Depuis la nomination du gouvernement, la question de la réforme des retraites constitue un véritable test de sa capacité à concilier audace décisionnelle et préservation de la paix sociale. Pourtant, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, avait d’emblée posé un diagnostic sans ambages en qualifiant la situation des caisses de retraite d’«inquiétante» et en affirmant qu’elle ne souffrait aucun délai supplémentaire.
Mais cette franchise n’a pas été suivie d’actes opérationnels tangibles au Parlement, bien que la ministre ait répété à maintes reprises que le gouvernement disposait d’une «conception globale» prête à être soumise aux parlementaires, rapporte Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 10 avril.
Cette contradiction entre un diagnostic urgent et une lenteur procédurière reflète clairement l’incapacité de l’exécutif à traduire ses intentions en textes législatifs. Par crainte d’une confrontation avec les centrales syndicales en période sensible, il a préféré geler le dossier, laissant cette «bombe à retardement en héritage à ses successeurs», écrit le quotidien.
Pourtant, la Caisse marocaine des retraites (CMR) est confrontée à une grave crise de liquidités: le déficit du système devrait atteindre 7,8 milliards de dirhams, et les indicateurs laissent présager un épuisement total des réserves financières à l’horizon 2028. Cette réalité place le gouvernement face à une alternative : soit engager une réforme d’envergure –relèvement de l’âge de départ à 65 ans et augmentation des cotisations de quatre points –, soit «poursuivre la politique du silence et du gel», indique Al Ahdath Al Maghribia. Une situation qui ne ferait qu’aggraver le déficit et alourdir la facture future à des niveaux que le budget de l’État ne saurait supporter.
Dans les coulisses du Parlement, une inquiétude qualifiée de «fuite en avant» prédomine: les élus déplorent l’absence d’un véritable texte législatif propre à mettre fin à l’incertitude qui pèse sur l’avenir des retraités et des salariés, relaie Al Ahdath Al Maghribia. Ce blocage ne s’est d’ailleurs pas limité à l’institution législative, il a également entravé les travaux de la Haute Commission du dialogue social. L’offre gouvernementale s’étant heurtée au refus catégorique des syndicats de toute réforme qui affecterait les acquis ou ferait supporter aux seuls salariés les conséquences du déficit structurel des caisses de retraite.




