce mouvement sera suivi par une manifestation nationale devant le Parlement à Rabat. Par ailleurs, la commission administrative a choisi de maintenir ses travaux ouverts jusqu’au 12 avril 2026, afin d’évaluer l’évolution de la situation et d’adopter les mesures jugées nécessaires.
Le syndicat a réaffirmé son rejet catégorique de la loi 59.24 relative à l’enseignement supérieur, estimant qu’elle a été adoptée dans un contexte marqué par l’exclusion du principal partenaire social et par la remise en cause de l’approche participative consacrée par la déclaration conjointe signée le 20 octobre 2022 entre le gouvernement et les représentants des enseignants, a-t-on pu lire. Dans ce même communiqué, le syndicat a accusé le ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, de s’être affranchi des engagements pris lors de la réunion du 24 juillet 2025, au cours de laquelle il avait été convenu d’adopter une méthodologie de traitement concerté des principaux dossiers du secteur.
Selon l’organisation syndicale, cette loi est une menace directe à l’indépendance de l’université publique, limite la liberté académique et introduit de nouvelles formes de tutelle administrative sur les établissements. Elle considère également que le texte ouvre la voie à une marchandisation progressive de l’enseignement supérieur public et risque d’affaiblir son rôle stratégique en tant que service public. Le syndicat insiste sur son refus de reconnaître cette loi comme un fait accompli et réclame la mobilisation de tous les mécanismes institutionnels et juridiques disponibles afin de rouvrir le dialogue sur ce texte, conformément aux engagements précédemment signés entre les différentes parties.
Dans le même temps, le syndicat dénonce la persistance d’une politique qu’il qualifie de «dilatoire» dans le traitement du dossier revendicatif national, imputant au gouvernement la responsabilité politique du blocage actuel. Il critique également la fermeture du dialogue par le ministère de l’Éducation nationale concernant les revendications propres aux centres de formation des cadres. Parmi ses principales revendications, relate Al Akhbar, le syndicat met en avant la nécessité d’un règlement rapide de plusieurs dossiers jugés prioritaires, notamment la régularisation de la situation des titulaires de doctorats français, le traitement des promotions de grade au titre de l’année 2023, ainsi que l’accélération des procédures relatives aux années 2024 et 2025.
Il réclame également la prise en compte de l’ancienneté acquise dans la fonction publique, la généralisation de neuf années d’ancienneté fictive, à l’instar de ce qui est appliqué dans les facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire, ainsi que la révision des grilles indiciaires pour garantir davantage d’équité salariale. Le syndicat demande en outre l’exonération fiscale des indemnités de recherche scientifique, la réduction des délais de promotion et la limitation de la gestion administrative des institutions universitaires aux enseignants-chercheurs.
L’organisation appelle également à une régularisation urgente de la situation des enseignants-chercheurs exerçant dans les centres de formation relevant du ministère de l’Éducation nationale, ainsi que dans les instituts supérieurs des professions infirmières et des techniques de santé, plaidant pour leur intégration complète au sein du système universitaire national. Elle revendique, par ailleurs, le transfert des centres supérieurs de formation des cadres vers les universités, afin de garantir l’unité du système d’enseignement supérieur et l’égalité de traitement entre les différentes catégories professionnelles.
Le syndicat exige aussi la régularisation financière des enseignants ayant réussi les concours d’accès au grade de professeur de l’enseignement supérieur au titre des sessions 2024 et 2025, la mise en œuvre des promotions pour les années 2023, 2024 et 2025, ainsi que l’application des décisions judiciaires relatives à la session 2021.
La commission administrative a exprimé sa solidarité avec les enseignants-chercheurs ayant fait l’objet de pressions ou de poursuites en raison de leurs activités syndicales ou académiques. Elle appelle au respect des libertés universitaires, à la préservation de l’intégrité de l’espace académique et à la cessation de toute forme de restriction du travail syndical dans les établissements universitaires.







