C’est l’une des silhouettes les plus singulières de Casablanca. Monument emblématique de l’histoire de la métropole, la mosquée Al-Qods occupe une place à part dans le paysage urbain. Avant d’être ce lieu de culte musulman incontournable des Roches Noires, l’édifice était l’église Sainte-Marguerite.
L’histoire prend racine en 1920. À cette époque, l’industriel Eugène Lendrat voit grand pour le secteur des Roches Noires. Convaincu que le développement économique doit s’accompagner d’un ancrage social et spirituel, il imagine l’église Sainte-Marguerite comme un outil de séduction pour stabiliser la main-d’œuvre européenne.
Comme le précise la chercheuse Saloua Jattari, ce quartier est le produit d’une histoire plurielle. Si la zone est initialement marquée par une forte présence espagnole, c’est l’impulsion de Lendrat qui va véritablement transfigurer le paysage urbain.
En l’espace d’une décennie, entre 1920 et 1930, Lendrat transforme ce territoire en un pôle industriel de premier plan. Les statistiques de l’époque font état de 50.000 Européens, dont la grande majorité se trouvait alors concentrée ici, aux Roches Noires, d’après la chercheuse.
Pour répondre aux besoins de cette population, l’industriel décide de financer seul l’édifice religieux. Contrairement aux projets habituels dépendant de quêtes publiques, Lendrat engage ses propres deniers. Un geste en hommage à sa mère, dont il donne le nom à l’église, avec un objectif: offrir un cadre de vie prestigieux aux Français pour les ancrer dans ce quartier promis à un avenir radieux.
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Inspirée par l’église Saint-Martin de Pau, ville natale d’Eugène Lendrat, l’architecture de l’édifice se distingue par un style néo-gothique qui en fait, aujourd’hui encore, l’un des spots favoris des visiteurs étrangers à Casablanca. Construit en blocs de pierre massive d’un brun profond, l’édifice respecte le plan classique en croix latine, mais avec un «twist» signé Lendrat: l’ajout d’une coupole centrale. Cette particularité, absente du modèle original français, donne à la bâtisse son allure si singulière dans le ciel casablancais.
Une audace architecturale qui ne manque pas de marquer les esprits dès son achèvement. Les archives rappellent d’ailleurs la ferveur qui entourait le lieu lors de son inauguration en janvier 1929. Pendant une semaine, les cloches ont sonné quotidiennement pour célébrer l’ouverture de ce qui était alors considéré comme la «perle architecturale» du secteur industriel.
La transition historique de 1981
C’est au cours des années 80 que le destin du monument bascule. Dans le cadre de la politique de récupération des biens de l’État, l’église est convertie en lieu de culte musulman et renommée ainsi Mosquée Al-Qods.
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Le tour de force de cette métamorphose réside dans la préservation intégrale de l’œuvre originale. Que ce soit sous les voûtes intérieures ou sur les façades extérieures, les structures géométriques d’origine sont restées intactes, permettant à l’édifice de conserver son âme.
Aujourd’hui, ce sanctuaire s’impose comme l’un des joyaux architecturaux les plus prisés par les visiteurs étrangers. Au-delà de sa fonction sacrée, Al-Qods irradie une chaleur historique qui saisit le visiteur dès le premier regard. Pour les voyageurs du monde entier, c’est une escale magnétique; un dialogue puissant entre les époques et les croyances, ancré dans le sol de Casablanca.







