Le youtubeur Jerando promeut l’Iran des mollahs et les Frères musulmans depuis le Canada

Hicham Jerando, youtubeur marocain installé au Canada.

Installé au Canada, le youtubeur Hicham Jerando est passé de polémiste en quête d’audience à promoteur assumé de discours extrémistes pro-mollahs iraniens et de figures radicales comme l’Égyptien Abdullah El Shrif, star des Frères musulmans, une organisation classée terroriste par les États-Unis. En amplifiant des rhétoriques violentes, l’agitateur participe désormais à banaliser l’inacceptable. En toute impunité. Y a-t-il un pilote dans l’avion Canada?

Le 31/03/2026 à 11h19

Depuis son installation au Canada, le youtubeur Hicham Jerando s’est progressivement construit une présence médiatique fondée moins sur la constance que sur la provocation et l’exploitation de toutes les brèches susceptibles de lui garantir visibilité et audience. Tour à tour commerçant, commentateur improvisé, opposant autoproclamé, il a aujourd’hui dépassé toutes les bornes dans une trajectoire déjà marquée par l’outrance, devenant le chantre du terrorisme international, de ses supports et de ses apôtres. Ce qui relevait hier de la critique virulente se transforme désormais en relais assumé de discours extrémistes et de registres idéologiques dont la gravité ne peut être ignorée.

À travers son canal «Tahadi» et ses réseaux sociaux, Jerando ne se contente plus de commenter ou de contester. Il amplifie, valorise et légitime des propos, des mouvements et des pays qui font du terrorisme leur cheval de bataille. La mise en avant d’une vidéo d’Abdullah El Shrif, publiée le 26 mars dernier, en est une illustration frappante. Ce dernier, un des porte-voix les plus en vue des Frères musulmans en Égypte, connu pour ses prises de position radicales et son usage habile d’un vernis humoristique pour faire passer des messages autrement plus extrémistes, développe une rhétorique qui dépasse largement la simple analyse géopolitique pour s’étendre à un antisémitisme décomplexé et des appels à la haine et la violence. En qualifiant cette intervention de «coup de maître» et de «vérité», Jerando n’est plus un observateur d’une grave déviance, mais son promoteur.

Le contenu en question ne laisse pourtant guère de place à l’ambiguïté. Il glorifie un modèle politique et militaire controversé, celui du régime iranien, présenté comme un exemple de puissance, de résilience et d’efficacité stratégique. «Quel est donc le problème? Vous avez chassé les savants et les réformateurs, les réduisant soit au silence, soit à la prison. [...] Pendant ce temps, l’Iran a soutenu ses scientifiques et, grâce à eux, a réussi à produire des centaines de kilos d’uranium enrichi, se rapprochant du seuil nucléaire», ironise Abdullah El Shrif. L’argumentaire repose sur une opposition caricaturale entre des États arabes supposément faibles, dépendants et fermés à l’innovation et au progrès industriel, face à l’Iran des mollahs, érigé en exemple de souveraineté scientifique, de modèle d’industrie de défense et de non-soumission à l’Occident.

La charge se poursuit avec une critique frontale des politiques sécuritaires de ces pays. «Vous avez qualifié de terroristes des leaders croyants [...] Alors qu’en Iran, on a honoré ces compétences, faisant d’eux une force puissante, comme les Gardiens de la Révolution». Et l’éloge final, à peine voilé, parachève cette construction idéologique: «Mais l’Iran [...] a produit, agi et frappé à un coût bien moindre. Retenez d’eux la patience, l’endurance, la résilience et la dignité». On l’aura compris: derrière ce populisme à outrance, se cache une vision du monde où la confrontation par tous les moyens et la logique de terreur prennent le pas sur toute autre considération.

Que de tels propos soient tenus par El Shrif s’inscrit dans une trajectoire tracée d’avance, celle d’un e-agitateur condamné à la perpétuité dans son Égypte natale pour financement du terrorisme, engagé dans une rhétorique de rupture, alimentée par l’exil, la quête de vengeance et la confrontation permanente. Mais que le citoyen canadien Hicham Jerando, depuis le confort d’une démocratie ouverte, choisisse d’en devenir le relais enthousiaste, et en toute impunité, interroge bien davantage. Ici, il ne s’agit plus d’une simple polémique ou d’une critique acerbe. Nous sommes dans un alignement assumé sur des discours dangereux qui font le lit de l’extrémisme le plus violent, émanant qui plus est d’une figure connue d’un mouvement classé comme terroriste et qui valorise des modèles sanguinaires et des logiques de confrontation où tout est permis.

Nous sommes clairement devant un cas d’apologie du terrorisme et d’un mouvement qui en fait son principal levier. Le 13 janvier 2026, les États-Unis ont d’ailleurs officiellement désigné les branches des Frères musulmans en Égypte, au Liban et en Jordanie comme «organisations terroristes étrangères». Cette décision, initiée par un décret de Donald Trump, entraîne gel des avoirs et sanctions financières. Il se trouve que le plus grand allié des États-Unis, notamment dans sa guerre contre le terrorisme, est le Canada, où réside Jerando, la nouvelle «cheerleader» des stars des Frères musulmans. Le Canada est par ailleurs membre de l’OTAN.

En reprenant à son compte ces propos et en les érigeant en «vérités vraies», Jerando est pénalement responsable de leur diffusion. Il ne peut plus se retrancher derrière l’argument commode du partage. Il valide, amplifie et cautionne. Et ce faisant, il contribue à banaliser des discours qui, au Canada comme ailleurs, ne peuvent être tolérés. Le contraste avec le cadre dans lequel la nouvelle groupie des «Ikhwane» évolue est d’ailleurs frappant. Le Canada, où il réside, s’est doté d’un arsenal juridique clair en matière de lutte contre l’incitation aux violences et aux actes terroristes. L’article 83.221 du Code criminel encadre explicitement la communication de propos susceptibles d’encourager de telles infractions, y compris en l’absence de passage à l’acte. Depuis la loi antiterroriste de 2015, la simple diffusion de messages incitatifs peut constituer une infraction. Dans ce contexte, voir prospérer ce type de contenus sans réaction laisse dubitatif.

La liberté d’expression s’arrête lorsqu’elle devient le vecteur de discours qui glorifient des dynamiques ou des structures volontiers violentes. Cela a un nom: la loi. En se positionnant comme apprenti zélé face à un prétendu «maître», selon les termes mêmes du post incriminé, Jerando ne se contente pas d’adopter une posture idéologique mais s’inscrit dans une logique d’adhésion et de transmission. Cette évolution confirme une tendance déjà perceptible consistant à choquer, à provoquer et à capter l’attention à tout prix, quitte à s’aventurer sur des terrains de plus en plus sensibles. À force de vouloir exister dans le vacarme numérique, Jerando semble avoir fait le choix d’une surenchère permanente, où la radicalité devient un outil de visibilité.

Reste à savoir jusqu’où cette trajectoire peut se poursuivre sans susciter de réaction ferme de la part des autorités canadiennes. Car à mesure que les lignes se brouillent entre opinion, propagande et relais idéologique, la question de la responsabilité individuelle devient inévitable. Et dans ce jeu dangereux, l’impunité apparente pourrait bien n’être qu’un répit. C’est du moins ce qu’il faut espérer. Sinon, c’est à se demander s’il y a un pilote dans l’immense avion Canada.

Par Tarik Qattab
Le 31/03/2026 à 11h19