Ce que le retour de la pluie dit de l’année hydrologique, selon un ingénieur météorologiste

De la pluie à Rabat.

Après que l’hiver a rechargé sols et nappes, les pluies printanières prennent le relais. Le Maroc retrouve un régime pluviométrique que plusieurs années de sécheresse avaient effacé des mémoires. Explications de Mohamed Jalil, ingénieur météorologiste.

Le 19/03/2026 à 16h04

Les pluies printanières sont de retour, et avec elles, un sentiment de retrouvailles que beaucoup avaient presque oublié. «Les pluies hivernales ont déjà fait leur œuvre. Aujourd’hui, ce sont les averses printanières qui prennent le relais», comme le souligne Mohamed Jalil, ingénieur météorologiste.

«Le Maroc a toujours connu quatre régimes pluviaux distincts au cours de l’année. Ces pluies printanières font partie de notre climatologie naturelle, et ce que nous observons en ce moment correspond exactement à ce que notre pays a toujours connu», affirme-t-il.

Car avant les années de sécheresse, ce spectacle relevait de l’ordinaire. Les averses de mars et d’avril, les orages éclatant sur les reliefs, les sols qui s’humidifient jusqu’en mai… tout cela constituait la norme. «La saison pluviale s’étend naturellement d’octobre à mai, avec un cœur hivernal entre octobre et février où tombent les grandes pluies. Ce que nous vivons en ce moment, c’est simplement la continuité naturelle de cette saison, celle du printemps», fait remarquer notre interlocuteur.

Ce printemps a ceci de particulier qu’il prolonge une saison hivernale déjà généreuse. «Cette année, l’hiver a tenu ses promesses bien au-delà du mois de février. Les pluies se sont maintenues en mars, un mois qui, ces dernières années, était devenu presque sec», observe Mohamed Jalil.

Ces pluies printanières n’ont pas la puissance des grandes perturbations hivernales, ces vastes systèmes frontaux venus de l’Atlantique Nord qui peuvent couvrir des étendues de près de mille kilomètres. Elles fonctionnent différemment, selon des mécanismes propres à la saison.

«Il s’agit de phénomènes localisés, liés à des masses d’air instables. Le rayonnement solaire engendre des écarts de température entre les différentes couches de l’atmosphère, ce qui suffit à déclencher des orages, parfois sous un ciel encore dégagé», explique Mohamed Jalil. Il peut ainsi pleuvoir abondamment dans un quartier tandis que le voisin reste au sec. «C’est la nature même de ces orages printaniers. Leur caractère localisé ne les rend pas moins utiles», précise le météorologue.

Car utiles, ils le sont. En complément des apports hivernaux, elles entretiennent la végétation, soutiennent les cultures, alimentent les pâturages et prolongent le cycle hydrologique. «Ces précipitations printanières sont aussi importantes. Elles apportent des eaux d’appoint qui profitent aux pâturages, aux cultures et à l’ensemble des écosystèmes. C’est un bienfait réel, même si leurs volumes restent modestes comparés aux grandes pluies de l’hiver», souligne Mohamed Jalil.

Une année comme on n’en avait plus vu

La preuve la plus éloquente de ce retour se lit dans le paysage. «Les fleurs poussent partout, la végétation est dense et vigoureuse, les pâturages ont retrouvé leur richesse. C’est le printemps authentique, celui que les générations précédentes connaissaient bien et que beaucoup pensaient ne plus revoir de sitôt», poursuit notre interlocuteur.

Un spectacle qui n’a l’air de rien, mais qui dit beaucoup sur l’état d’une année hydrologique. «C’est le signe d’un très bon millésime. Les nappes phréatiques ont déjà réagi positivement et les conditions dans lesquelles nous abordons l’été sont bien meilleures que ce que nous avions connu ces dernières années», relève l’ingénieur météorologiste.

«À l’été, inch’Allah, nous aurons de bonnes récoltes, de l’eau dans nos barrages et dans nos nappes. C’est, à tous égards, une année extrêmement positive», conclut-il.

Par Hajar Kharroubi
Le 19/03/2026 à 16h04