La tension parmi les avocats au Maroc atteint un nouveau sommet à la suite du projet de loi régissant leur profession, alors que le gouvernement demeure silencieux. «Face à ce mutisme, l’Association des avocats du Maroc a annoncé samedi dernier, lors d’une réunion ouverte tenue à Rabat, la poursuite d’une suspension générale et continue de toutes les prestations professionnelles, jusqu’à nouvel ordre», rapporte le quotidien Assabah dans son édition du lundi 2 février. Cette décision inclut le boycott de la plateforme de procès à distance et l’arrêt du paiement des frais judiciaires via cette plateforme. L’association justifie cette mesure par la nécessité d’évaluer les récents développements professionnels et de suivre les conclusions des démarches entreprises par son président, accompagné de plusieurs bâtonniers et membres du bureau, auprès d’institutions constitutionnelles et de partis politiques, tant de la majorité que de l’opposition. Dans ce contexte, elle appelle à une participation massive à la mobilisation nationale prévue vendredi 6 février 2026.
Cette action de protestation intervient en réaction au projet de loi sur la profession d’avocat et à l’impasse du dialogue avec le gouvernement. L’association exprime son regret de n’avoir constaté aucun engagement concret des autorités, malgré les déclarations officielles promettant l’ouverture d’un dialogue. «Elle insiste sur le fait que cette situation l’a poussée à poursuivre l’escalade afin de défendre les revendications professionnelles et institutionnelles de la profession», souligne Assabah.
Dans le communiqué publié après la réunion, l’association note le succès des précédentes étapes de suspension générale, rendu possible grâce à l’engagement et au sens du devoir manifestés par les avocats. Elle réaffirme son rejet absolu du projet de loi n° 23.66, exigeant son retrait et la réouverture des discussions selon une méthodologie véritablement participative. Celle-ci devrait tenir compte des fondements et des principes essentiels de la profession, préserver ses acquis et renforcer l’indépendance, l’immunité et l’autonomie organisationnelle, conformément aux directives royales et aux standards internationaux de la défense.
L’association insiste sur le fait que sa vision de la réforme dépasse toute considération corporative ou revendication étroite et se concentre sur la défense d’une profession forte et indépendante, garantissant les droits des justiciables et contribuant à l’équilibre de l’ensemble du système judiciaire. Elle confirme la continuité de la suspension générale des services professionnels, y compris le boycott de la plateforme de procès à distance et l’arrêt du paiement des frais judiciaires, tout en annonçant la tenue d’une conférence de presse le mardi suivant, à partir de 16 heures.
Afin de protéger les droits des justiciables, l’association a décidé d’adresser des correspondances officielles au président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ainsi qu’à plusieurs responsables judiciaires, demandant la mise en place des mesures nécessaires pour garantir le droit à la défense dans la situation actuelle.
La profession entre ainsi dans une nouvelle phase de mobilisation, axée sur l’unification des efforts et le passage de l’alerte à l’action concrète. La suite dépendra des réactions des instances institutionnelles et de leur capacité à répondre aux demandes jugées essentielles pour l’avenir de la profession et son rôle au sein de l’État. Le différend entre les avocats et le ministre de la Justice se trouve désormais dans une zone d’incertitude, chaque partie restant campée sur ses positions. Le ministre n’a pas repris le dialogue et les avocats n’ont pas suspendu l’escalade, une situation qui pourrait avoir des conséquences importantes dans les jours à venir, alors que la possibilité d’un compromis semble aujourd’hui inexistante.








