À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars, la fondation AIDA (Ayuda, Intercambio y Desarrollo Activo), organisation non gouvernementale espagnole, a organisé une conférence de presse le 11 mars à l’hôtel El Minzah à Tanger. Cette rencontre s’est tenue en partenariat avec l’Union de l’Action Féminine, section de Tanger, la Fédération de la Ligue Démocratique des Droits des Femmes, section de Larache, l’Association de Recherche Féminine pour le Développement et la Coopération (ARFEDEC), l’Association Talassemtane pour l’Environnement et le Développement (ATED), ainsi que l’association 100 % Mamans de Tanger.
Cette conférence a constitué une tribune pour relancer le débat public autour de la situation des droits des femmes au Maroc, en particulier en ce qui concerne le cadre juridique qui régit la vie familiale, écrit le quotidien Al Akhbar dans son édition du week-end du 14 et 15 mars. À cette occasion, les organisateurs ont annoncé le lancement officiel d’une campagne de sensibilisation intitulée «Pour une réforme globale du Code de la famille… Notre voix compte». Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme «Avançons ensemble pour renforcer le réseau des associations féminines qui offrent des services d’insertion professionnelle et de protection aux femmes en situation de vulnérabilité dans le nord du Maroc», un programme soutenu par le gouvernement régional de Valence en Espagne.
Les organisations partenaires expliquent que cette campagne vise à encourager un débat sociétal plus large sur la nécessité de réformer le Code de la famille afin qu’il soit davantage en phase avec les transformations que connaît la société marocaine. L’objectif est également de renforcer la protection juridique des femmes et des enfants et d’adapter les dispositions légales aux réalités sociales contemporaines.
Lors de cette rencontre, les intervenantes ont rappelé que le Code de la famille constitue l’un des piliers juridiques fondamentaux qui organisent la vie familiale au Maroc. Il encadre notamment les questions liées au mariage, au divorce, à la pension alimentaire, à la garde des enfants et à l’héritage. La réforme introduite en 2004 avait été saluée comme une avancée importante dans la reconnaissance des droits des femmes. Elle avait notamment permis de relever l’âge légal du mariage à 18 ans, d’élargir les droits des femmes au sein du mariage et d’instaurer le principe de responsabilité conjointe des époux dans la gestion du foyer.
Cependant, plus de vingt ans après cette réforme, les associations estiment qu’une révision approfondie est devenue indispensable. Les mutations sociales, économiques et culturelles que connaît le Maroc, combinées aux engagements constitutionnels et internationaux du pays en matière de droits humains et d’égalité entre les sexes, rendent nécessaire une réforme plus ambitieuse et cohérente du Code de la famille.
Selon les organisations initiatrices de la campagne, les ajustements partiels ne suffisent plus à répondre aux défis actuels. Elles plaident pour une approche structurelle capable de mettre fin aux formes persistantes de discrimination et d’harmoniser le droit de la famille avec les évolutions de la société marocaine, lit-on dans Al Akhbar. La transformation des modèles familiaux, l’augmentation du nombre de femmes actives et l’émergence d’une conscience accrue des droits participent aujourd’hui à la nécessité de repenser certains mécanismes juridiques.
Parmi les principales recommandations formulées lors de la conférence figure l’appel à l’interdiction effective du mariage des mineures. Bien que la loi fixe l’âge légal du mariage à 18 ans, les dérogations judiciaires continuent d’autoriser chaque année un nombre important de mariages impliquant des jeunes filles mineures. Pour les associations féminines, cette exception affaiblit le principe légal et compromet les droits fondamentaux des filles, notamment leur droit à l’éducation, à la protection et à un développement équilibré.
Les partenaires de la campagne ont également évoqué la question du système de tutelle matrimoniale. Bien que la réforme de 2004 ait reconnu le droit pour la femme majeure de se marier sans l’autorisation d’un tuteur, les associations estiment que, dans la pratique et dans les représentations sociales, ce système reste encore fortement associé à une autorité masculine. Elles appellent ainsi à une réforme plus claire qui garantirait pleinement l’autonomie des femmes adultes dans les décisions relatives au mariage.
Les recommandations portent aussi sur la nécessité de repenser la définition juridique de la famille afin qu’elle reflète mieux les réalités sociales actuelles.








