Chefchaouen: un four historique de 500 ans menacé par l’abandon

Mohammed, ouvrier au four «Rif Sebanine», à Chefchaouen. (S.Kadry/Le360)

Le 24/03/2026 à 17h25

VidéoVestige de l’héritage andalou niché au cœur de la médina de Chefchaouen, le four traditionnel «Rif Sebanine» continue de fonctionner malgré le temps… et l’indifférence. Mais aujourd’hui, ce symbole vivant de mémoire collective est en péril.

Le four traditionnel «Rif Sebanine» se dresse au cœur du quartier des orfèvres, à Chefchaouen, à proximité de la célèbre source de Ras El Ma. Il constitue l’un des repères historiques majeurs de la ville bleue, imprégné d’un héritage andalou encore visible dans son architecture et son fonctionnement.

Construit sous le règne de l’émir Mohammed Ben Rachid, entre 1540 et 1560, cet édifice vieux de plus de 520 ans continue de rendre service aux habitants, tout en conservant son authenticité.

Alors que la majorité des fours traditionnels qui animaient autrefois les ruelles de la médina ont disparu, il n’en subsiste aujourd’hui qu’une poignée sur les 18 recensés à l’origine, le four «Rif Sebanine» demeure l’un des derniers témoins de l’époque de l’exil andalou.

Fonctionnant exclusivement au bois, le four perpétue une méthode traditionnelle de cuisson du pain et des pâtisseries, offrant une saveur particulière qui séduit aussi bien les habitants que les touristes étrangers en quête d’authenticité.

Malgré les années, le lieu reste fréquenté quotidiennement par des dizaines de visiteurs venus acheter du pain frais ou découvrir de près les techniques artisanales de fabrication, héritées de plusieurs générations. Mohammed, ouvrier au four, témoigne de cette continuité: «Je travaille ici depuis cinq ans, mais il y avait des maîtres artisans bien avant moi. Ce four a une longue histoire, transmise de génération en génération.»

Mais derrière cette vitalité apparente, la réalité est plus préoccupante. Le four souffre aujourd’hui d’un manque d’entretien flagrant, qui menace directement sa pérennité.

«Le four a plus de 500 ans, c’est un patrimoine ancien… mais il n’y a aucune rénovation. La façade doit être refaite, tout doit être restauré, même si l’âme du lieu doit rester intacte», alerte Mohammed. Il déplore également l’absence d’intérêt pour ce type de patrimoine: «Malheureusement, on ne valorise pas notre histoire comme il se doit. Ce genre de lieux devrait être restauré et protégé, mais ce n’est pas le cas.»

Si le four continue d’attirer des clients, l’activité a néanmoins évolué. «Aujourd’hui, on se contente de cuire et de vendre le pain. Le quartier a changé, il n’est plus comme avant», explique-t-il, évoquant une baisse relative de la fréquentation locale.

De nombreux sites patrimoniaux au Maroc font face au même défi: une richesse historique notable contre l’absence de valorisation.

Symbole vivant d’un passé andalou ancré dans l’identité de Chefchaouen, ce four continue de résister au temps. Mais sans intervention rapide, il risque de disparaître, emportant avec lui une partie de la mémoire collective de la ville.

Par Said Kadry
Le 24/03/2026 à 17h25