Le Maroc, le Golfe et l’Iran: la constance d’une ligne stratégique

Lahcen Haddad.

Lahcen Haddad.

ChroniqueAu Moyen-Orient, les alliances révèlent les lignes profondes de la géopolitique régionale. Pour le Maroc, l’une de ces lignes est claire: la solidarité stratégique avec les pays du Golfe et la défense de la stabilité régionale.

Le 05/03/2026 à 12h02

Les attaques israélo-américaines contre l’Iran et la riposte iranienne visant plusieurs États arabes du Golfe rappellent combien ces équilibres demeurent fragiles. Dans ce contexte, la position marocaine s’inscrit dans une logique constante qui privilégie la stabilité et les partenariats durables.

Le Maroc observe ces crises avec une grille de lecture claire: la solidarité avec les pays du Golfe. Depuis plusieurs décennies, Rabat entretient avec les États du Golfe une relation stratégique et civilisationnelle profonde. Cette relation contraste avec les rapports historiquement plus difficiles entre le Maroc et l’Iran. Comprendre la position marocaine suppose donc, avant tout, de mesurer la solidité de l’axe Rabat-Golfe.

Il s’agit d’une solidarité politique constante, fondée sur la confiance, la convergence des visions et une lecture largement partagée des grandes questions régionales, qu’elles soient arabes ou internationales.

Pour Rabat, la sécurité du Golfe fait partie intégrante de la sécurité arabe globale. Cette approche traduit une conception élargie de la solidarité stratégique, où la stabilité de la péninsule Arabique est perçue comme un élément essentiel de l’équilibre du monde arabe.

Plusieurs exemples illustrent cette proximité. Le Maroc a participé à la coalition au Yémen aux côtés de plusieurs pays du Golfe, démontrant concrètement sa volonté de contribuer aux efforts collectifs de sécurité régionale. À cela s’ajoute une coopération militaire et sécuritaire soutenue, fondée sur des échanges réguliers, des partenariats stratégiques et une coordination dans les domaines de la défense et du renseignement.

Sur le plan diplomatique également, le Maroc s’est souvent montré solidaire des positions des États du Golfe lors de crises régionales sensibles, témoignant d’un alignement politique qui dépasse les simples intérêts conjoncturels. Ainsi, Rabat ne considère pas la région du Golfe comme un espace lointain, mais comme un espace stratégique frère.

La position des pays du Golfe en faveur du Maroc dans l’affaire du Sahara et lors du Printemps arabe est également claire, constante et solide. Les pays du Golfe soutiennent les réformes entreprises par le Maroc et n’ont cessé d’investir dans des projets stratégiques contribuant à des économies durables. Le soutien financier apporté à la création de programmes de développement est conséquent. Cette solidarité a fonctionné dans les deux sens, avant, pendant et après cette période.

«La dernière rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Téhéran remonte à 2018, lorsque des éléments du Hezbollah se sont réunis avec des séparatistes du Polisario au centre culturel de l’ambassade d’Iran à Alger»

—  Lahcen Haddad

Le Maroc et les monarchies du Golfe sont attachés à la sécurité et à la stabilité. Ils mettent en place des réformes graduelles plutôt que des ruptures révolutionnaires fracassantes; ils rejettent les slogans idéologiques au profit du progrès réel. Dans un monde arabe souvent marqué par les rhétoriques révolutionnaires, ces États privilégient la construction institutionnelle, le développement économique et la sécurité. C’est cette convergence qui explique la solidité de leurs relations.

Mais ces relations ne sont pas uniquement politiques. Elles reposent aussi sur des investissements importants, une coopération touristique et financière active, ainsi que sur la présence de nombreux travailleurs marocains dans les pays du Golfe.

Cependant, si la relation Maroc-Golfe est marquée par la confiance, la relation avec l’Iran est d’une nature très différente. L’Iran des ayatollahs n’a jamais été un allié du Maroc. Contrairement aux pays du Golfe, l’Iran n’a jamais été un partenaire stratégique de Rabat. Les relations diplomatiques ont même été rompues à plusieurs reprises.

La dernière de ces ruptures remonte à 2018, lorsque des éléments du Hezbollah se sont réunis avec des séparatistes du Polisario au centre culturel de l’ambassade d’Iran à Alger. Il était alors question de livraisons d’armes et d’entraînements fournis par le Hezbollah au Polisario, avec la bénédiction de l’Iran et de l’Algérie. Le prosélytisme visant les Marocains en Europe, ainsi que l’activisme iranien pour propager un chiisme messianique et extrémiste dans le monde arabe et en Afrique, n’ont fait qu’aggraver la situation. Ces éléments ont alimenté une méfiance stratégique profonde de la part du Maroc.

Cette méfiance s’inscrit également dans une lecture plus large de la stratégie régionale de l’Iran. Depuis la révolution islamique de 1979, Téhéran a progressivement développé une politique d’influence fondée sur des réseaux d’acteurs non étatiques. À travers des organisations telles que le Hezbollah au Liban, certaines milices en Irak ou encore les Houthis au Yémen, l’Iran s’appuie sur un ensemble de forces relais lui permettant d’étendre son influence régionale sans confrontation directe avec les grandes puissances.

Cette stratégie de projection de puissance asymétrique permet à Téhéran de peser sur plusieurs théâtres de crise tout en limitant les coûts politiques et militaires d’un affrontement direct. Elle s’inscrit également dans une rivalité stratégique durable avec les monarchies arabes du Golfe, où s’opposent deux visions très différentes de l’ordre régional.

L’Iran est tout à fait à l’opposé de ce que fait, défend et cherche le Maroc. Le Royaume privilégie la stabilité régionale, le respect de la souveraineté des États et le maintien de l’équilibre dans son environnement stratégique. Toute action déstabilisatrice — comme celles que mène l’Iran dans le monde arabe et en Afrique — est donc regardée avec une grande méfiance par Rabat.

La politique étrangère marocaine repose sur la constance et la cohérence. Le partenariat avec les pays arabes du Golfe illustre une solidarité politique et stratégique durable. Cette relation repose sur des intérêts communs et sur des liens économiques, culturels et humains profondément ancrés. Dans ce cadre, les tensions avec l’Iran apparaissent moins comme une opposition idéologique que comme la conséquence logique d’un choix stratégique clair: celui d’un Maroc attaché à la stabilité régionale, aux partenariats durables et au respect de la souveraineté des États.

Par Lahcen Haddad
Le 05/03/2026 à 12h02