Art et artisanat (EP3). L’orfèvrerie d’argent dans le Souss: un patrimoine culturel qui résiste et une créativité sans fin

Said Asfar, artisan spécialisé dans l’orfèvrerie d’argent, dans son atelier à Agadir.

À Agadir, l’orfèvrerie d’argent perpétue un savoir-faire ancestral profondément ancré dans la culture amazighe. Héritage familial et créativité se mêlent pour offrir des pièces uniques, reflétant l’identité et le prestige de la région sur les marchés nationaux et internationaux.

Le 27/02/2026 à 21h02

À l’image de Tiznit, capitale de l’argent, Agadir perpétue ce métier artisanal ancestral. Il incarne la profondeur du patrimoine amazigh marocain. Malgré les mutations du secteur, cette activité résiste. Elle demeure un symbole culturel, économique et touristique, reflet de l’identité et de l’authenticité de la région depuis des siècles.

Said Asfar, artisan spécialisé dans l’orfèvrerie d’argent au quartier Talborjt à Agadir, rappelle que cette tradition dans la capitale du Souss remonte à plusieurs décennies. La complémentarité entre les différentes zones de la région Souss-Massa a poussé de nombreux habitants à exercer ce métier. Ils créent des pièces uniques destinées aux marchés locaux, régionaux, nationaux et internationaux, que l’on ne trouve que dans le Souss et, plus largement, au Maroc.

Dans son atelier, où ses doigts façonnent des formes variées d’argenterie traditionnelle, Said Asfar confie avoir hérité du métier de ses ancêtres. Il réalise différents bijoux emblématiques du Souss, comme la fibule berbère (tazerzit). Celle-ci peut intégrer le nom d’Agadir en arabe, en français ou dans d’autres langues, selon la demande. Il utilise aussi la technique du filigrane pour produire d’autres pièces réputées dans la région, telles que le «machbouh», le poignard ou encore les épées.

L’artisan travaille également des motifs patrimoniaux amazighs, arabes et touaregs. Il les intègre dans des créations au cachet esthétique affirmé. À travers ces pièces, cet artisanat devient un véritable ambassadeur du Royaume à l’étranger. Il s’inspire aussi des ornements sculptés sur le zellige traditionnel, le bois et la céramique amazighe. Pour lui, l’essentiel est de proposer un produit unique, capable d’inciter le touriste, quelle que soit sa nationalité, à revenir découvrir le savoir-faire des artisans marocains.

Said Asfar apporte par ailleurs des adaptations à certains bijoux emblématiques du Souss. Il y intègre, lorsque le client le souhaite, une identité visuelle spécifique. Il réalise aussi des portraits incrustés d’argent pur, avec une grande précision. Les traits des visages ressortent avec finesse, notamment ceux des souverains marocains qui se sont succédé, comme les défunts Mohammed V et Hassan II, ainsi que le roi actuel Mohammed VI et la famille alaouite.

Le brassage culturel et la coexistence qui caractérisent le Royaume ont aussi marqué cette activité. Elle a été investie non seulement par des artisans musulmans, mais également par des juifs marocains d’origine amazighe. Cette diversité a enrichi le métier et fait évoluer ses techniques au fil du temps. De nouvelles méthodes sont apparues, comme le travail du fil d’argent, l’émaillage, le marbrage et l’incrustation. Chaque pièce acquiert ainsi un caractère unique et une forte valeur artistique.

Par M'hand Oubarka
Le 27/02/2026 à 21h02