"RASD": pourquoi Tunis, Le Caire et Nouakchott ont fait le jeu d'Alger

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Deux pays arabes membres de l’UA, sans compter évidemment l’Algérie et la Mauritanie, ont fait faux bond au Maroc en s’abstenant de signer, à l’issue du 27e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement africains à Kigali, une motion pour l’expulsion de la RASD. Décryptage.

Le 21/07/2016 à 07h30

La nouvelle a produit l’effet d’une grosse surprise, ce lundi 18 juillet quand vingt-huit pays membres de l’Union africaine ont adressé à Driss Déby Itno, président du Tchad et président en exercice de l’UA, une motion en vue de l’expulsion de la «RASD» des activités de l’UA, et de tous ses organes.

Contre toute attente, au moins deux pays arabes membres de l’UA, qui plus est proches du Maroc, ne figuraient pas sur la liste des signataires de cette motion plaidant pour l’expulsion de la «RASD», préalable au retour du royaume dans le giron de l’UA.

L’Egypte et la Tunisie ont, en effet, fait défection et le jeu d’Alger, qui ne fait aucun mystère de son hostilité à l’intégrité territoriale du Maroc. Autant que la Mauritanie de Mohamed Ould Abdelaziz qui a pris ses galons à l’académie militaire de Meknès, avant de mener le coup d’Etat d’août 2008 qui renverse le président Sidi Ould Cheïkh Abdallahi et le Premier ministre Yahya Ould Ahmed El Waghef.

Passons sur Nouakchott, qui s’est départie sous le général Mohamed Ould Abdelaziz de sa «neutralité positive» pour s’aligner sur la dictature algérienne. La surprise est venue plutôt du côté du Caire et de Tunis, qui ne peuvent en aucun cas nier ce soutien précieux, voire salutaire, qui leur a été apporté par le Maroc alors qu’ils étaient au bord de ce chaos abusivement nommé «printemps arabe». 

Egypte: une défection pharaonique !Parlons-en alors, de l’Egypte de l’ancien Maréchal Abdelfatah el-Sissi. La volteface est telle que Le Caire, pas plus tard qu’en avril dernier, à la veille du vote au sein du Conseil de sécurité de la résolution 2285 sur le Sahara, s’est rangée plutôt du côté du Maroc pour appuyer le bien-fondé de sa position. Que s’est-il alors passé pour que ce pays «ami» du Maroc change d’avis et fasse le jeu d’Alger, en s’abstenant de plaider, à l’instar d’autres pays arabes, tels que la Libye, le Soudan, l’Erythrée, et plus encore le Djibouti, pour l’expulsion de la «RASD» de l’Union africaine ?

A toutes fins utiles, il faut bien noter que l’Egypte de Sissi n’en est pas à son premier coup. Il faut rappeler que le maréchal el-Sissi avait donné à Alger la primeur de son premier voyage à l’étranger en ce mémorable 25 juin 2014, juste après le renversement du président élu Mohamed Morsi. Et ce n’est pas tout. En janvier 2015, une importante délégation de journalistes égyptiens s’est rendue à Tindouf avec la bénédiction des autorités cairotes, à la faveur d’une crise soldée par la visite en début 2015 à Rabat de Sameh Choukri, alors ministre des Affaires étrangères. 

Le revirement aujourd’hui sur la question de l’expulsion de la «RASD» remet à l’esprit cet épisode malencontreux des relations maroco-égyptiennes, encore que le contexte soit différent.

Et puisqu’il s’agit ici de contexte, il y a une rumeur qui, de ce côté, court sur les rues, pour ne pas parler des réseaux sociaux, selon laquelle le Caire aurait vu d’un œil inquiet le fait que Rabat ait été la première capitale arabe à avoir dénoncé la tentative de putsch militaire contre Recep Tayeb Erdogan, ennemi déclaré du président Abdelfettah el-Sissi! La lettre de «félicitations» adressée par Abdelilah Benkirane au président turc en aurait rajouté en agaçant davantage un régime égyptien qui en veut au président turc pour son soutien au président islamiste égyptien déchu, Mohamed Morsi.

Tunisie: peur d'Alger? Encore plus surprenante est la dfection de la Tunisie de Bouazizi, au secours de laquelle le Maroc s'est porté sans hésitation. Tout le monde, y compris (et surtout) les Tunisiens, gardent à l'esprit le geste généreux du royaume quand, après des attentats à répétition, le roi Mohammed VI s'est rendu à Tunis début juin 2015 sillonnant, sans protocole, les rues de la capitale pour réconforter un peuple meurtri et contribuer à rebooster une économie vacillante en raison du reflux de l'activité touristique.

Dire à quel point cette défection était inattendue d'un pays qui, depuis Lahbib Bourguiba, a su garder de bonnes relations avec le royaume du Maroc. D'autant plus que l'apport marocain à la remise en selle du pays du jasmin, notamment sur le plan sécuritaire, a été on ne peut plus substantiel. Alors qu'est-il arrivé aux décideurs tunsiens pour ne pas rendre la dette en plaidant, à l'instar de la Libye, pour l'expulsion de la "RASD" et aider le Maroc à reconquérir naturellement la place qui lui revient de plein droit au sein de l'union africaine?

Une question à laquelle il est difficile de trouver, du moins pour l'heure, tous les éléments de réponse. Une chose reste pourtant sûre: il va de soi que cette Tunisie, maillon faible aujourd'hui du Maghreb, est victime de chantage de la part de l'establishment algérien. Ce dernier veut bien instrumentaliser la fragilité de Tunis à la fin de nuire à l'intégrité territoriale du Maroc. Un chantage auquel ce pays n'a malheureusement pu résister, à l'opposé de de la Libye qui a aussi des frontières avec l'Algérie.

Par Ziad Alami
Le 21/07/2016 à 07h30