Allo Docteur! (EP1). Réussir son entrée dans le Ramadan: comment vaincre la fatigue du début?

Ahmed Benboujida, médecin généraliste à Casablanca. (K.Sabbar/Le360)

Le 20/02/2026 à 19h30

VidéoMigraines, somnolence, baisse de régime au bureau... Pourquoi les premiers jours de Ramadan sont-ils si rudes? Dans ce premier épisode d’«Allo Docteur!», le nouveau rendez-vous santé de Le360, le docteur Ahmed Benboujida lève le voile sur les erreurs nutritionnelles à bannir. Une immersion didactique pour apprendre à nourrir son corps intelligemment durant ce mois sacré et garder une énergie intacte, du lever au coucher du soleil.

L’entrée dans le mois sacré est souvent vécue comme un défi pour l’organisme. Entre le changement de rythme biologique et les nouvelles habitudes alimentaires, le corps doit s’adapter rapidement. Pourtant, le piège numéro un dans lequel tombent des millions de jeûneurs reste la peur de la faim.

Beaucoup s’imaginent encore, par un réflexe presque archaïque, que plus la table du ftour est chargée, plus l’énergie sera au rendez-vous le lendemain. Face à cette appréhension, la tentation de la surcharge devient la règle, dans l’espoir vain de constituer des réserves. «C’est une erreur fondamentale», prévient d’emblée Ahmed Benboujida, médecin généraliste à Casablanca.

Cette hérésie nutritionnelle s’avère systématiquement contre-productive. «Ce que nous conseillons, c’est d’abord d’éviter tout excès, particulièrement durant cette première semaine», souligne-t-il.

Il faut donc impérativement briser le mythe du stockage calorique. Contrairement aux idées reçues, l’apport excessif d’aliments ne constitue en rien un rempart contre l’appétit; il ne fait que saturer un système digestif déjà mis à rude épreuve par de longues heures d’abstinence. Au lieu de constituer un réservoir d’énergie, l’organisme s’épuise littéralement à transformer cette montagne de nutriments, provoquant l’effet inverse de celui recherché.

Dans ce contexte, si la harira demeure l’âme incontestée de la table marocaine, elle peut rapidement se muer en pire ennemie du jeûneur si sa consommation n’est pas maîtrisée.

Pour éviter les reflux et les ballonnements invalidants, l’expert préconise une rupture en douceur, loin des graisses saturées et des sucres complexes, privilégiant plutôt des soupes légères pour réhydrater les tissus sans les alourdir.

Le «cocktail gagnant» d’après le docteur, réside toutefois dans l’introduction massive de fruits et légumes (bananes, pommes et agrumes en tête), dont les fibres et le glucose naturel s’avèrent indispensables pour stabiliser la glycémie sur vingt-quatre heures et garantir ainsi une vitalité durable.

Pour le praticien, la clé d’un jeûne serein réside ainsi dans une fragmentation chirurgicale des apports. Il ne s’agit pas de moins manger, mais de mieux répartir. L’équilibre doit se jouer sur trois temps: un ftour léger pour réveiller la machine, un dîner structuré et un s’hour pensé comme un réservoir d’énergie.

«L‘objectif est de maintenir une certaine fluidité alimentaire pour que le corps encaisse le changement sans subir de traumatisme gastrique», souligne-t-il. C’est cette discipline qui permet d’éviter le fameux «crash» énergétique de la mi-journée, garantissant une performance constante, que ce soit au bureau ou dans les tâches quotidiennes.

Cette approche globale impose de désacraliser le s’hour: ce dernier repas ne doit plus être perçu comme un simple moment de confort, mais comme une unité de préparation stratégique. C’est à cette heure précise que se joue, en réalité, votre capacité à rester productif ou concentré.

Dans ce dispositif de survie métabolique, l’eau s’impose comme le pivot central, l’expert rappelant avec fermeté que «le corps ne réclame pas de la viande ou des fritures à 4 heures du matin, il réclame de l’eau». Une hydratation massive durant cette fenêtre devient alors l’unique rempart contre la déshydratation et les céphalées lancinantes qui parasitent souvent les premiers jours de jeûne. En privilégiant un s’hour léger, riche en sucres lents et parfaitement hydraté, le jeûneur s’offre la garantie d’un esprit vif et d’un corps agile jusqu’au coucher du soleil.

En privilégiant les sucres lents et l’eau au détriment des graisses saturées, le corps préserve son capital énergie sur la durée. Une transition réussie qui marque la fin des maux de tête chroniques et installe un rythme de croisière durable pour l’ensemble du mois sacré.

Par Hafida Ouajmane et Khadija Sabbar
Le 20/02/2026 à 19h30